Citrons acides

Je serais allé en Grèce cette année là, j’étais tout prêt de le faire. Les Cyclades représentaient les morceaux d’un puzzle que je voulais achever en vain, et peut-être que c’est cette vanité qui me conduisit au Portugal maintenant que j’y repense.

Je lisais Laurence Durrell dans ma petite chambre d’hôtel parisienne. Je venais de terminé le Quatuor D’Alexandrie et espérais retrouver la magie dans citrons acides. Et bien sur elle continuait cette magie puisque ce ne sont pas tant les lieux qui comptent que la façon qu’utilise un écrivain de les décrire, de leur faire traverser un prisme pour nous les restituer.

Et puis surtout les conditions de vie précaire de Durrel à cette époque où il débarque à Chypre et surtout cette façon désinvolte de les évoquer alors que de mon coté j’étais dans la hargne et l’obsession, ne m »avait pas seulement enthousiasmé ou consolé, mais elle m’avait indiqué un chemin possible pour m’en foutre surtout.

Jusqu’à citrons acides je faisais le vantard, après ce roman je la bouclais et profitais vraiment de la vie.

Comme quoi un roman peut vraiment changer une vie, et la nécessité qui en découle certainement pour toute dictature de supprimer les livres en priorité.

Qualifier de commerce non essentiel les librairies et interdire les bibliothèques en urgence, nous n’avions encore jamais vu cela en démocratie.

Je pense à tous ces jeunes gens semblables à celui que j’étais qui n’avaient que la lecture pour survivre. A ces mois de confinement et d’interdiction et je cherche comment la Providence peut intervenir avec une telle configuration …

Peut-être que lorsqu’on n’a plus accès aux livres, c’est à ce moment là qu’on trouve un cahier et un stylo et que soudain l’envie d’écrire nous emporte. Peut-être que c’est à cet instant, que quelques grands écrivains sont en train de naitre, quelque part dans le monde, issus de ce grand confinement.

Peut-être que tout est lié ainsi pour que les empêchements produisent des destinées.

Sans doute aussi que c’est à cause de cela que ce roman au titre étrange me revient.

Citrons acides, c’est un peu un genre de pléonasme qui oblige à retrouver, en le dépassant, le gout de la douceur.