L’importance de l’immédiat et du recul.

La notion de laboratoire est importante à comprendre. Il y a le travail et la parole, l’action est sans doute préférable au mot travail d’ailleurs qui contient la notion de trituration, de torture. L’action et la parole. Comme l’immédiat et le recul.

Quand le feu est allumé il vaut mieux agir sur la matière que de la penser, l’exprimer. L’immédiat est ce lieu de l’intime dans lequel l’action se confond avec la flamme. Dans lequel l’action est flamme et la flamme est l’action. Il n’y a plus de « Je ».

Plus tard vient la parole, l’écriture. Et le « Je » de l’écriture n’est qu’un résidu. C’est le fameux point gris qui parvient à sauter par dessus lui-même dont parle le peintre Paul Klee. C’est un « Je » qui connait la nuance et la valeur des gris et s’amuse avec.

Car la peinture est avant toute chose un jeu. Un jeu parfois tragique, drolatique, triste, joyeux, on pourra ajouter autant de qualificatifs qu’on le voudra, ça ne changera pas son essence fondamentalement ludique.

Tout comme l’écriture d’ailleurs.

C’est un jeu addictif, aussi addictif que les jeux vidéos si l’on veut, ou l’alcool, ou le tabac, et le sexe, dans lesquels par l’immodéré on apprend la modération peu à peu. Avec le temps, avec ce que l’on parvient à exprimer avec le temps et le recul sur toutes ces addictions.

Le temps c’est aussi un élément de ce laboratoire. Un élément de vérification, une sorte de preuve par neuf qui se déroule parfois sur de nombreuses années à partir d’un acte effectué dans l’immédiateté. Et c’est une hypothèse tout à fait plausible, bien que difficile à démontrer, d’imaginer que le temps et l’immédiat se confondent en un certain point, dans ce jeu, dans ce « Je » qui saute par dessus lui-même pour découvrir et révéler toutes les nuances du gris, et les rendre à la luminosité, à la clarté dont elles sont issues.

Lorsque j’étais plus jeune je pensais qu’on ne pouvait écrire que du fond de son cercueil. Cela me procurait une augmentation de bile, d’humeur noire qui procurait une teinte brune à mes pensées évidemment.

C’était sans doute ce que les alchimistes nomment « l’œuvre au noir » étape importante si l’en est que d’explorer ainsi toutes ces humeurs moroses, ces humeurs accablantes. Les explorer pour les traverser est essentiel. Quand j’ai compris que je risquais d’y rester durant un temps indéterminé j’ai souvent paniqué. C’était parfois intolérable, injuste, insoutenable. Et pourtant ce qui n’en finissait pas, cet interminable lié à l’impatience de la jeunesse, il m’a bien fallu patienter de bon ou mauvais grés peu importe.

On ne décide pas vraiment du recul, on tâtonne beaucoup à avec le distance adéquate. On effectue des choix souvent arbitraires.

A combien de mètres doit on se tenir pour bien voir la toile sur un chevalet ? Cela peut paraitre futile comme question.

Mais une fois que l’on saisit son importance, on fait bien plus attention à cette notion de distance.

C’est exactement la même chose avec l’écriture d’ailleurs. On écrit des choses et généralement on les fourre dans un tiroir au début parce qu’on sent bien que quelque chose cloche. Doit absolument clocher. Parce qu’on n’imagine pas que cela puisse être parfait du premier coup. On le refuse consciemment ou pas. Parce qu’on installe de la distance au mauvais moment, au mauvais endroit.

Sur ce blog j’ai pris la décision d’écrire et de publier aussitôt ce qui s’écrivait. Je corrige très peu, essentiellement les fautes d’orthographe quand je les aperçois. Mais pas la structure des textes, pas ce qui s’avance dans l’immédiat. Je m’y refuse. Parce que je sais que je n’ai pas la bonne distance, parce que ce n’est pas le moment opportun.

En revanche publier est essentiel. Publier me sert à valider l’immédiat. Je me fiche que ces textes soient lus, appréciés ou pas, ce n’est pas le but de ce travail. Mais je ne serais bien sur pas honnête de dire que je n’apprécie pas les avis, les « like », une partie narcissique les apprécie bien sur. Mais je fais la part des choses. Je ne me sers pas de la peinture ni de l’écriture pour être aimé, pour exister dans un œil extérieur. Ce n’est pas ce qui m’intéresse le plus. Je pense que j’ai enfin traversé tout cela avec le recul.

Je vois mieux ce dont il s’agit. Je vois mieux aussi la direction dans laquelle travailler. Et il me faudra encore probablement du temps et du recul pour revenir sur cette idée de perfection. Car elle change tout le temps. Peut-être est t’elle définitivement inatteignable d’ailleurs, c’est ce qui me la rend justement essentielle dans ce cheminement. Et c’est aussi ce qui me fait écrire et peindre dans l’immédiateté. Puisque l’hypothèse est posée.

Immédiat et recul, immédiat et temps, impatience et patience. C’est juste de la vérification, de la confiance en soi à cultiver.

Ce qui signifie que le fruit est déjà là de toutes façons bien avant qu’il ne se montre. Il est dans sa potentialité. Comme cette série de tableaux que j’avais réalisée en découvrant dans des textes anciens de l’Inde les annales akashiques.

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