La comparaison

Il y a des années que j’ai abandonné l’idée de me comparer à qui que ce soit. Pour des raisons énergétiques principalement. La comparaison soulève et révèle l’un des points principaux sur lesquels doit travailler le peintre : la qualité de son isolation.

L’isolation comme dans l’habitat. Des cloisons, des fenêtres, toute une écologie de la façon d’habiter soi comme le monde tout entier. Cela ne veut pas dire qu’il faille s’enfermer mais rester vigilant afin de ne pas dépenser d’énergie en pure perte.

Et, suivant l’adage de Lavoisier qui dit que rien ne se perd tout se transforme, j’ai pu assister à la métamorphose de cette comparaison au fur et à mesure du temps en admiration.

Je ne dis pas que cela fut facile. Il faut s’entrainer et persévérer comme dans tout sport ou tout art. Et malgré cela on n’est jamais vraiment à l’abri d’une rechute.

C’est ce qui a manqué de m’arriver pas plus tard qu’hier.

Tu sais que je me suis entiché de tous ces podcasts que l’on peut trouver désormais gratuitement sur internet, je t’en ai déjà parlé plusieurs fois, et j’en ai même créer quelques uns, modestement.

Abonné à France Culture et plus précisément au podcast de l’émission  » A voix nue » je suis tombé sur 5 émissions où Fabienne Verdier s’entretient avec Jérôme Clément sur la peinture.

Comme j’étais toujours dans le rangement de mes papiers ( et oui ça prend du temps si je veux vraiment bien le faire ) je me suis demandé si ça ne serait pas intéressant de revenir sur des à priori car je te l’avoue j’en ai entretenu plus d’un vis à vis de Fabienne Verdier. Il y a longtemps que je connais son travail et ses textes, une vingtaine d’années environ, ce qui me renvoi à l’arrogance de ma petite quarantaine.

A quarante ans elle m’agaçait. Je me débattais sur mes toiles comme un forcené où plutôt sur mes feuilles de papier car je n’avais pas assez d’espace pour réaliser des toiles. Et comme j’ai toujours été fan de radio je crois que j’avais déjà entendu plusieurs émissions où madame Verdier racontait son parcours avec la peinture.

A cette époque ça me mettait dans un drôle d’état. En fait j’étais cramoisi de jalousie tout simplement.

Tout ce qu’elle disait de la peinture était si proche de ce que je découvrais en tâtonnant dans la petite chambre d’hôtel où je logeais à l’époque que je me sentais comme : « dépossédé » de toutes ces découvertes si précieuses que j’avais effectuées dans une solitude épaisse. Fabienne Verdier que je ne connaissais ni d’Eve ni d’Adam m’avait pillé tout simplement.

Et du coup je crois qu’à cette époque j’avais effectué des recherches pour constater l’étendue des dégâts j’avais même lu son bouquin  » Passagère du silence » qui m’avait fait revenir encore plus dans cette colère bizarre, cette jalousie atroce que j’avais beaucoup de mal à comprendre en vérité.

Ca m’avait même flanqué un tel blues que durant des années je n’ai plus du tout eu envie d’entendre parler de madame Verdier.

C’est dire l’incroyable orgueil qui fut le mien. Je me suis senti accablé par ce sentiment de jalousie et de colère et puis comme cela arrive souvent, je me suis désintéressé, et à la fin j’ai totalement occulté de ma vie Fabienne Verdier.

On pourrait croire à une nouvelle de Gogol ou de Dostoïevski n’est-ce pas … j’adore ces deux auteurs ça ne m’étonnerait pas que j’emprunte de temps en temps certains de leurs ressorts.

Bref.

Hier donc je tombe sur ces 5 émissions et tout me revient de plein fouet. Ma colère, ma jalousie et je reste bouche bée en voyant ça évidemment.

Du coup je me dis attention tu tiens quelque chose d’intéressant là évidemment. et j’ai écouté les 5 émissions d’affilée.

Attentivement et je pourrais même dire religieusement… un comble n’est ce pas…

C’est que le parcours de Madame Verdier si proche qu’ait pu être le mien vis à vis de la peinture n’est pas le mien tout simplement. C’est le sien et elle sait en parler d’une façon simple, modeste, admirable en répondant assez sobrement aux questions de Jérôme Clément.

A la fin de cette série d’émissions je me suis demandé pourquoi j’avais eu autrefois autant d’émotions négatives vis à vis de Fabienne Verdier … Désormais tout avait disparu.

Le premier sentiment qui m’est venu était une sorte d’admiration mais quelque chose clochait encore. Il y a souvent un peu de soumission dans cette notion d’admiration chez moi contre laquelle tôt ou tard je finis toujours par me rebeller.

Non je dirais plutôt de la gratitude. Gratitude ou reconnaissance … Car dans le fond nous sommes de la même génération, Fabienne Verdier est née en 1962… elle est juste un peu plus jeune. Nous sommes donc tous les deux les enfants si je puis dire, ainsi que les frères et sœurs d’une époque dans laquelle tant d’idées incroyables ont soufflé…. la Route de la soie parmi toutes notamment vers l’Inde et la Chine …L’Iran et l’Afghanistan …

Oui reconnaissance et gratitude envers Fabienne et toute cette étrange et merveilleuse époque si féconde qu’on appelle aussi une génération perdue.

Illustration : « Pèlerinage au monts des intentions pures » Fabienne Verdier

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