La moyenne

Je possède une sorte de don, je retourne les mots comme des crustacés et je leur découvre des sens nouveaux. Ce don n’a pas toujours été un cadeau. Loin de là.

La naissance du malentendu avec les autres provient de là.

ça et là comme ceci cela.

Sans doute en raison du son qui pénètre et fait son petit bonhomme de chemin. Le sillage du son et tout ce qu’il charrie dans un mot tel un fleuve. Un mot ou une expression.

Ainsi « être dans la moyenne », « avoir la moyenne » Bien sur qu’à la maison l’idée chérie était de toujours se situer au dessus. Bien au delà de la moyenne si possible…Et parvenir à devenir le meilleur.

Je ne sais plus pourquoi meilleur m’a autant rebuté enfant.

Sans doute à cause des trempes, des colères homériques qui toujours s’y associent dans ma mémoire.

« Je veux que tu sois le meilleur ».

Qui peut sans rire vouloir cela ?

Mes parents m’avaient chargé d’un fardeau , en gros tous les rêves, tous les regrets, tous les remords accumulés depuis des générations sans doute. Des milliers de branches de l’arbre géant, généalogique… Rien que d’imaginer encore toute cette attente larvée pour qu’enfin un membre de cette famille parvienne sur le podium où trônent les meilleurs, quelle fatigue !

A prendre avec des pincettes donc cette expression. Le retourner à nouveau. Ecouter attentivement ! l’oreille intérieure largement ouverte sans chercher un sens tout d’abord.

Sans se retrouver capturé par le sens.

Avoir la moyenne et être dans la moyenne.

Toujours cette dualité de l’être et de l’avoir bien sur.

La moyenne et la médiocrité, la moyenne et la déception; éclairées ces deux moyennes par le soleil éblouissant des réussites inatteignables.

Quelle bêtise de vouloir voler jusqu’au soleil, tout le monde sait que sa chaleur fera fondre la cire, que les ailes plume par plume se détacheront, que ce sera la chute enfin.

Icare poussé par son père à voler, tout sera compris au delà de la moyenne plus haut que la moyenne, et cela finira mal.

Sans doute ai je interprété très jeune cette notion de réussite, de devenir le meilleur, en lisant cette histoire. Dédale l’auteur du labyrinthe confectionnant des ailes pour son fils Icare.

Dédale considéré comme un traitre par le roi Minos qui les enferme son fils et lui dans le labyrinthe. Ils ne peuvent s’enfuir de Crète ni par la mer contrôlée par la flotte du Roi, ni par la terre.

L’idée de confectionner des ailes avec des plumes et de la cire provient du désespoir d’un père ayant entrainé son fils dans le désastre.

Ce remord du père transmis au fils lui laisse t’il un autre choix, par amour filial que de vouloir s’élever par un acte insensé, un acte de bravoure, au dessus de cette prison que représente le labyrinthe ?

Ne vole pas trop bas ne vole pas haut avait dit Dédale. Et tout encore une fois fit naitre le malentendu dans l’esprit du fils. Sortir de la prudence conseillée, faire un coup d’éclat, suivre le désir d’atteindre à la lumière, à quoi bon chercher les raisons masquant des forces innommables.

Dans ce cas rester dans la moyenne, ni en dessous ni au dessus permettrait de sauver la chèvre et le chou dans un premier temps.

Dédale a perdu la confiance du Roi, il est désespéré, au trente sixième dessous. Sa position se situe bien au dessous du niveau de l’amer.

Rétablir la moyenne au moins pour extraire le père de l’amer.

Ne pas voler trop haut pour ne pas faire fondre les ailes.

Des années plus tard en étudiant la religion bouddhiste je découvre qu’il existe une voie possible.

La voie du milieu.

Quelle formidable découverte ! Qui résout soudain cette énigme de la moyenne.

Etre dans la moyenne cela peut être aussi se trouver au milieu, au centre peut-être de quelque chose. Créer un axe en soi qui, quelque soit la vitesse et la force des vents restera solide.

C’est comme cela que je suis passé de la moyenne au juste milieu.

On pourrait croire que c’est risible, pour beaucoup de personnes ça l’est ça le fut et le restera.

Toutes ces personnes que j’ai rencontrées dans ma vie en gros. C’est à dire avec cette chose brute et sensitive avec laquelle je m’obstinais à garder la moyenne.

Il ne le comprenaient pas.

« Peut mieux faire » « Pourquoi ne fait il pas cet effort de mieux faire ? »

Déceptions, cris, hurlements, trépignements, insultes, injures…

Pourtant c’était plus fort que moi comme on dit je ne pouvais pas décoller de cette notion de moyenne dans tous les domaines de ma vie.

Sans doute aussi pour explorer ce qui faisait si peur à de nombreuses personnes que j’aimais. Pourquoi l’idée de moyenne les terrorisait t’ils tant que cela ?

Illustration: formule de l’incertitude de mesure pour les cas de forte répétitivité.

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