Déploiement des formes

Comment une forme se déploie t’elle ? une forme vivante ou inerte peu importe il me semble que c’est la même énergie qui la fait surgir dans cette émotion immédiate . Chez les être vivants il est possible que le code génétique conserve une mémoire, des informations mais il n’explique pas à lui seul pourquoi la forme « dérive » d’un individu à l’autre par d’infimes caractéristiques parfois. Des forces externes sont à l’œuvre et poussent ainsi l’individu à les subir avec plus ou moins de résistance. C’est dans ce plus ou moins de résistance que je perçois ce changement dans le déploiement des formes.

Pourquoi une forme dès lors qu’elle a débuté sa croissance s’arrête t’elle à un certain niveau de croissance ?

Bien sur on peut aussi faire intervenir le code génétique, la pesanteur, la gravité, autant de facteurs que l’on voudra. Cela n’explique pas complètement le fait qu’une forme se déploie dans l’espace, l’envahisse jusqu’à certaines limites.

Ces limites sont elles imposées par l’extérieur qui les contraignent ou bien est ce que ces limites proviennent elles aussi d’une résistance interne qui pousse ainsi la forme à ne pas s’expanser à l’infini.

Cette résistance, de quelle nature est t’elle ? et qu’elle est son but ?

Je crois que nous sommes aveuglés par certaines évidences que nous ne pensons pas à remettre en question et qui sont « prouvées » par des outils utilisés afin de les prouver ces évidences.

Que la géométrie, la génétique, les mathématiques puissent nous conduire à de telles évidences sert surtout à nous rassurer sur cette notion d’évidence et sur ces outils que nous employons pour la créer.

Mais dans tous ces domaines l’évidence d’hier n’est souvent pas celle d’aujourd’hui et sans doute que demain nous irons un peu plus loin vers d’autres évidences. Ce qui signifie que l’évidence est elle aussi une forme qui se déploie dans l’espace et le temps comme toutes les autres.

Ce qui la change, la modifie est d’ailleurs souvent le hasard. On découvre par hasard une évidence souvent enfermée dans quelque chose de ridicule. C’est la résistance à ce sentiment de ridicule qui permet aussi d’aller plus loin pour se diriger vers une nouvelle définition de l’évidence.

J’ai cherché dans tous les panthéons une divinité incarnant la résistance, je ne l’ai pas trouvée. En revanche il existe dans la langue sanskrite un mot que l’on pourrait traduire par « inertie », c’est le mot « tamas ».

 L’inertie est d’abord l’état de ce qui est “sans activité propre”, nous dit l’excellent Littré. Sa définition en physique, discipline qui observe les corps en mouvement mieux que ne le fait la philosophie apparemment, nous apporte un surplus de clarté philosophique nécessaire à la compréhension de tamas: “Inertie: propriété qu’ont les corps de ne pouvoir modifier d’eux-mêmes l’état de mouvement ou de repos dans lequel ils sont” ou encore “Force d’inertie dans les corps, résistance au mouvement qui ne vient que de leur masse et qui est proportionnelle, comme la pesanteur, à la quantité de matière qui leur est propre”. En mythologie, l’archétype hindou de la destruction transformatrice se nomme Shiva. Dieu du Sommeil, symbole de la réalité suprême et aîné de tous les yogins, on dit de lui qu’il est “Maître de tamas”. ( extrait d’un article du site Révolution.com)

Il y a donc au sein de l’inertie elle-même une volonté semblable à une résistance, à ce que les choses ne restent pas en place, qu’elles se propagent dans tous les sens en se transformant. C’est le principe de Shiva qui est le grand maitre de la transformation, que l’on craint aussi sous l’appellation « destruction ».

Cependant que cette transformation/destruction est source de recommencement, de créativité. Ainsi de l’inertie, de la résistance vient la véritable créativité celle des formes et non pas des idées. Platon installait ces idées dans une dimension supérieure, une sorte de couche parallèle et supérieure à la notre. Il abordait l’idée par la réflexion. Or si j’en reviens à ce que je viens d’écrire l’idée nait après la forme ce qui me semble d’ailleurs logique.

Les idées d’une époque sont donc intrinsèquement liées aux formes produites par cette époque. Et en même temps qu’elles naissent elles contiennent déjà ce principe de destruction de transformation qui pourra ça et là lancer de nouvelles formes à venir, de nouvelles idées.

La forme alors c’est la manifestation du changement et ce qui la fait ne pas envahir le monde c’est justement ce changement. Ce changement, cette résistance à l’immobilité qui la contraint à des limites mystérieuses durant un laps de temps avant d’entamer une nouvelle métamorphose.

Je n’ai pas de référence pour appuyer mon article seulement une intuition et sans doute aussi quelques souvenirs des lectures d’Elie Faure et D’Henri Focillon qui se sont eux aussi penchés sur la forme dans le domaine de l’art.

J’ai perdu ou jeté la somme de notes que j’avais prise autrefois à leur lecture et je ne suis pas en train de parler de regret.

C’est aussi une forme de résistance, d’inertie que de ne pas conserver des informations que l’on avait pensées utiles à un moment donné de notre vie pour les laisser germer dans notre mémoire comme des graines sans volonté de les contrôler.

C’est cette inertie finalement qui les rend importantes, nécessaires ou seulement contingentes avec le temps et je trouve cela finalement assez juste en accord avec la modestie qu’on devrait toujours conserver pour aborder le mystère de ces formes.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.