L’heure de la sensation vraie

Lorsque j’aperçois ce petit livre mon cœur se met à battre. Il se trouve coincé entre deux classiques dans la pile que je fouille fiévreusement tout en observant du coin de l’œil le bouquiniste assit sur un pliant en train de se servir un verre de rouge.

« L’heure de la sensation vraie » c’est le titre du bouquin écrit par l’écrivain Peter Handke, que j’associe toujours avec le film « les ailes du désir » qui tire son leitmotiv de l’un de ses poèmes. Un film de Wim Wenders sorti en 1987 sur les écrans parisiens qui m’a laissé un petit gout de déception. J’aurais du me méfier. On ne se fie jamais suffisamment assez aux premières impressions.

Pourtant j’ai fouillé dans mes poches pour trouver les quelques francs nécessaires pour l’emporter avec moi. Trogne à peine réjouie du bouquiniste avec son regard vague perçant les murailles des immeubles derrière moi face à la Seine.

Je me suis rendu aussitôt au café le plus proche. Il faisait beau, j’étais pressé d’être une fois encore déçu par ce que j’allais trouver dans ce texte.

A l’époque, je venais d’avoir 28 ans, j’étais tellement fatigué de penser sans relâche déjà que l’idée qu’il puisse y avoir une issue dans la sensation et qu’en plus celle ci soit « vraie » me projetait une fois encore dans un espoir à résoudre au plus vite.

Effectivement j’ai été déçu dès les premières pages. Une histoire à dormir debout, une sorte de resucée teutonique de l’Etranger de Camus ai je pensé. Je crois que j’ai du lire un tiers à peine de ce bouquin et puis je l’ai abandonné sur la table du café.

En fait en y repensant des années plus tard je mesure avec quelle intransigeance je menais mon existence en ce temps là.

Dans le fond je n’étais pas si loin que ça de cette fameuse sensation vraie que je cherchais tellement à l’extérieur de moi. Evidemment je ne pouvais pas la voir ainsi.

Il fallait que je m’use au contact de l’extérieur. Puis que je ferme les yeux et étudie l’espace entre les pensées. J’ai cru au temps de façon trop grave et sérieuse. J’ai trop compté sur l’idée de demain. Et c’est en revenant dans cet hier parfois que j’ai aussi cette illusion de remettre les pendules à l’heure de l’instant.

Illustration : Photographie de l’écrivain Peter Handke

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