Comment peindre quand on ne sait pas quoi peindre

La difficulté de trouver un thème en peinture revient régulièrement. Cela est souvent dû à une volonté d’originalité.

Il n’y a pas beaucoup de thèmes différents dans l’histoire de la peinture. Si tu regardes bien tu vas trouver qu’ils se réduisent généralement au paysage, à la figure, et à la nature morte.

Ces trois catégories bien sur peuvent être encore affinées, dans le paysage il y a la campagne, la mer, la forêt, la montagne..

Dans la figure cela peut aller du portrait, au nu debout, allongé, à la scène de bataille qui mêle en même temps le paysage et les protagonistes, on peut aussi introduire des animaux, des chevaux, des éléphants, tout ce que tu peux imaginer dans le fond, mais ça ne va pas modifier le fait que tout cela appartient à la même catégorie.

Quant à la nature morte, le champs est on ne peut plus vaste aussi et désormais on peut peindre un hamburger et une canette de coca si l’on veut, cela reste malgré l’effort d’originalité ou de provocation, des éléments qui appartiennent à la nature morte.

Vouloir à tout prix trouver un sujet « original » est une erreur que commettent bon nombre de débutants. Sans doute y a t’il une confusion depuis l’essor de la peinture dite moderne entre le traitement de certains sujets et le sujet lui-même. Même les toiles cubistes de Braque, de Picasso peuvent toujours être classées dans un des trois sujets majeurs de l’histoire de la peinture. Les intérieurs décorés de Matisse ne sont pas éloignés non plus de l’histoire, ils ne sont pas hors de l’histoire. C’est juste une manière différente de proposer le sujet.

Résoudre la volonté d’originalité peut prendre du temps et bien autre chose.

Sans doute cela pourrait partir d’une certaine forme de naïveté de croire que l’on puisse soudain peindre quelque chose d’original. C’est aussi une forme d’ignorance bénéfique au début. Quand on survole d’un seul regard tout ce qui a déjà été peint depuis l’age des cavernes on se rend compte que tout ce qui est essentiel a déjà été peint. Alors peut-être que si l’essentiel est déjà fait on peut s’attarder un peu sur l’insignifiant, le détail, l’anodin, qui sont souvent des éléments que les maîtres d’autrefois utilisaient mais qu’ils ne plaçaient pas en « vedette » dans leurs tableaux.

C’est la raison pour laquelle résoudre la volonté d’originalité peut prendre du temps, c’est qu’il faut traverser à la fois notre propre naïveté, notre orgueil comme notre ignorance et parvenir à une sorte de degré 0, à l’humilité.

Bien des autodidactes vont faire ainsi un long chemin avant de trouver véritablement leur voie, leur style surtout s’ils manque de confiance en eux et sans doute est-ce la raison qui parfois les entraîne à bout de souffle et d’idées parfois à vouloir rejoindre un cours de peinture.

A de rares exceptions près il est rare que l’on conserve cette inébranlable confiance en soi pour s’accrocher jusqu’au bout et seul dans cette voie. Beaucoup d’appelés peu d’élus.

L’humilité en peinture permet de progresser plus surement.

Et puis un jour cela devient une évidence, il faut passer par l’humilité pour sortir la tête de l’eau. Cela n’a aucune connotation religieuse ou spirituelle car ce mot est souvent associé à une sorte de chemin de croix. L’humilité telle que je la conçois consiste simplement à accepter de faire ce que l’on peut avec ce que l’on a. C’est un changement de regard qui permet de sortir du brouillard de l’habitude. L’habitude de croire surtout que l’on sait, que l’on a compris, que l’on sait faire.

Revenir à une sorte de degré 0 de la peinture consisterait à retrouver l’enfant qui se trouve toujours au fond de nous, et lui dire tout à coup : j’ai fait un bout de chemin en croyant que j’atteindrai la lune mais dans le fond cela ne sert à rien et je reviens vers toi, à toi de peindre maintenant.

Alors et juste à ce moment là tu peux reprendre des livres de peinture et revisiter les grands maîtres, tu peux t’inspirer d’eux, cela ne signifie pas forcément les copier non, mais t’en inspirer soit par une composition que tu essaieras de reproduire comme un système de base, un tremplin, soit un jeu de couleurs avec lequel tu créeras un tableau différent mais dont l’essence aura un petit air de famille avec celui du maître. Des petites choses , simples mais efficaces et grâce auxquelles tu pourras te fier pour avancer plus profondément encore vers toi même.

C’est toujours l’autre qui parle de chef d’oeuvre, reste dans l’exercice et tu seras soulagé d’un grand poids.

