L’érotisme et la peinture

A chacun sa façon de créer ce qui lui conviendra le mieux en matière d’érotisme. N’est-ce pas la même chose finalement en peinture ? L’essentiel étant de sortir des sentiers battus, des clichés. Je n’ai jamais salivé autant que devant l’inédit en matière d’érotisme. L’inédit, la surprise, non pas dans le spectaculaire, mais dans l’infime très souvent. Ce qui me fait dire que l’érotisme est un point de vue c’est que dans le fond des choses la réalité est toujours à priori la même, tout est une question de regard et de fantasmes déclenchés par le regard.

Je parle de regard car je suis peintre, et que c’est ma façon d’appréhender le monde par la vue en priorité, dans l’immédiat d’abord je vois.

Pour autant les autres sens sont tout autant des portes par lesquelles la sensation peut déclencher mille émotions troublantes.

Et si je voulais être encore plus précis la galaxie unique que proposent tous les sens à un instant particulier, dans un lieu particulier, avec quelqu’un de particulier, ce pourrait tout aussi être cela l’érotisme. Une atmosphère crée de toutes pièces par les sens à partir de ce que je suis bien obligé de nommer des objets.

Echapper aux clichés, tout en n’oubliant pas que parmi ces objets l’autre n’en est pas un, est aussi une source propice à exciter la libido. Si tous les yeux finissent par se superposer les uns sur les autres, tout comme les bouches, les seins, les nuques, et que l’on en prenne conscience c’est une bonne chose de la même façon que l’on s’aperçoit qu’en peinture on ne cesse de peindre un paysage de façon classique appartenant à toute l’histoire de la peinture et qui nous dépossède de la moindre velléité d’entreprendre l’extraordinaire.

Cette prise de conscience du cliché à la fois dans la peinture et dans l’érotisme est un véritable ébranlement, nécessaire cependant.

Sortir du reflexe Pavlovien n’est pas une mince affaire.

Il est évident que l’attrait, la curiosité malsaine chez les jeunes enfants que j’ai rencontrés était une réaction face au clichés exhibés en matière d’érotisme comme d’ailleurs en matière d’affection, d’amour.

Cette attirance pour la crudité, que ce soit de la part des filles ou des garçons, et c’est ce qui m’avait frappé, dégondait les portes, les cloisons soudain du genre face au sexe tel qu’il veut bien être montré de façon publique, institutionnelle, que ce soit dans le cercle familiale, à la télévision ou à l’école.

Regarder du porno est une évasion, une fuite hors de ce monde où l’on sent bien que le mensonge est palpable à chaque instant.

Regarder du porno est un acte de résistance au cliché.

Hélas le porno devient lui aussi un cliché très vite. Et ce qui est effrayant c’est qu’il propose de pénétrer dans un paradigme érotique assez peu éloigné du premier en matière de clichés pour ces jeunes enfants.

En même temps que très vite il se banalise à la même vitesse que les jeux vidéos. C’est pour cela qu’il faut toujours plus de nouveauté d’ailleurs. L’illusion de la nouveauté qui va faire tourner les entreprises, et les banques.

Car le problème du cliché finalement c’est que c’est la seule façon d’imposer la production de masse, de standardiser les gouts pour prévoir la quantité à produire pour les comptables qui ont des comptes à rendre.

Encore est ce une chose de s’affranchir soi-même du cliché, trouver l’autre affranchi pareillement n’est pas une sinécure.

C’est d’ailleurs la même chose en peinture, si l’œuvre est vraiment personnelle, détachée autant que l’on puisse le faire du cliché, il faut trouver le public susceptible de comprendre et d’apprécier cette originalité, et ce qu’elle apporte comme potentiel d’évasion, de liberté ou de silence enfin pour s’extraire du brouhaha général des idées toutes faites à propos de peinture.

C’est souvent une cause de malentendu que ce décalage individuel par rapport au cliché. On ne peut pas réduire les difficultés hommes femmes uniquement avec la question du genre et du pouvoir. Même si la balance a souvent penché en matière d’érotisme du coté masculin, c’est à dire un érotisme conventionnel propre à l’homme, et qui l’imposerait aux femmes. L’érotisme féminin cependant est bel et bien un espace de lutte et de liberté depuis la nuit des temps.

