Toute puissance et tao

Il ne serait pas étonnant que le sentiment de toute puissance se répande chez nos contemporains de plus en plus étant donné le ressentiment général depuis lequel il prend sa source.

Pour s’extraire du ressentiment, la notion de « surhomme » a le vent en poupe.

Elle est libératoire de l’Energie trop longtemps tenue scellée. C’est une forme d’ivresse comme tant d’autres et dont le flacon cependant ne cesse de changer de forme.

Je pourrais facilement rapprocher le web marketing de cette idée de flacon dans lequel la promesse d’une forme maligne de la toute puissance macère.

Cette promesse contient en gros toutes les caractéristiques possibles que l’on retrouvera dans ce que prône généralement cette toute puissance.

Se sentir libre

Prendre le contrôle de sa vie

Etre un winner

S’extraire avec facilité d’une situation A pour rejoindre un point B en utilisant un mode d’emploi de lave vaisselle.

Etc etc…

Ce qu’il faut surtout retenir de la toute puissance c’est sa promesse, c’est la même chose pour le web marketing.

Ce à quoi j’ai pu assister ces dernières années c’est comment cette notion de promesse s’est infiltrée aussi dans le milieu artistique.

Chez les artistes surtout qui bien sur ne sont pas indemnes de vivre dans le ressentiment comme tout le reste de la population.

Pour s’extraire de la difficulté et de la plainte que le ressentiment général ne cesse de produire sur les âmes sensibles, souvent fragiles, l’Eldorado que cette promesse marketing permet de visualiser pénètre dans la cervelle en s’appuyant sur le même espoir qui animait autrefois les chercheurs d’or.

Promesse, espoir, vente de formations, d’outils susceptibles de jouer le rôle de pied de biche agréable pour fracturer sans douleur les résistances qui s’opposent à la gloire à la richesse et à la fameuse liberté de plus en plus synonyme de compte en banque généreusement garni.

Profitant de l’égarement général que la faillite des institutions aura produit après deux guerres mondiales l’ utilisation de la promesse prend d’ailleurs sa source vers les années 50 aux Etats -Unis avec la naissance ou plutôt la renaissance des techniques de persuasion orientée vers la vente;

La lettre de vente et la vente par correspondance ( VPC) sont les rejetons de cette persuasion, elle même issue d’un art très ancien se nommant la rhétorique.

Cet art de convaincre détourné vers un art de vendre se nomme le copywriting. Et si j’utilise le mot art ce n’est pas à la légère car très souvent la persuasion va s’appuyer sur toute une partie irrationnelle du lecteur, et ainsi le pousser à passer à l’acte presque malgré lui.

La persuasion utilise les émotions et sait parfaitement dans quel ordre précis organiser les idées les images les arguments afin de calculer le maximum de chances de déclencher une action.

On pourrait se rappeler que certaines figures pas toujours nobles de la politique, ayant étudié la rhétorique classique et qui utilisent souvent les mêmes rouages émotionnels afin de parvenir à leurs fins.

Je me souviens de l’éloquence de Churchill et comment dans l’indigence presque totale dans laquelle politiquement il se trouvait il est parvenu à mobiliser pas qu’une mais plusieurs fois l’opinion publique en sa faveur.

Nommé trois fois premier ministre grâce à son éloquence, à l’art de convaincre et certainement aussi à sa fabuleuse obstination, sa ténacité qui en fait désormais une figure légendaire dans le monde entier.

D’ailleurs le public en général ne s’y trompe pas qui adore l’éloquence, et ceux qui savent l’emporter dans l’émotion, lui raconter une belle histoire. Nourrir l’espoir !

Une grande partie de la politique ne se joue d’ailleurs souvent que sur la promesse.

Et il est désormais devenu un usage qu’en politique notamment, tout un jeu entre cette promesse et le fait qu’elle ne soit jamais tenue forme l’essentiel des débats.

Cela remonte à loin en fait, à l’époque où les rois étaient plébiscités par la foule.

Ils ne servaient la plupart du temps que de catalyseur ou de fusible.

Intermédiaire avec l’innommable, le « sans nom » on le glorifiait durant les périodes fastes et on le conspuait en priorité lors des désastres, les catastrophes, jusqu’à en faire la victime sacrificielle d’un rituel de réconciliation du peuple avec cet invisible.

C’est un peu avant l’ère chrétienne qu’apparait le taoïsme, on ne connait pas de date précise et il est fort possible que ce terme de tao  » daojiao 道教 » ne soit que le résidu d’un enseignement extrêmement ancien. Cependant les sources identifie la naissance du mot au II ou III ème siècle avant JC.

A mon avis le taoïsme moderne identifié durant la dynastie Han prend naissance dans le chamanisme. Encore une fois comme j’en ai déjà parlé dans un autre article à propos des Védas, il s’agirait d’une sorte de condensé, une anti sèche, d’un savoir ancestral ayant eu à essuyer un ou plusieurs cataclysmes durant l’histoire de l’humanité.

Cet enseignement d’ailleurs, que ce soit dans les Vedas ou dans le Tao té King les deux ouvrages essentiels qui résument ce savoir antédiluvien traite toujours de la même chose :

Le comportement à adopter vis à vis de l’invisible. En gros une sorte de guide, de marche à suivre souvent basé sur des injonctions paradoxales afin d’épuiser la pensée qui tourne en rond autour de ces concepts apparents.

Le tao est aussi une forme de promesse si l’on veut mais une promesse à l’envers de ce qu’on en connait. Le tao ne propose pas la toute puissance sans doute parce que la notion de ressentiment ne représentait rien pour les populations dont il est issue.

Le tao propose de ne pas penser selon une norme, de ne pas se laisser dissiper de l’essentiel, de l’invisible.

On lui attribue évidemment des pouvoirs magiques. Un maitre taoïste est susceptible de pouvoir voler, agir en plusieurs endroit simultanément, et même d’être immortel. Mais ce ne sont que des métaphores bien sur destinées à toucher l’imagination des gens simples et maintenir le respect envers cet art de nature alchimique. Afin qu’il ne soit pas anéanti totalement par le bouddhisme ou le confucianisme.

Souvent il aura été considéré comme une magie, susceptible d’apporter à qui la maîtriserait cette fameuse toute puissance, dans les époques où peu à peu le ressentiment commençait à s’installer parmi les peuples de chine, d’Asie en général.

On a vu en lui aussi une promesse de maitriser la matière, fabriquer de l’or, apporter liberté et richesse.

Un maitre taoïste véritable sourirait sans doute à la vue de toutes ces illusions pour ne pas en pleurer.

Ou mieux il continuerait sa voie sans s’en soucier, en sautillant de temps à autre comme un fou sur le chemin, chatouillé par la toute puissance de l’ineffable et sa volonté de rester dans l’impuissance à se faire la moindre idée.

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