Se mélanger les pinceaux

J’ai des dizaines de pinceaux dans des pots bien rangés sur une grande étagère. Mais la plupart du temps je ne me sers que d’un seul. Ce choix est tout à fait empirique, je ne me soucie pas vraiment de sa nature, de sa forme, de sa taille. Cela vient ainsi dans l’immédiat et je suis incapable de dire pourquoi aujourd’hui je peins avec ce pinceau là.

Parfois ce sera le même pinceau durant toute une semaine, durant tout un mois. Et puis aussi rapidement que je l’ai saisi je le lâcherai pour en prendre un autre, sans même y penser.

C’est pareil pour les textes que j’écris dans ce blog, grosso modo. Une expression, un mot, une image nait le matin et je la saisis sans me poser de question. Des textes vont naitre de ce frottement entre le mot et le clavier. Entre les deux une étincelle, un paragraphe, une suite de phrases qui s’agencent souvent maladroitement si je me mêle soudain d’émettre le moindre jugement sur ce qu’il faut bien assumer dans l’écrit.

C’est comme un voyage, un voyageur parti si loin de tout et qui soudain revient. Pour ne pas tout perdre de ce qu’il a traversé, un tableau, un texte dans lesquels souvent il sera déçu de ne pas retrouver l’essence exacte de l’immédiateté perdue.

Je me dis parfois que je me mélange les pinceaux, je suis brouillon, maladroit, brute.

Par manque de confiance en ce personnage qui désire s’accaparer l’immédiat au travers de ces œuvres. Je le sais si fragile, si vulnérable, faillible à chaque instant.

Cependant lorsque le tableau ou le texte se réalise je ne sais jamais d’où il vient vraiment.

Une part inconnue sur laquelle le personnage de peintre ou d’écrivain se défend de poser la main dessus.

Il ne peut que tourner tout autour en dansant, braillant, s’en réjouir ou s’en plaindre, peu importe et je crois qu’il en est conscient.

Lui joue son rôle qui est de mélanger les mots et les pinceaux pour brouiller les pistes avec plus ou moins de talent suivant la météo, l’état de sa digestion, de ses rhumatismes et l’humeur de son épouse.

L’expression se mélanger les pinceaux signifie s’embrouiller tout seul mais j’y vois plus un jeu de Mikado au cours duquel par le calme, la patience, la concentration on extrait une à une les tiges pour ne pas faire choir l’ensemble.

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