De la morale à l’éthique

On subit bien plus l’éducation qu’on l’apprécie. Les principes moraux qu’elle nous inculque, quand elle ne nous assomme pas avec, nous les digérons comme nous pouvons, avec des résultats aussi divers que variés et même parfois surprenants.

C’est tout un travail ensuite à réaliser que d’examiner ces principes, et je crois que tout converge dans le monde d’aujourd’hui afin qu’on ne le fasse pas ce travail. C’est pour cela que l’éthique manque.

Le temps qui nous dit-on ne cesse jamais de s’accélérer de génération en génération, le temps nous manque pour nous pencher sur ce problème.

Aussi j’ai voulu prendre mon temps. Durant des années, presque toute une vie, pour explorer à peu près tous ces fameux principes que nous impose la morale. Pour explorer le bon comme le mauvais. Pour comprendre les raisons et les failles de celle ci et ainsi, avec le temps je me suis forgé tout seul une éthique.

L’éthique c’est s’appuyer sur des principes qui ne sont pas appris bêtement, par cœur, par obligation, par peur ou pour plaire.

L’éthique ça passe par beaucoup de solitude et de temps avant toute chose.

C’est une remise en question du monde tel qu’on nous l’assène sans relâche pour qu’il continue à tourner dans un sens bien défini, un sens imposé.

Le problème aujourd’hui c’est que nous continuons à nous appuyer sur des principes moraux qui ne sont plus du tout d’actualité et qu’à peu près tout contredit.

Que ce soit dans le comportement des politiques, des économistes, des religieux, et même au sein de la famille, tout se barre en couille ou à peu près.

Chaos et pagaille c’est ce que nous en concluons en premier lieu.

On ne peut plus se fier à rien ni à personne. La confiance est en berne comme la bourse.

Dans ce cas si tu ne t’y es pas préparé de longue date, tu es forcément dans la panade.

Je me revois encore à cette séance de sport, au collège, où le professeur nous avait donné l’ordre de courir autour du stade. C’était ma hantise. Je pouvais faire un tas d’exercices sportifs sans soucis, et même avec plaisir, mais ce moment où il fallait courir autour du stade je le redoutais toujours. L’endurance me manquait, je n’arrivais pas à m’appuyer sur quelque chose de vraiment solide pour maintenir la cadence appropriée.

Alors je me disais tout un tas de choses comme

Putain de merde j’ai pas couilles

Je suis une lavette

je ne suis pas comme les autres

ça me fait chier de courir comme un con autour d’un stade.

Bref.. tout un tas d’excuses comme on dit de nos jours.

Quand tu n’appliques pas les principes moraux et qu’on veut que tu les appliques, le stratagème de l’excuse est habituel.

Tu te trouves toujours de bonnes raisons ou de bonnes excuses.

On s’excuse soi-même comme on rédige tout seul un mot d’absence, et évidemment ça ne se fait pas. Il faut la signature des parents.

C’est assez bien ficelé et pas grand monde s’en rend compte. Le piège se referme sur toi avant même que tu n’aies pris le temps de respirer.

a peine le temps de t’inventer une excuse…

Et toi là bas remets toi à courir comme les autres.

et tu obtempères au début parce que tu te dis oui les autres le font, pourquoi pas moi.

c’est la force des groupes.

Mais ce lundi là il pleuvait, le sol était boueux, et mes basquettes prenaient la flotte. Je me suis dit là non vraiment trop c’est trop.

Et je me suis arrêté.

Le prof gesticulait au loin, les autres se tiraient la bourre pour savoir qui serait le premier, le gagnant, et moi je me suis arrêté.

Dans ma tête j’ai entendu le mot STOP.

Ce jour là ils s’y sont tous mis de bon cœur. Et à la fin j’ai eu droit à quelques heures de colle, pour m’apprendre à ne pas être têtu, à obéir.

Mais je m’en fichais. J’étais fier de moi au contraire, je venais d’apprendre un truc : l’éthique.

Bon je débutais et c’était assez frontal j’admets.

Ensuite je me suis beaucoup amélioré avec le temps. L’éthique ça ne s’exhibe pas en public.

On la garde pour soi et on ne s’en vante surtout pas.

C’est un peu plus tard que j’ai découvert ce roman « Les somnambules » d’Hermann Broch et où j’ai trouvé tout un tas d’explications sur le pourquoi et le comment de la morale, et surtout faire attention à ne pas la déranger.

Ce bouquin a été publié la première fois en 1931en Allemagne mais est parvenu tardivement en France vers les années 60.

La trame du livre ce sont tous les bouleversements qui ont secoué l’Allemagne entre 1880 et 1920 et qui prépareront l’arrivée du national socialisme, le nazisme.

Hermann Broch est avant tout un sociologue, spécialiste de la psychologie des masses. Etrangement il n’est guère question dans ce livre d’une grande fresque sociale, à la manière de Zola et ses « Rougon Macquart » traitant de cette époque en France. Broch est né en 1886 à Vienne en Autriche et il mourra à New Haven Etats unis en 1957.

Non ce dont il est question dans ce livre c’est de la profondeur des âmes de ses personnages qui vont traverser toute cette époque d’absurdités qui verra naitre la première guerre mondiale, le limogeage de Bismarck et l’abdication de l’empereur Guillaume II suite à la défaite de l’Allemagne.

En trois volumes Pasenow ou le Romantisme, Esch ou l’Anarchie, Huguenau ou le Réalisme. Au travers de ces personnages, Broch montre le destin de personnages pris eux même dans le destin d’un peuple qu’ils contribuent à former et qui conserve le masque d’une fatalité qui ne livre pas ses desseins secrets. En suivant le chemin de cette fatalité avec une inconscience de dormeur ils sont comme des somnambules. Ces somnambules qui agissent avec cette sureté surprenante étrange en se levant et effectuant des taches comme s’ils étaient éveillés alors qu’ils dorment en fait à poings serrés.

Cette trilogie avalée je suis resté comme deux ronds de flan un bon moment.

N’étais je pas moi aussi un de ces somnambules vivant machinalement ma vie et en fermant les yeux sur les conséquences de mes obéissances futures..

Encore une bonne raison pour ne pas reprendre trop vite la course collective.

Je dirais plutôt que je me suis mis à marcher à contre-courant. Bon en ne sachant pas vraiment où tout cela allait me mener je l’avoue, c’était un peu de l’ordre du pari philosophique.

Mais au final quand je vois le chemin parcouru je m’aperçois que je ne suis pas un de ces somnambules comme les dépeint Broch, ou alors si j’en suis un je ne suis pas dans le même rêve que les autres voilà tout.

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