Réflexions sur le « rangement »

J’ai tellement vécu longtemps dans le désordre que j’ai fini par ne plus m’en rendre compte. Il est devenu ma vision du monde dans ce long rêve bizarre que représente ma vie.

Et puis durant ces deux périodes de confinement il y a eu comme un grain de sable qui a bloqué tous les rouages de la machine. Le rêve a commencé à devenir sonore… peu à peu le bruit du monde m’a sans doute réveillé.

Et je me suis retrouvé dans ce formidable libre de JP Farmer « le Fleuve » ou des morts d’innombrables époques se réveillent soudain et se demandent où ils ont bien pu attérir.

Là j’ai regardé la table de l’atelier, j’ai regardé tout ce désordre qui m’entourait et il m’est devenu étranger.

C’était une impression étrange vraiment.

Puis la question est venue de ranger puisque je n’avais plus apparemment besoin de tout ce désordre, il fallait bien en faire quelque chose.

Alors j’ai cherché des pistes pour trouver une méthode.

J’ai exploré internet principalement au début parce que je pensais que la solution se trouvait à l’extérieur encore une fois.

J’ai suivi les vidéos de Marie Kondo et j’ai éprouvé cette sensation de libération incroyable qui fait pousser des oh et des wow !

Mais dans le fond je sentais encore un trouble subsister à la fin de la série de vidéos

Je me suis dit : c’est la résistance au changement probablement.

Alors j’ai cherché encore sur internet des articles, des pistes encore pour dénouer tous ces nœuds face au changement.

Encore une fois j’ai poussé des ah et des wow !

Je me suis dit que j’avais désormais suffisamment d’outils pour me mettre vraiment au boulot.

Mais je ne m’y suis pas mis.

quelque chose me paraissait artificiel. Une drôle de sensation comme lorsqu’on se trompe d’itinéraire et que l’on en prend conscience peu à peu.

Alors je me suis assis et j’ai regardé tout ce désordre.

je me suis demandé pourquoi ce n’était pas « bien » de vivre ainsi

J’ai tenté de me l’expliquer.

Et je suis tombé sur cette idée que je vivais au jour le jour, ce qu’on appelle « l’instant présent »… mais je pourrais mieux résumer les choses encore en disant à la minute présente.

j’enchaine des actions à chaque instant et une fois qu’elles sont terminées je ne reviens pas dessus.

Elles s’accumulent dans mon esprit dans ma mémoire comme tous ces papiers ces pots de pinceaux ces saletés qui jonchent le sol de l’atelier sans je ne n’éprouve de gène particulière.

a moins que je n’ai à donner des cours.

Là je range à la hâte et je passe un coup de balai pour « faire propre » parce que j’aurais certainement honte vis à vis de ces personnes qui viennent là prendre des cours et qui me tiennent pour leur professeur.

Mais il aura fallu cette nouvelle période de confinement pour que le désordre finisse par m’envahir vraiment et qu’à la fin il devienne quelque chose de tellement présent qu’il se métamorphose en obsession.

Je me suis dit que j’avais vieilli.

Il me semble que le désordre et l’énergie sont généralement assez bien apariés.

Il faut avoir un trop plein d’Energie même pour créer et tenir dans le désordre.

Et puis les artères durcissent, on commence à ressentir des douleurs articulaires, moins de souplesse et plus de difficulté à slalomer entre les piles de livres, les amas de toiles entassées, les chevalets en pagaille.

On se rend aussi compte de ce désordre d’autant qu’on ne cesse plus de se heurter à lui comme s’il voulait nous dire quelque chose. ça peut même faire peur au bout du compte…

J’ai tenté la visualisation aussi.

Comment est ce que je me vois sans désordre….?

le problème qui m’est apparu tout de suite c’est que je ne me voyais plus justement.

Une disparition simultanée à cette envie de vision qui m’aura interloqué durant plusieurs heures.

Evidemment c’était tellement déprimant que j’ai tenté l’évasion.

Netflix

Me curer le nez

les oreilles

Raconter ma vie une énième fois en réalisant un podcast pour avoir l’impression de « faire quelque chose » .

Les distractions ne manquent pas pour s’évader.

Et pour finir je me suis déprimé.

Je me demande si la déprime n’est pas aussi une sorte de but recherché au travers de ce désordre finalement.

Dans ce cas là je prends une feuille de papier et je la divise en deux

Quels sont les bénéfices et les inconvénients de cette déprime ?

C’est toujours étonnant ce qu’on arrive à trouver comme ça.

L’un des bénéfices principaux est de ne pas me sentir responsable.

Et du coup de me plaindre.

Généralement ce rejet de la responsabilité et cette plainte sont toujours liés.

le fameux « c’est comme ça on n’y peut rien ma pauvre dame. »

Mais ça aussi c’était tellement éculé que j’ai rayé.

je voulais découvrir des bénéfices inédits, ceux auxquels on ne pense pas immédiatement.

Et surtout qui permettent de modifier son état de conscience.

Un bénéfice style peyotl ou datura qui t’emporte dans une autre dimension de la conscience.

Je me suis retrouvé sur un chemin forestier et il faisait beau temps, pas très froid et pas très chaud non plus. Une température idéale pour marcher un peu. Je cherchais quelque chose mais je ne savais pas quelle forme ça allait prendre.

Et soudain j’ai vu un terrier sur le bas coté du chemin.

Je me suis approché et je me suis dit que ça pourrait certainement être tellement intéressant de l’explorer.

J’ai eu assez peu de difficulté à m’engager dedans curieusement.

ça m’a encouragé.

ça sentait l’humus, le champignon et la feuille morte. Il faisait chaud et doux à l’intérieur de la galerie dans laquelle je progressais. Même l’obscurité peu à peu mes yeux ont fini par s’y habituer et j’ai continué comme ça pendant un temps que je ne saurais pas vraiment calculer.

Et puis j’ai vu une clarté au bout de cette galerie, ça devait déboucher dans un autre endroit de la foret probablement.

Quelques efforts après j’ai pu ressortir totalement du terrier de l’autre coté.

Et là ce que je voyais était vraiment stupéfiant.

C’est comme si chaque chose était devenue plus intense, les couleurs, les lumières les odeurs tout était comme augmenté à la puissance 4.

Le paysage que je découvrais était presque semblable à celui que j’avais quitté et soudain je vis que j’étais parvenu à une sorte de promontoire au delà duquel en contre bas s’étendait une vallée magnifique avec un fleuve et ça et là des étendues de végétation toutes plus splendide et lumineuses les unes que les autres.

J’ai éprouvé l’envie de m’asseoir là quelques instants, au bord et de contempler ce paysage.

C’est à cet instant qu’une autre chose est arrivée. Un personnage qui me ressemblait en tous points, mais souriant et joyeux et qui m’a posé le bras sur l’épaule.

je me suis senti libéré et heureux aussitôt à ce contact.

Tu vois m’a t’il dit c’est cela notre réalité.

Et puis mon portable a sonné et je me suis senti happé à une vitesse prodigieuse vers le son de la sonnerie.

Je suis revenu dans l’atelier et j’ai décroché.

C’était mon épouse qui était partie voir sa mère à Lyon.

Je rentre dans un moment, et ton rangement ? Tu as avancé ?

J’ai bredouillé un oui pas très ferme et j’ai dit ok à tout à l’heure.

Ensuite j’ai allumé une cigarette et j’ai été me faire un café en me demandant comment je pourrais bien trouver un moyen de tout ranger encore une fois.

Puis j’ai rigolé tout seul comme un idiot.

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