Facile et difficile

Visage imaginaire, Art digital Patrick Blanchon « Tout ce qui illumine ».

Un événement, une situation, se présente qui nécessite une intervention de notre part, c’est à dire que nous en soyons acteurs. Un peu comme dans une scène de théâtre sauf que nous ne connaissons pas forcément le texte. Assez souvent il nous faudra l’écrire en même temps que nous agissons, parfois de façon laborieuse, parfois avec une facilité dont nous n’avons même pas conscience.

Cette absence de conscience provient peut-être du fait que nous avons acquis de l’expérience pour agir en de telles circonstances, or nous n’y pensons pas. Nous trouvons même cela « naturel ». Cette faculté de résoudre les problèmes dans un contexte donné est disponible aussitôt que nous en avons besoin et nous ne nous interrogeons pas sur cette immédiateté.

Si l’on pouvait comparer ce que font plusieurs personnes face au même évènement, à la même difficulté à résoudre, dans un contexte identique, nous nous apercevrions sans doute que la plupart des personnes rencontrent des difficultés là où pour nous il n’y a que des solutions efficaces et rapides. Et nous nous pourrions même établir une sorte de hiérarchie du plaisir ou du déplaisir que nous éprouvons dans ce genre de difficulté ou de contexte.

On pourrait utiliser des instruments, des critères de mesure pour calculer ces différences. Comme le temps nécessaire à résoudre une difficulté par exemple. Le nombre d’injures poussées intérieurement ou exprimées à haute voix. Combien de chantiers de rénovation de maison ont entrainé un conflit chez un couple, une séparation, un divorce ? Combien de cigarettes avons nous été obligé de griller, ou de tasses de café, aura t’il fallu pour en venir à bout ? Combien de Bordel de merde et combien d‘Eureka ?

Quand on fait une chose facilement on oublie que la première fois était difficile comme pour tout à chacun, et au bout du compte on a oublié cette difficulté.

Qu’est ce qui fait la différence entre cette toute première fois et la dernière ? L’expérience bien sur, mais aussi la relation que nous entretenons avec la difficulté. Est ce que cette difficulté est une sorte de challenge qui nous apporte du plaisir à dépasser cette difficulté, plus de confiance en soi, qui flatte notre ego ? Ou bien au contraire est ce que la réaction à cette difficulté est la douleur, la preuve que nous sommes nuls, irrécupérables ? Comme si chaque difficulté quelle qu’elle soit finalement nous confirmait ce dénigrement de nous-mêmes.

Du coup nous aurions naturellement tendance à ne faire que ce qui n’est pas difficile et qui n’entraine pas toute cette souffrance. Nous nous réfugierions dans des taches que nous considérons comme faciles. Pourtant aucune tâche n’est facile intrinsèquement.

Même respirer, la première fois fut difficile, c’est à dire douloureuse, et fort heureusement, nous avons résolu cette difficulté sinon nous ne serions pas en train d’échanger.

Ce n’est donc pas une affaire d’événement ou de difficulté vraiment le problème. C’est notre comportement, notre point de vue, et aussi bien sur et surtout l’image que nous avons de nous-mêmes qui vont décider si on résout tel ou tel problème  » facilement » ou « difficilement ».

Si la solution est difficile à trouver c’est que c’est la première fois que l’on rencontre ce cas de figure. Le fait de ne pas parvenir à le résoudre aussi facilement que d’autres problèmes ne devrait pas nous obliger à en tirer des conséquences narcissiques. Et pourtant c’est tellement souvent le cas. Il y a même une colère étonnante que j’ai pu constater chez les personnes qui ont beaucoup de facilité dans de multiples domaines et qui soudain perdent toute confiance en eux pour changer une simple ampoule électrique.

Ces notions de « facile » et difficile » n’étaient pas quelque chose que je parvenais à comprendre dans mon enfance.

