Que cachent les promesses ?

Ce sentiment de malaise qui naît presque aussitôt que quelqu’un ou moi-même émet une promesse est la source de ce texte. Ce malaise est directement lié à chaque fois à la même sensation, quelque chose que je pourrais rapprocher du « dérangement ». La promesse dérange quelque chose et ce quelque chose c’est l’Energie.

J’utilise ce mot d’énergie de plus en plus faute de mieux. Faute d’avoir aussi envie de poser un nom sur ce qui n’en n’a pas et ne devrait jamais en avoir pour maintenir justement son intégrité intacte.

Nous pensons souvent que lorsque on lance une promesse ainsi dans le temps, que ce soit du court terme ou pas nous sommes tenus de l’honorer. Que cette promesse engage notre parole comme si cette parole était la partie la plus précieuse de nous mêmes et qu’elle ne devait pas être entachée.

Ne pas tenir une promesse vis à vis de nous même ou des autres nous laisse un gout amer la plupart du temps, et nous éprouvons comme une érosion apportant regret ou remords avec lesquels nous peindrons un tableau peu reluisant de notre personnalité.

L’idée de conserver une belle image de nous-même nous incite à tenir ces promesses pour ne pas en découvrir une autre qui nous effraie. Que nous refusons d’emblée sans la connaitre.

Comment appelle t’on quelqu’un qui ne tient pas sa promesse ? un menteur.

Nous avons horreur d’apparaitre ainsi comme des menteurs. Et, si nous nous posons la question, si nous nous demandons pourquoi nous refusons ce statut de menteur, c’est parce qu’il nous plonge dans une solitude effrayante, parce qu’il nous place à la marge du groupe presque immédiatement, comme il nous place à la marge de cette fameuse image de nous dans un groupe. Que ce groupe soit réel ou imaginaire, importe peu.


Bien sur je peux me dire que ce sentiment de malaise que j’associe à la promesse ne regarde que moi. Qu’il ne s’agit que de ma propre histoire vis à vis des promesses et des mensonges qui en découlent.

Mais puisque ce blog est un laboratoire qui sert à transmuter le brut en essence qu’ai je d’autre comme matière que moi-même dans laquelle puiser sans relâche? Il ne me suffit que de tendre l’oreille et de trouver, en traversant la cacophonie, les instants où je peux m’abandonner à celle ci et écouter enfin la musique.

Trouver le malaise en premier. Toujours un signe fiable, un cerbère se tenant sur le seuil des Enfers.

L’enfer de la promesse et du mensonge si l’on veut.

Tu m’avais promis ! cris, pleurs, querelles incessantes, qui généralement entraine le conflit, la hargne, la colère, la séparation, et pour finir le ressentiment.

Tu m’avais promis ! et par le fait de ne pas tenir cette promesse je ne te maitrise plus, je ne te calcule plus, hors de ma vue…

Car il y a une forme d’aliénation dans la promesse et je n’ai jamais trouvé autre chose que le mensonge pour m’en libérer. Ce mensonge de ne pas tenir une promesse.

Quelle lâcheté ! lâche comme souple et dénoué le lien lâche et lâché… Heureusement que nous n’étions pas agrippés l’un à l’autre à la paroi d’un rocher.

Sans doute que dans cette circonstance, dans le fait d’assurer l’autre de tenir fermement la corde à laquelle nous sommes reliés c’est tout autre chose.

Mais dans le chaos de la vie on cherche bien plus à se rassurer qu’à assurer.

D’ailleurs si les sociétés d’assurances fleurissent depuis un bon siècle, désormais leurs agences remplacent bon nombre de petits commerces, n’est ce pas pour embrouiller le chaland dans cette dérive que le mot rassurer et assurer entretiennent ?

Nous sommes assurés de tous les côtés, tenus par des liens, des cotisations comme de grands vaisseaux condamnés à rester à quai.

