Des gamins aux larges épaules

Il faisait très froid comme aujourd’hui lorsque j’ai ouvert « la harpe d’herbes » ce recueil de nouvelles écrites par l’écrivain américain Truman Capote.

Au fur et à mesure que j’avançais dans le bouquin je ne pouvais pas retenir les larmes qui montaient de plus en plus.

Ce n’étaient que des histoires de gamins. Mais si bien racontées, si rondement menées que je ne me souviens plus si l’émotion qui me secouait provenait de la manière, de la forme ou bien du fond.

Sans doute un peu des deux.

Par la suite j’ai cherché tous les livres de Truman Capote. Je ne pouvais pas me les payer tous à l’époque alors j’allais dans les bibliothèques publiques pour compléter ma collection.

Souvent j’ai repensé à ce premier livre, à cette première impression une fois que j’eus parcouru tout le reste de son œuvre.

Même « petit déjeuner chez Tiphanie » ne m’a pas bouleversé autant que ce premier livre par lequel, hasard de la lecture j’ai pénétré ses écrits.

Peut-être une résonance, un écho, quelque chose qui soudain « match » comme on dit désormais.

Bien que les gamins dont parle Truman Capote ne soient pas tout à fait les mêmes que j’ai connus dans mon enfance, il me semble désormais que la différence se joue ailleurs que sur l’époque, les caractères et les décors.

C’est une affaire d’épaule.

Les gosses de Capote sont larges d’épaule parce qu’il est un écrivain constitué ainsi, c’est un athlète de l’écrit.

Et bien sur à l’époque dont je te parle je me considérais tout simplement comme une mauviette, d’ailleurs je chialais exactement comme ça, comme une mauviette.