L’intime se dérobe

Elle retire sa robe et je suis ébloui par la nudité de son corps. Aveuglé brutalement par la tonalité générale de ce corps tout d’abord, sans doute parce qu’immédiatement vient en bouche se mêler l’extraordinaire gout du lait chassant la salive ordinaire.

Que d’inventions fabuleuses à l’apparition des corps ! Face à la nudité ! On ne sait pas à quoi se raccrocher surtout. Aveuglement et chute dans une simultanéité de première fois. Une première fois que l’on cherchera bien sur à retrouver toutes les autres fois.

Et que le temps émoussera, que l’habitude émoussera, que les pensées comme des pansements sur une plaie effaceront.

Il ne restera qu’une cicatrice de cette première fois. Quelque chose qui s’est à tout jamais refermé aussitôt entrevu.

Elle retire sa robe c’est une jeune femme en vie, vigoureuse et souple avec parfois quelques points de tension. Muscle mastoïdien, scalène, ou digastrique se contractant dans l’infime, se dilatant dans l’envie, une salivation que l’on espère partagée.

L’excitation de retirer sa robe se mêle t’elle à l’excitation de celui qui l’observe ?

Silence que traverse le bruit de l’étoffe s’effondrant doucement sur le parquet.

Elle retire sa robe et je reprends mon souffle.

C’est froidement que je l’examine à présent. Elle n’est que l’objet sur lequel je projette ce qu’elle n’est pas, ne sera jamais.

Une idée de nudité rêvée, c’est juste encore l’intime qui, comme toujours, à 20 ans se dérobe.

Illustration art digital P. Blanchon  » Viens voir là ».