Nos cotisations, nos contrats d’assurances, contrats d’Energie, contrat de travail, autant de promesses à tenir qui si nous décidons un jour de les rompre nous place immédiatement dans la position de paria.

Divorcé, Chômeur, irresponsable.

Le fameux « vivre ensemble » que l’on ne cesse de nous présenter comme la meilleure chose au monde dans laquelle pénétrer en toute assurance d’y découvrir la tranquillité d’esprit, la sécurité et le bonheur… autant de promesses qui en ce qui me concerne n’ont jamais été tenues.

Pourtant je ne peux pas dire que je n’y ai pas mis du mien. C’est tout le contraire je n’ai même fait que cela j’ai pratiquement tout donné de mon temps de mon énergie, du meilleur de moi-même tellement souvent, en vain.

Si j’ai commencé à douter de la notion de promesse c’est qu’avant toute chose je me suis aperçu très jeune de sa supercherie. Je l’ai éprouvée dans ma chair en premier lieu bien avant qu’elle ne s’installe dans ma pensée.

Suis je si différent des autres sur ce point ? Possible qu’un enfant ayant vécu une éducation différente ne soit pas si suspicieux que je le suis envers cette notion de promesse. Admettons que son expérience ne se base que sur ces prémisses des premières promesses tenues il n’échapperait pourtant pas à la déception tôt ou tard et peut-être alors serait il moins bien armé que je n’ai pu l’être pour affronter cette déception.

Mais le propos n’est ni à la justification, à l’excuse, à toutes les bonnes ou mauvaises raisons que l’on peut inventer pour ne pas tenir une promesse.

Ce ne sont que des conséquences, de la fumée indiquant la présence d’un feu.

Ce que dissimule ce malaise que j’éprouve vis à vis de toute velléité de promesse c’est aussi cette façon qui ne me semble pas juste de vouloir maitriser le temps.

Encore un mot que l’on a plaqué sur le sans nom que l’on considère comme un saucisson magistral que l’on peut couper ainsi en tranche à notre guise.

Car émettre une promesse ressemble à un abracadabra, une sorte de pouvoir magique qui nous installe en sorcier capable d’infléchir ce qui n’a pas pour nature de l’être.

Emettre une promesse si j’étais intégriste, pourrait être un blasphème. Ce serait dire alors que j’ai ce pouvoir incroyable d’ordonner quoi que ce soit dans le temps du simple fait de la parole donnée.

Est ce que je possède une parole pour pouvoir ainsi la donner ?

M’appartient- t’elle vraiment cette parole ?

Ou plutôt n’est t’elle que ce ramassis d’échos que je ne cesse de balbutier afin d’invoquer une présence, la mienne, au monde… monde qui lui même tel que je le vois de mes propres yeux n’a rien à voir avec le monde tel qu’il est …

Ce malaise qui provient de la parole, de ma présence douteuse que je fabrique avec cette parole, comment peut t’elle s’engager si frauduleusement encore dans une promesse ?

Sinon dans une totale inconscience de tant de mensonges acceptés …

Accepter cette inconscience alors serait la lâcheté véritable et dans ce cas je perdrais à tout jamais cette promesse fondamentale de rester qui je suis envers et contre tout.

Non pour maintenir une fois tous les ressentiments traversés une forme enfantine de toute puissance.

Mais au contraire m’entrainer à chaque instant à maintenir le tout vulnérable, le tout fragile, le tout changeant, et le tout immuable.

Encore une fois j’ai cette image qui revient inlassablement du Titan Atlas qui revient préférable même si elle est tellement proche de ce Christ crucifié dans le point de rencontre que forment l’horizon et la verticalité.

La notion de martyr n’est pas ma tasse de thé, elle aussi est une promesse pour les gogos…

Se libérer aussi de cette promesse allège et dépouille encore plus avant et c’est en frôlant l’invisibilité, la transparence, en traversant toutes les dualités que j’ai cette sensation de vent caressant ma joue. Cette sensation n’est pas une promesse, n’est pas un mensonge.

C’est une sensation et voilà tout.