L’idée du chef d’oeuvre est à bannir à partir d’un certain niveau de compréhension de la peinture, de ce qu’elle exige. D’abord parce qu’un seul tableau ne signifie pas grand chose dans toute une vie de peinture, cela peut être à la limite un « moment clef » qui va te permettre de synthétiser un degré de connaissance, et t’ouvrir une voie vers d’autres tableaux du même genre.

Beaucoup de personnes sont tellement attachés inconsciemment ou pas à cette idée de chef d’oeuvre qu’ils se détournent rapidement de leurs réalisations quand celles ci ne remplissent pas les critères qu’ils pensent devoir y trouver pour que ce soit « réussit ».

Mais dans le fond, ces critères sont subjectifs, fuyants, on n’arrive jamais à bien les énoncer clairement. Est ce une harmonie particulière, une composition, un ensemble de lignes harmonieux ou disharmonieux ? C’est extrêmement rare que l’on puisse dire ce qui cloche de façon claire, on pense juste que c’est raté et on se dépêche d’effacer, ou de passer à autre chose.

Là encore c’est faire fi de l’enfant au profit de l’adulte qui se soumet à un jugement.

Si tu prends l’habitude de te dire, c’est un exercice, je peins comme ça pour voir, pour m’amuser, pour le plaisir de peindre et que tu laisses de coté tout l’aspect souvent gonflant et emphatique du discours intérieur que tout le monde tient par rapport à l’Art et à la Peinture tu t’en sentiras bien mieux.

De toutes façons seule la postérité si ton travail parvient jusqu’à elle décidera ou non de la notion de chef d’oeuvre, toi cantonnes toi à peindre le plus justement ce que tu es ne vas pas chercher plus loin.

L’intelligence en peinture passe par la simplicité mais c’est un chemin qui peut prendre un certain temps. Donc vas voir des expos, forme ton œil, regarde des monographies de peintres, et peins.

A choisir entre le talent, le génie, et le coup de bol , surtout n’hésite pas, choisis la régularité.

Je me souviens de mes débuts en peinture, enfant, j’avais cette pulsion qui me portait d’un seul coup à m’emparer des tubes de couleur de ma mère, à lui piquer du papier et des pinceaux et à barbouiller quelques heures sur le carrelage du sol de la cuisine. C’était vraiment des moments de grâce extraordinaires, mais ils n’étaient que trop rares je crois, parce que dans ce domaine on ne me prêtait pas beaucoup d’attention, on ne m’encourageait pas non plus. Je n’avais pas grand chose sinon le souvenir des émotions qui me traversaient pour m’accrocher à la peinture. Alors je pratiquais en cachette, toujours dans l’urgence de peur d’être dérangé.

Plus tard sans m’apercevoir vraiment de cette origine et alors que j’avais tout mon temps pour organiser mes séances de peinture comme je le souhaitais je suis longtemps resté accroché à cette histoire de peindre dans l’urgence et par accoup, je n’envisageais pas du tout que cela puisse se faire dans une régularité quotidienne.

Alors je m’écoutais pour tenter de retrouver ce genre de déclic, cette magie, cette envie, ce désir effréné de peindre mais ce n’était jamais assez intense, alors je me disais  » peut etre demain, ou une autre fois ».

Le jour où je n’ai plus cherché à retrouver cette émotion enfantine, où j’ai commencé à installer une régularité dans ma façon de peindre je me suis peu à peu enfoncer dans un travail véritable.

C’est assez extraordinaire quand on y pense bien, mais quelques heures de peinture par jour seulement, à la fin de l’année se transforment en une multitude de tableaux.

Je peins désormais très vite, parfois il m’arrive de réaliser un tableau en moins d’une demie heure et je ne me dis pas que je dois ce résultat au talent, non je le dois à l’habitude à la régularité.

Un jour je suis sorti du figuratif pour me rendre dans l’abstrait, tout était à recommencer mais ce n’était pas grave vraiment, tout ce que je viens de dire pour la peinture figurative fonctionne aussi pour l’abstraction. Et si tu es parvenu déjà à l’humilité, alors le plus gros est fait, ne t’inquiète, pas il n’y a qu’à peindre, juste à peindre, à sentir cette émotion.

Ensuite tu peux t’amuser à en parler, à l’écrire comme je m’efforce de le faire, mais c’est une forme de distraction et pas grand chose d’autre. Parfois ça ne sert à rien de parler et d’écrire sur la peinture, parfois ça sert aussi à tenter d’y voir un peu plus clair, surtout en soi. Mais écrire ce n’est pas peindre.

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