Sinécure des réclusions

Pas besoin de cellule, au sein des foules il est aisé de trouver la réclusion, comme dans les repas de famille, ou au bureau.

L’esprit de réclusion n’est pas lié au lieu de la réclusion. C’est un point de vue temporaire ou définitif selon ce que l’on sait de la notion de point de vue ou pas.

Une vie de réclusion cela parait insurmontable à penser. C’est pour cela sans doute, lorsque le verdict est annoncé dans les tribunaux que ça marque les esprits.

Puisque il a tué, puisqu’il a volé, puisqu’il a trahi on n’a rien trouvé de mieux que la caricature pour effrayer les braves gens.

Augmenter à la puissance de l’imagination cette idée d’enfermement, comme on brandit guignol ou quand on évoque le père fouettard ou le monstre du placard.

Cependant une fois la peur dépassée, toute la rumeur traversée, et le brouhaha avec s’ouvre un horizon inattendu.

La réclusion peut être un genre de sinécure.

Une résidence d’été, secondaire ou principale selon les moyens que l’on se donne. Et même un chalet douillet, un petit appartement aux murs défraichis.

Je pense souvent à Paul Léautaud et à Louis Ferdinand Céline, à leur volonté de réclusion, quasi obsessionnelle.

Avec des chats, des chiens, des perroquets et je ne sais quoi comme compagnons.

Je pense à cette obligation qui nous parvient sous la forme du constat, un procès verbal à peine déguisé lorsqu’on découvre à quel point écrire nécessite l’envie d’être à part, mis à l’écart, reclus.

On s’élance vers tant de territoires inconnus, dangereux, hostiles à la communauté lorsqu’on commence à tracer tous ces signes à l’encre bleue ou noire.

On s’égare volontairement et c’est justement parce qu’on s’égare que l’on a besoin de s’enfermer. On le sent plus qu’on le sait au départ.

Avoir quatre murs pour nous contraindre, c’est comme avoir un étau pour pouvoir tordre la ferraille sous la morsure du chalumeau.

C’est une nécessité, un outil incontournable. Du moins au début.

Ensuite, on ne s’en aperçoit pas mais c’est comme la plupart des habitudes que l’on répète inlassablement, cela devient d’une facilité déconcertante. On finit par s’élancer dans des réclusions automatiques. Pour un oui ou pour un non, pour un changement de luminosité, pour un parfum qui passe, pour une intonation, un murmure.

Et alors on a cette sensation extraordinaire d’être revenu chez soi.

Pour un peu si on a la possibilité de faire un feu, on le ferait. S’asseoir près d’un poêle, d’une cheminée, au pire d’un radiateur..

Et repartir ainsi dans la rêverie de l’écriture, sans même la nécessité d’écrire, d’avoir de l’encre et du papier.

Rêver tout simplement au fond de soi même en soi même.

Dans une paisible solitude.

C’est cela exactement la sinécure de la réclusion. C’est un enfermement qu’on n’a plus à subir, qu’on recherche même après l’avoir enfin accepté.

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