Le lion

En ce moment tout tourne autour de quelque chose dans cette peinture que je ne fais pas. J’ai d’abord été attiré par le « Quelque chose qui illumine » du poète Georges Chiche dont je voulais accompagner les textes par des tableaux et que j’ai laissés en jachère en me jetant dans un rangement du désordre qui m’entoure perpétuellement. Puis au bord d’en avoir terminé avec ce désordre, d’avoir presque atteint au but, je me suis interrompu à nouveau. Me voici à lire Hésiode, et à revenir à la mythologie, principalement au personnage d’Hercule qui est tellement inspirant pour peindre un cheminement artistique en utilisant le prétexte de la folie première puis des douze travaux.

Le premier est le lion de Némée qu’il faut tuer pour récupérer la peau. Obtenir l’invulnérabilité qui assoira l’homme en héros, le héros en artiste.

Et du coup je me rappelle de ce merveilleux roman de Joseph Kessel, le lion que j’avais lu durant mon adolescence.

Cette petite fille qui se prend d’amitié pour un lion de la réserve, ce jeune Massaï qui cherche à devenir un homme et qui pour cela doit combattre le lion tout en briguant l’amour de Patricia, désormais jeune fille, elle aussi prête à devenir femme. Finalement le jeune massai est blessé mortellement par King le lion et c’est le père de la jeune fille qui le tuera pour assurer la tranquillité des visiteurs du zoo.

toujours cette relation obsédante entre la nature, la puissance, le courage, l’amour et l’ordre. Tuer le lion pour obtenir la peau à partir de laquelle se créer cette fameuse invulnérabilité, autrement dit devenir adulte, mature, artiste.

C’est universel je crois. Je ne peux pas me prendre pour objet pour réaliser ces tableaux. Il est nécessaire de découvrir les symboles qui permettent de toucher l’âme collective afin qu’elle s’éveille à la vérité et la beauté du face à face que relate cette histoire.

Non pas par une représentation figurative à la Rubens. Pourtant j’admire ce tableau vraiment, surtout ce moment d’équilibre dans lequel le lion et l’homme s’empoignent comme amoureusement avant l’étouffement final. La nature et la culture face à face. Surtout cette incompréhension perpétuelle entre la nature et l’homme.

Qu’est ce qui est étouffé vraiment ? c’est cela la vraie question que propose ce premier travail d’Hercule. Dans le Lion de Kessel il y a la même chose, cette obligation de devenir un homme tant pour le jeune massai que pour le directeur du zoo. Tuer le lion pour gagner le statut d’homme, d’époux, de gardien de l’ordre établi au dépens de l’amitié que peut entretenir l’âme dans sa fraicheur sa naïveté avec ce que l’on imagine toujours être le plus sauvage de tous les animaux.

Cela me rappelle encore une fois de plus mes rêves récurrents d’enfant. L’effroi procuré par la Bête du Gévaudan s’introduisant sans arrêt dans ma chambre pour se jeter sur moi et me dévorer. Cette peur immense et ce plaisir final dans l’évanouissement au plus profond du cauchemar produit par la dévoration.

J’y ai mis fin comme ce gardien de zoo, ou Hercule.

Une nuit je décidais de ne pas céder à la peur. Je me suis arcbouter contre le lit lorsque la Bete à surgit et je l’ai écrabouillée de toutes les forces des reins et des jambes contre le mur d’en face. J’ai résisté à l’effroi de sa gueule béante et ses yeux cruels. A la fin elle a finit par glapir pitoyablement comme un caniche froussard. C’est ce jour là que j’ai tué le lion en moi-même je crois.

J’ai ai tiré une sorte d’invulnérabilité si l’on veut. En tuant l’effroi, j’ai aussi tué en grande partie le désir, c’est à dire la nature, la liberté des sens et des affects spontanés, je me suis coupé du monde sensible presque tout entier. Il ne m’est resté que l’œil vers lequel tout s’est concentré de ce désir moribond. Un œil aveuglé cependant et dont l’obsession a toujours été de voir ce qui l’aveugle.

Tout ce que je perçois ce n’est jamais qu’une périphérie un désordre que j’installe comme un piège inlassablement pour faire revenir le lion, la bête et sans doute que le but serait alors d’échanger cette invulnérabilité contre un peu plus de sens afin de vivre comme tout le monde, ne pas être autant coupé du monde sensible comme je le suis si souvent.

2 réflexions sur “Le lion

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