L’inconfort de l’écriture

Ce blog dépasse désormais les 1000 textes. Et pourtant je n’en retire pas vraiment de satisfaction, pas de fierté, à peine une mince sensation que je pourrais rapprocher du soulagement. Un peu comme on tire un coup en pleine journée de boulot pour évacuer un agacement. Pour interrompre un instant la persistance de cet agacement qui sitôt la braguette close reprend son ronron.

J’ai comme un bruit de machine outil au fond de moi en tâche de fond, un bruit qui, je ne sais comment s’est logé dans mon corps tout entier. Une vibration qui ne me dérange pas la plupart du temps tant j’ai pris l’habitude de vivre avec. Simplement, de temps en temps la nécessité d’une soupape d’évacuation m’entraine à produire des choses bizarres.

Désormais j’écris mais il n’en a pas toujours été ainsi.

Cette vibration de l’énervement que je ne désirais pas entendre mais que j’entendais malgré tout, en en prenant conscience de plus en plus ces dernières années, il faut que j’arrive à m’en approcher.

En revanche une fois cela posé je me rends compte immédiatement que ça ne va pas être une sinécure. Je la trouve associée à tant de frustrations, de colère, de sentiments vils, à un sentiment d’impuissance qui n’a pas de contours précis avant que je ne décide de nourrir cette forme vague de chair pâle et rose.

Principalement un morceau de cuisse bordé de soie ou de nylon , une cuisse qui à la fois luit dans une pénombre et illumine une part trouble de moi-même. Comme si toutes les ombres s’agitaient frénétiquement créant un vortex par lequel ce que j’appelais de l’énervement sourdait.

Pourquoi cette énergie a t’elle besoin de se parer de toutes les ombres et de devenir énervement pour provoquer une telle agitation ?

Et si je ne prenais pas les choses dans le bon sens… si je m’extrayais de cette position de victime du sort que je cherche parfois si habilement à dissimuler alors il me faudrait pénétrer dans quelque chose de très inconfortable.

Le genre de truc caché depuis l’origine du monde. L’utilisation du sexe comme soupape à l’impuissance d’être.

La honte qui s’associe encore à cette errance sexuelle que j’ai traversée de long en large et en travers d’où vient t’elle vraiment ? Certains en tirent une sorte de gloriole qui me les a toujours rendus méprisables. Méprisables parce que si semblables à moi.

Méprisables car cherchant à m’entrainer vers un centre pour se rassurer de façon grégaire comme on se rassemble autour d’un amas de braises presque éteintes en achevant des fonds de bouteilles au petit matin.

Tristesse insondable de ces rassemblements où la médiocrité se mêle à l’apparition de l’étoile du berger. Où ma médiocrité luit et gangrène soudain toute la voute étoilée.

Je me suis mis à écrire comme on se met à parler. Pour sortir de l’insupportable que provoquait la conscience de cette médiocrité. Pour m’extraire de l’énervement aussi sans doute. Pour parvenir aussi à modifier cette notion d’énervement en quelque chose que je pourrais nommer autrement.

Pas seulement la cuisse d’ailleurs. L’affolement que provoque le surgissement géant d’un cul, s’attacher fermement à cette vision pour ne pas s’égarer surtout à la commissure des lèvres et dériver vers l’imperceptible tremblement qui m’y attend. Et dont il faut absolument se méfier comme du regard trouble ou ne repose pas du tout cette étincelle.

Sinon les seins, lourds de préférence toujours, avec le petit pli grassouillet de l’aisselle. Comme une diversion encore. Se ruer dans le cliché pour éviter de voir plus bas, tout en bas du ventre cette touffe et son mystère insondable.

Il y a la dessus le même mutisme. C’est dans ce mutisme que se situe l’inconfort de l’écriture.

Parce qu’on m’a apprit à ne pas parler de ces choses là. L’écriture c’est désapprendre ce mutisme revenir à la source d’un agacement commun.

Aujourd’hui

Et peut-être que demain je n’y penserai plus.

Sauf si j’éprouve encore cet énervement, cet agacement, ce bruit d’usine et ces hallucinations visuelles et olfactives de tous ces corps enjambés sur la route que j’ai du emprunter.

en illustration une image extraite d’un souvenir.

Un voyage à Pompéi effectué à l’âge de 15 ans. J’étais accompagné d’une femme plus âgée qui m’avait « kidnappé » du groupe d’ados avec lequel je trainais.

L’intensité du rouge des fresques rejoignit à cet instant précis l’intensité de l’énervement, de l’agacement, du désir que le frottement de sa hanche contre la mienne provoqua alors qu’elle s’amusait à répéter mon prénom dans le creux de l’oreille avec un accent merveilleux.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :