Le temps d’une vérification

Je crois que l’on saisit l’essentiel de ce que la vie peut nous offrir en un seul coup d’œil et ce pratiquement dès la naissance.

Toute cette marée de sensations, d’informations, qui pénètre soudain en nous par tous les sens, c’est à cet instant que nous créons ce filtre probablement.

Est ce une affaire de chance ou de malchance ?

Est ce ce que nous avons décidé bien en amont d’apparaitre au monde ?

Avons nous la moindre possibilité de choix quant à la fabrication d’une tel prisme ?

On a les cartes en main, ensuite on fait avec ces cartes comme tout à chacun.

Ensuite on s’interroge ou pas c’est selon là aussi.

Certains ne s’interrogent jamais, ils décident qu’ils sont bénis ou maudits et à partir de ce constat tranché avancent sur leur chemin,

Chaque embuche ou chaque joie les confortera dans cette satisfaction d’avoir établi une fois pour toutes leur constat.

Et je me demande s’ils n’ont pas raison finalement.

Ce qui est terrible c’est de constater que l’on part avec certaines cartes et qu’on désire ensuite briguer une autre main.

On s’illusionne, on triche, on est déçu de ne pas y parvenir au bout du compte.

Mais c’est clairement parce que l’on n’a pas suffisamment bien regardé ces fameuses cartes.

Si l’on prenait le temps on verrait qu’elles se valent toutes. Il n’y a pas de bonne ou de maivaise carte

il n’y a que ce filtre que l’on place devant ses yeux pour voir les cartes et le monde

auquel on s’habitue de croire.

Si on peut intervenir c’est seulement sur ce filtre, sur ce prisme.

Sur un point de vue.

Encore faut il ne pas s’égarer encore trop loin dans la notion d’intervention.

On n’intervient pas pour s’attirer la faveur des dieux, la malédictions des sorciers.

On n’intervient au bout d’une certaine quantité de fatigue je crois, quand on ne peut plus faire autrement.

Et encore cela dépend sans doute aussi de chaque personne, et de ce chacun de nous considère être sa fatigue.

Parfois je me dis que la vie est une longue et souvent fastidieuse vérification de tout ce qu’on a capté du monde et de soi-même depuis le premier regard.. De cette estimation rapide, immédiate de toutes les catastrophes et des jouissances que pouvait nous offrir notre vie, et ce que ce soit dans la réalité ou dans notre imagination, peu importe, car à cet instant on ne fait aucune différence entre les deux.

De là à tenter de construire une philosophie de la première fois. Tenter de voir chaque chose, chaque être et ce même dans la continuité que propose l’habitude ou la familiarité comme la première fois à chaque fois, est éreintant.

L’érosion, la fatigue, ne viennent que parce qu’on résiste à quelque chose d’inéluctable.

Supprimer cette résistance est un risque, encore une fois une peur et un désir entremêlés.

Il faudrait alors créer un caducée et le poser sur son regard comme sur les pare brises des véhicules pour pouvoir se garer n’importe où sans cette obsession d’être amendé, de devoir s’amender surtout.

Un caducée représente deux serpents entremêlés aussi, mais joliment, autour d’un axe au bout duquel poussent des ailes afin de s’envoler vers une hypothétique idée de guérison.

Il faut bien sur accepter d’être malade pour pouvoir imaginer une guérison.

Peut-être alors que l’axe c’est cette décision, si difficile à prendre pour chacun de nous.

ça ne répond cependant pas à la question de la nécessité du temps qui ne se résume que dans cette notion de vérification.

En même temps cette vérification doit bien apporter quelque chose ç ce désir ou cette peur de vouloir tout vérifier c’est évident.

Une sorte de supplément de conscience à toute la conscience qui existe déjà de l’univers sur lui-même. Peut-être …La véritable source de tous les égotismes est surement là dans ce cas. Comme dans un système de fractales.

Dans cette volonté de vérifier pour ce qui est , qui est enfermé dans l’immédiateté de ce qui est, sa propre existence.

Vu sous cet angle, tout le temps alors peut bien y passer, et sans cesse se régénérer à l’infini cela ne sert que de recul, comme pour les peintres.

Puisque le temps est du désir de désirer et rien de plus au final.