D’un côté mon père qui voulait toujours imposer l’image de l’homme viril, qui maîtrise tout me rabâchait qu’il fallait au moins faire une ou deux choses difficiles dans une journée, et quoique je fasse de mon coté ma mère me disait, « c’est trop facile, tu ne vas pas t’en sortir comme ça mon petit bonhomme. »

J’ai pas mal galéré.

Du coup je suis toujours plus ou moins dans le doute quelque soit la difficulté qui se présente devant moi et que je franchis.

Je suis toujours plus ou moins à me demander si ce genre de chose est dans la catégorie des choses difficiles à faire pour mon père, ou bien si j’ai bâclé le bidule, en allant au plus court, dans un minimum d’effort et en le prenant « par dessus la jambe » ainsi qu’ajoutait ma mère quant à cette notion de facilité qui la déconcertait.

C’est le problème de la satisfaction d’un tiers quand on se sent obligé de le prendre pour témoin de nos actions. Ce qui se passe dans notre enfance pratiquement à chaque moment.

Et cela devient tellement une habitude qu’on ne peut plus s’en passer.

C’est totalement intégré en nous.

Du coup comment trouver une fois de plus le bon équilibre entre facile et difficile ? J’avoue que de mon coté j’ai cru régler le problème en supprimant la tierce personne. En m’en fichant royalement.

Je me suis dirigé vers ce que j’avais envie de faire, cette soi disant « facilité » qu’est la peinture notamment, puisque depuis tout petit tout le monde disait que j’avais des « facilités » de ce coté là.

Ce fut même tellement facile parfois que j’ai cru être une sorte d’imposteur. J’avais totalement oublié le nombre d’heures incalculable car je les avais effectuées avec plaisir pour apprendre à peindre.

Les difficultés viennent toujours cependant à un moment ou à un autre, il semble qu’on ne puisse y échapper.

Lorsqu’elles se présentèrent ce fut par la découverte de l’écart existant entre une peinture réalisée pour mon plaisir personnel et une peinture réalisée dans le but d’être vendable.

Je me suis pas mal perdu dans cette difficulté, et mon narcissisme en a prit un bon coup.

Si j’ai des facilités sur le plan technique, j’ai bien des difficultés à élaborer une démarche artistique digne de ce nom. Ou plutôt j’ai du mal à m’y tenir, à m’accrocher à une démarche artistique dans le temps. Je vais produire quelques tableaux grâce à une idée qui me traverse momentanément. Et puis une autre arrivera et je la suivrai.

Autrement dit, il y a toujours une sorte de tiers quelque part en moi qui fait très bien la part des choses entre ce que je fais facilement, pour ne pas faire ce qui devrait être le plus difficile.

Je ne fais plus beaucoup de démonstration de peinture, notamment les peintures de visage, car à chaque fois que je l’ai fait il y a toujours une ou un élève qui s’exclame : « Oh oui mais c’est facile pour toi ! »

Et du coup j’ai toujours l’impression que ma mère se tient quelque part et pense que je n’ai pas changé que je vais toujours vers la facilité, et puis mon père pas loin ajoute:  » oui il n’a pas suivi mes conseils, aller vers le plus difficile chaque jour c’est cela être un homme !

Et au bout du compte je me demande si cette affaire de « facile et difficile » n’est pas une sorte de rituel personnel pour honorer les ancêtres. Ou tout du moins ne pas les perdre totalement de vue.

En illustration un visage imaginaire réalisé sur Ipad avec le logiciel Procreate. J’en fais régulièrement, principalement le soir après le diner pour me détendre de la journée.

3 réflexions sur “Facile et difficile

  1. Quand tu regardes quelqu’un faire quelque chose et que tu penses que c’est facile et que tout le monde peut le faire …. c’est que tu te trouves en ce moment, face à un professionnel !Se qui semble facile est presque toujours l’œuvre d’un professionnel !

    Aimé par 1 personne

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