Pourquoi la sincérité est-elle si débectante?

La sincérité en bouche, comme d’ailleurs l’authenticité au fusil, voilà ce qui me traverse à l’instant où je démarre ce nouveau texte. et si je veux être juste ces deux mots, et surtout leur aspect débectant, ne regardent que moi.

La sincérité me débecte.

Ce n’a pas toujours été le cas. Autrefois je ne jurais que par celle ci et c’est d’ailleurs la cause possible, principale de ce dégout actuel.

Etre sincère ne m’a jamais valu rien de bon, bien au contraire. Etre sincère et dire tout ce que l’on pense est la pire des erreurs à commettre si on n’apprécie pas la solitude.

Mais, comme tout est parfait, nos engouements comme nos dégouts mènent à Rome comme n’importe quel autre chemin qu’on voudra bien emprunter pour s’y rendre.

Et ce même si on n’a absolument aucune envie d’aller à Rome.

Aujourd’hui je constate une régression magistrale de la pensée au profit du paraitre. Sans doute qu’elle a toujours plus ou moins existé et que l’acuité me vient avec les années qui s’ajoutent aux années.

La sincérité est exactement le genre de « mot d’ordre » de cliché qui traine dans tant de bouches dépourvues de cervelle.

Faire les choses sincèrement au moment où on les fait quoi de plus chouette me rétorquera t’on sans doute

et cette observation a tellement pris le pas sur le discernement qu’on ne se pose même plus la question.

Désormais il faut faire les choses sincèrement en art surtout, dans une authenticité affichée si possible afin de convaincre autrui d’une certaine crédibilité d’artiste.

Bien ce serait formidable, si c’était exact.

Le problème c’est que l’on peut être sincère mille fois dans une seule journée de façon souvent contradictoire.

Pour aller jusqu’au bout du bout, on peut se mentir sincèrement à soi surtout sur cette obligation de sincérité, envers les autres ou envers soi.

On peut même éprouver beaucoup de stress à toujours vouloir se montrer sincère.

C’est un peu comme si on décidait de ne regarder ou ne montrer qu’une seule facette de soi, toujours la même. Et qu’évidemment on tienne les autres pour quantités négligeables, comme des scories de ce beau bijou taillé que l’on arbore devant sa glace ou devant le public.

Il y a une naïveté mal finie dans cette sincérité là. Une naïveté frelatée, abimée ou pourrie par son versant contraire la fourberie dont on est totalement inconscient tant elle nous effraie sitôt qu’on l’imagine.

Et pourtant cette fourberie là n’est pas parfaite non plus car elle provient du dédain et de l’ignorance, du manque de connaissance du monde et de soi-même.

Etre fourbe, être sincère ce n’est pas être. C’est encore s’accorder des qualités ou des défauts qui créent plus d’embarras qu’autre chose.

Sortir des mots d’ordre n’est pas simple surtout si on n’a aucune notion de ce qu’ils sont et comment on leur obéi aveuglement en les confondant dans des lois, dans des règles, dans le fameux savoir vivre ensemble.

Sans doute cela ne regarde t’il que moi de ne jamais savoir vivre vraiment ensemble, sans doute est ce ma difficulté majeure que d’apercevoir à chaque instant comme des marionnettes s’agitant ayant la couleur, l’habit, l’odeur de la sincérité mais qu’une puissance invisible et toxique manipule depuis les coulisses sombres de la bêtise, de l’insouciance, de l’ignorance.

Le diable peut d’ailleurs avoir l’air sincère d’une façon tout à fait convenable qui sait ce qu’elle vaut et comme il est facile de soudoyer l’authenticité afin de lui arracher le coeur et l’âme en fin de partie.

Je repense à ce livre « Le bon dieu sans confession » de l’écrivain Paul Vialar dont le réalisateur Claude Autan Lara tirera un film

Voici le résumé du livre prélevé sur le site de Babelio

« Monsieur Dupont est mort !
Toute sa vie (jusques et y compris sa mort), semble avoir été aussi banale que son nom.

Commerçant honorable (il ne franchissait que prudemment les limites de la légalité), bon époux (il trompait sa femme avec tact et discrétion), excellent père (distrait, indulgent, prodigue en argent de poche), c’était aussi un amant délicat (il ne lésinait ni sur le vison ni sur les diamants)

. Mais est-il une seule destinée bourgeoise qui ne cache un déroutant imbroglio de compromissions sordides, d’actes héroïques et d’insupportables angoisses ?

Dans le temps que le convoi funèbre met à atteindre le Père-Lachaise, au hasard des pensées qui agitent ceux qui le suivent – pensées qui se recoupent comme les indices d’un roman policier – le lecteur découvre ce que Monsieur Dupont dissimulait si bien derrière son large sourire. »

2 réflexions sur “Pourquoi la sincérité est-elle si débectante?

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