Le nuage d’encre de la sèche

La sépia ou encre de seiche est un liquide sécrété par certains céphalopodes tels que seiches et calmars dans un organe appelé poche du noir. Cette poche comprend deux parties, l’une, glandulaire, produisant un pigment, la mélanine, l’autre servant de réservoir pour ce pigment noir qui, mélangé au mucus, forme l’encre. Les céphalopodes expulsent cette encre à volonté en nuage compact pour désemparer son agresseur et masquer une manœuvre de fuite. Ce nuage semble dessiner la forme de l’animal et peut persister 10 minutes. (Wikipédia)

Parfois l’idée se présente ainsi. Par analogie souvent, en lisant un article.

Je repense à ces presque trois années à écrire sur ce blog. Un très gros nuage d’encre dans le fond. Et qui certainement provient d’une réaction au danger voire à la fuite.

Quel serait le plus grand danger, la raison principale de cette fuite qui m’entraine ainsi à projeter de l’encre ainsi sinon m’enfouir dans le faire totalement sans plus réfléchir un seul instant. Etre totalement englouti dans le peindre et c’est tout.

Cette peur évidemment est un désir. Sans doute mon plus grand désir dans le fond. Disparaitre dans la peinture totalement et me couper ainsi totalement de tout ce qui m’entoure. Une forme d’anéantissement total si l’on veut. La fermeture définitive de la boutique à bricoles.

C’est comme si je marchais à coté de ma vraie vie. Sitôt que les fêtes de fin d’années s’amènent avec toute la fanfare cacophonique des réclames, l’obligation de trouver ce fichu sapin, de ressortir du grenier les guirlandes et les boules. Une sorte de réflexe pavlovien à l’envers vis à vis des fêtes. Systématique à un point que j’ai souvent pensé que c’était pathologique, à soigner, en vain.

La fête sous quelque forme qu’elle surgisse m’angoisse énormément et je crois que c’est exactement la même trouille que de me jeter à corps perdu dans la peinture, la même sauvagerie sous jacente que j’y détecte aussitôt.

Je crois que c’est encore un truc sexuel. Forcément puisque à peu près tout provient de l’indigestion de ce coté là.

Les femmes hystériques qui d’un seul coup gueulent défonce moi, mets la moi bien profond… ça doit provenir de là.

Sauf que cette image n’est pas la bonne. Elle n’est rien d’autre qu’une dérivée, un masque, un nuage d’encre également.

Au delà il y a cette mère totalement folle telle que je la regarde en m’appuyant sur ce que je crois, ou espère être sage.

C’est sa folie qui a crée ma sagesse. Sa folie ne provient t’elle pas d’ailleurs d’une sagesse insupportable pour elle à l’origine ?

Allons viens, je t’emmène aux champignons me dit elle.

Nous n’avons qu’une mobylette à l’époque. Même pas une vraie mobylette, un vieux vélo électrique je crois car je me souviens encore de la sensation physique de ses fesses collées contre mon pubis et de leur mouvement lié à l’usage des cuisses et des mollets, a la plante des pieds pour avancer. Elle ne peinait pas, c’était doux et régulier et ça nous emportait ainsi certains jours vers la foret à l’automne.

Nous partions de La Grave dans la brume et sa robe colorée de fleurs rouges et or sous son manteau gris était taillée dans un tissus extrêmement agréable au toucher, un genre de satin, sur lequel mes doigts glissaient lorsque je m’agrippais à ses hanches par dessous le manteau.

Installé à l’arrière je posais ma tète contre son dos pour regarder défiler la route de chaque coté tandis que nous nous enfoncions dans le brouillard éclairé chichement par un phare récalcitrant.

Enfin on apercevait la masse sombre de la foret qui se dressait devant nous. C’était une réserve, un terrain privé qui parait il appartenait à un comte et où normalement nous n’avions aucun droit de pénétrer.

Il fallait voir la sauvagerie de ma mère alors à soulever le fin grillage et la puissance de son geste à me pousser en avant en premier. Une complicité dans l’interdit voilà ce que nous partagions dans ce joli prétexte de trouver des girolles et des cepes.

D’ailleurs dans ma mémoire le champignon est toujours étroitement lié au sexe, les cèpes notamment. Sans doute parce que ce devait l’être aussi dans l’esprit de ma mère plus ou moins consciemment. Il fallait voir son sourire et la luisance de son regard, proche d’une certaine forme de lubricité, sitôt qu’elle en détachait doucement le pied pour l’observer à hauteur de visage.

La manière de le saisir ainsi entre ses doigts, de l’approcher de ses narines pour le humer, parfois je la sentais même capable de l’embrasser ou de le croquer du bout des lèvres tant elle semblait adorer certains spécimen.

Cela me troublait sans que je ne comprenne rien évidemment.

Nous étions dans un territoire inconnu, interdit et ma mère s’ébaudissait à la découverte de champignons. Somme toute une histoire tout à fait banale.

Sans doute est ce pour cela aussi que j’ai toujours tenu la banalité en très haute estime, bien plus que tout l’extraordinaire.

Une retenue admirable qui s’effectue par reflexe là aussi, à l’intersection des deux finalement, car les deux sont tellement susceptibles de nous happer totalement et d’une façon définitive.

On peut s’enfouir dans le banal comme dans l’extraordinaire et y trouver son compte, comme le maitre des lieux qui surgirait soudain et dirait : c’est bien fait, tu l’as bien mérité tu n’avais qu’à pas soulever ce foutu grillage. Comme tu n’avais pas à revenir sur ce foutu souvenir.

Alors la panique surgirait bien sur, on chercherait en toute hâte une issue et pour finir, on se transformerait en une espèce de pieuvre, de sèche qui jetterait au visage du monde et de tous les comptes à rendre réels ou fictifs, un énorme nuage d’encre pour se tailler vite fait.

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