La tentation du surhomme

Du manque vient l’excès. Et c’est assez logique que les selfies naissent au moment même où l’individu perd d’autant sa pesanteur qu’il s’élance vers la légèreté de l’être. Comme une volonté de s’extraire de la perte d’une dignité de rigueur, qui l’entraine vers le fantasme de cette dignité tout à coup, une dignité digne d’un surhomme.

C’est bien là toute la source des selfies comme de la starification à outrance des chefs de cuisine et des artistes.

Le petit quart d’heure de gloire vaudra tous les sacrifices, la plupart du temps les pires car la notion de sacrifice est devenue totalement étrangère justement à l’individu.

Cette tentation obsédante de céder à la médiocrité sublimée dans une gloire éphémère et factice elle ne sent pas bien bon.

Elle est même carrément nauséabonde.

C’est j’imagine l’odeur qui accompagne les dictateurs comme dirait Artaud ça sent le caca.

En politique le comique bat son plein vu sous cet angle du ressentiment métamorphosé en surhumanité.

Ces tons doctes et faussement bienveillants se dissimulant derrière la « bien pensance » de rigueur, une morale qui n’a plus rien de civique que son nom.

Et l’immense rire qui ne manque pas de se cacher sous ce masque de Tartuffe.

Car je n’en doute pas dans l’intimité des boiseries, des boudoirs et des cabinets le rire gras fuse.

« Tous ces cons, on va encore leur faire gober toutes les conneries que l’on pourra inventer , ils sont anesthésiés pour longtemps désormais avec cette pandémie, ce confinement, ces crises économiques à répétition, toute cette trouille avec laquelle on les a rempli ras bord pour qu’ils restent au sol, en se prosternant si possible.

Et pour ceux qui ne parviennent pas à se prosterner, les victimes de lumbago éthique, la police est là, on n’a rien à craindre, il y aura un peu de désordre de temps en temps mais on gérera.

voilà cette toute puissance imbécile directement produite par le ressentiment général et qui gouverne désormais les foules qui l’ont adorée avant de la conspuer.

Qu’on l’adore ou la conspue peu importe le mal est déjà fait.

La volonté de toute puissance d’un président en dit long sur le peuple qui l’a accepté comme chef.

Et là encore c’est un jeu de s’opposer à la chose médiatique pour créer du vent, du mouvement du déplacement d’air, du divertissement.

Pendant que les journalistes parlent de ce divertissement la toute puissance se frotte les mains.

Et ils rient, à gorge déployée, ces hommes et ces femmes qui n’ont que le pouvoir en tête, eux qui à l’origine se revendiquaient les « serviteurs de l’Etat » du peuple.

voilà bien ou des décennies de ressentiment nous auront conduit et ce n’est certes pas encore fini.

Des surhommes absurdes, des chevaliers à la triste figure que n’aurait pas reniés Cervantes.

Ces surhommes que nous avons installés sur l’estrade afin de nous surplomber d’un regard bleu horizon, en fait ils sont avant tout au fond de chacun de nous, au prise avec ce ressentiment. Il ne faut pas l’oublier.

Ajouter du ressentiment au ressentiment c’est toujours du ressentiment.

L’ennemi ce n’est pas ce président de pacotille, c’est le ressentiment général qui lui aura permis d’arriver au pouvoir avec si peu de voix, utilisant un système électoral bien huilé pour que ce soit toujours une minorité d’intérêt qui s’empare du pouvoir, joue les héros afin qu’on les conspue au bout du compte à période régulière.

C’est d’ailleurs ce qu’évoque Le Pen à raison.. « ce sont les mêmes qui se passent sans relâche le relais. »

Quand aux artistes ils ne sont pas épargnés du tout de faire face aussi au ressentiment.

La différence je l’espère c’est qu’eux cherchent à restituer l’émotion, à traverser donc toutes les illusions que ce soit le ressentiment comme aussi cette impression facile d’être des surhommes.

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