La Rochefoucauld et moi

Notre façon d’écrire est souvent liée à d’obscurs souvenirs scolaires concernant des textes sur lesquels on aura épuisé notre patience. Bien que cette phrase n’arrive évidemment pas à la hauteur de La Rochefoucauld, elle tente par je ne sais quel étrangeté de se rapprocher de son esprit.

Cette habitude de faire des phrases à rallonge à la fois ridicules, grotesques, en premier lieu sitôt que je me relis, je les laisse pourtant en l’état. Je laisse l’esprit de La Rochefoucauld me traverser.

Parce que j’imagine qu’à travers cet esprit c’est l’esprit Français auquel je me remets.

Je peux parfois aussi me laisser traverser par celui de François Rabelais, par celui de Louis Ferdinand Céline… Par aussi ces écrivains d’origine étrangère qui ont tellement aimé la France, comme Henri Miller, Anaïs Nin, comme également Panait Istrati … l’écriture est aussi pour moi un lieu de rencontre et d’accueil de tous ces esprits divers et variés.

Je me suis souvent posé la question de ma vraie voix dans le passé. Celle qui ferait qu’entre toutes on me reconnaitrait immédiatement. Tant que j’avais cette volonté d’être reconnu j’ai conservé cette velléité du style.

Et c’est sans doute en l’abandonnant cet idée farfelue de style que je parviens peu à peu à découvrir le mien.

C’est d’ailleurs le même constat avec mes peintures et il semble que dans ces deux chemins empruntés et après avoir emprunté à bon nombre de peintres et d’écrivains je sois parvenu au même point, à la même conclusion.

Il faut beaucoup se laisser traverser, c’est plus joli qu’emprunter à moins que j’écrive mal ce mot et que je veuille seulement dire empreinte en tentant de créer un participe passé qui n’existe pas.

On laisse une empreinte mais on ne s’avoue pas facilement empreinté. D’ailleurs le correcteur orthographique lui-même si oppose farouchement en soulignant le mot d’une vaguelette rouge.