Tout est encore une fois dans la créativité et, en ce domaine, il me semble que les femmes ont toujours été bien plus avancées que les hommes préoccupés par leurs valeurs viriles, par les rivalités et les luttes, par un pouvoir affiché.

Le pouvoir des femmes s’exprime différemment. Je ne parle pas des femmes qui désormais empruntent les codes du pouvoir aux hommes, y compris d’ailleurs les codes en matière de pouvoir érotique. Elles m’ont toujours laissé de marbre, j’ai du mal à dépasser le ridicule qu’elles brandissent ainsi avant de pouvoir les pénétrer si j’ose dire. J’ai du essayer une ou deux fois et puis j’ai laissé tomber parce que je découvrais sous ce nuage de mots d’ordre finalement, quand on parvenait à l’os, à l’âme c’était avant tout une puérilité infinie, une immaturité maligne.

J’ai d’ailleurs la même impression souvent devant des toiles figuratives un peu trop léchées, un peu trop « parfaites », un peu trop laborieuse. Tout se trouve posé en surface comme une couche hypnotique dont le but est de déclencher l’admiration. Cependant qu’une fois la fatigue de l’admiration venant, il ne reste plus grand chose à voir et surtout à éprouver.

Alors que parfois un simple dessin, avec quelques imperfections, une maladresse me procure un horizon infini d’émotions à venir, aussi surement qu’une jolie fille avec une jambe de bois. J’ai vu dernièrement une prothèse de jambe, décorée avec des couleurs magnifiques, résinées et luisantes qu’arborait une jeune femme en jupe courte qui passait dans une rue. Pourquoi le handicap ne serait-il pas source d’un érotisme torride tout autant que peut l’être d’ailleurs la bêtise.

Ce qu’on appelle la bêtise est une forme de communication comme les autres qui m’a souvent attiré chez les femmes. Une bêtise affichée en regard de bien des intelligences masculines affichées. Si on l’explore un tantinet, cette soi disant bêtise, si on s’accroche et bien sur si comme moi on a beaucoup de temps à perdre, on découvre souvent des merveilles en matière de sensualité et de créativité.

Idem pour l’âge, l’érotisme n’a pas à mon avis de frontière définie dans ce domaine là non plus. J’ai trouvé que je m’ennuyais souvent avec les jeunes filles de mon âge très tôt alors que je me suis épanoui auprès de femmes qui auraient pu être tout autant ma mère voire ma grand mère. L’âge et la morale évidemment voilà le bornage encore propre à ce monde de sondages qui découpe le monde en catégories d’âges et sociaux professionnelles d’une façon si artificielle, que l’on n’y pense même plus tant l’artifice est devenu notre pain quotidien.

En peinture n’est ce pas la même chose ? avoir des gouts hétéroclites est tellement vu comme n’avoir aucun gout. Là aussi la réputation se taille à grand coup de standard, on apprécie l’art moderne et on s’y tient, ou l’art classique, ou je ne sais quoi, mais on ne s’égare surtout pas.

De mon coté j’ai toujours eu cette intuition qu’un tableau peint par un aborigène avait autant à m’offrir en matière de sens, d’intelligence qu’un Paul Cezanne ou un Matisse.

Peut-être qu’au final ma créativité je la dois au fait de n’être pas fier, pas regardant sur ce qui se dresse face à moi du monde pour solliciter mes sens. Peut-être que cette abondance dans laquelle m’a toujours placé cette absence de fierté m’aura fait plonger très jeune dans cet océan de clichés, je l’aurais ainsi traversé en m’échouant souvent, d’ile en ile ou d’elle en elle, pour repartir ensuite de plus belle vers l’horizon qui comme on le sait est toujours repoussé à chaque nouvelle brasse…

Peut-être qu’à un moment ou à un autre j’atteindrai l’autre rive. J’espère ne pas trouver des vierges comme il est promis à certaines peuplades vociférantes et harneuses d’ici bas, mais des femmes et des hommes libres qui aiment la peinture et l’érotisme tout comme moi.

2 réflexions sur “L’érotisme et la peinture

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