Rêve et résistance

Pour résister à la bêtise il fallait que j’invente ma propre bêtise et puis après j’ai oublié. L’intelligence est la plus grosse bêtise que je n’ai jamais inventée.

Pour m’en rappeler ce n’a pas été facile.

Il m’aura fallu retourner à ce que j’appelais la bêtise autrefois découvrir sa raison d’être, me réchauffer à la lumière qui perçait peu à peu sa gangue de boue et de misère.

Et puis c’est exactement ainsi que tous mes mensonges ont commencé à fondre comme du beurre posé sur un poêle.

Des fois j’en ris, mais le plus souvent j’en pleure.

C’est la vie, c’est comme ça disent les vieux assis sur un banc quelque part dans ma tête.

Parfois je me mets en colère mais ça ne sert à rien.

On est toujours en colère parce qu’on est pas assez costaud voilà tout.

Pour retrouver son calme il faut juste serrer les dents, s’entrainer, faire des pompes pour se muscler le dos et les biceps. Considérer que le jugement est un muscle comme tous les autres qui s’amollit si on l’utilise mal ou pas du tout.

Les douleurs musculaires comme articulaires ne sont rien d’autre sans doute qu’un mauvais point de vue que nous entretenons depuis trop longtemps sur nous même et le monde qui nous entoure.

Une fois ces choses dites on peut revenir au rêve que représente cette réalité. Explorer sa banalité onirique.

Quelque chose s’en solidifie et finit comme une résistance de bouilloire branchée sur le courant, à chauffer au début doucement puis de plus en plus intensément.

On s’assoit avec sa tasse de thé, les carreaux de la cuisine sont embués et on accroche son regard aux dégoulinures des petites gouttes d’eau que le contact du froid et du chaud produisent.

C’est cela la vie, cette fenêtre par delà laquelle j’aperçois la cour. La vitre de cette fenêtre tantôt transparente et par laquelle pénètre toute la lumière, tantôt floue ne renvoyant qu’à l’indistinct, à l’incertain.

S’y habituer ne se décrète pas d’une pensée.

Il faut d’abord traverser tous les rêves, tous les mensonges et toutes les vérités, pour parvenir à ce « c’est comme ça » et comprendre soudain le sourire un peu triste de ces vieux compagnons qui ne quittent plus leur banc.