Deux manières parmi d’autres

Pour faire un simple trait de crayon ou au pinceau j’ai retenu deux manières en ce qui me concerne. Ce n’est donc probablement pas une généralité. Il existe sans doute une quantité de façons diverses et variées de tracer un trait sans y penser.

Mais le trait dont je voudrais parler est un trait sur lequel l’esprit peut s’attarder. Je dis ça parce que je suis peintre et que j’adore m’attarder sur des choses qui paraissent banales, sans importance pour la plupart d’entre nous.

J’ai retenu deux manières d’apprendre à tracer un trait que je pourrais résumer en un terme, celui de « résistance ».

Soit on résiste à ce qui provoque une gène de l’extérieur en traçant un trait

Soit on résiste à ce qui vient de l’intérieur.

Des milliers de traits qui s’enchevêtrent sous forme de coulures , des traits fins des traits plus ou moins visibles des traits continus d’autres interrompus, des traits à l’infini voilà pourquoi j’aime Pollock !

Il n’y a pas une solution plus facile ou difficile l’une que l’autre. Il ne faut pas moins qu’une vie entière pour le comprendre et une autre encore pour pratiquer ce que l’on a comprit.

C’est pour cela que deux manières suffisent amplement pour la plupart des gens comme moi. Je veux dire les personnes qui pensent que leur seul capital est le temps. Que notre seule richesse est le temps.

Généralement on commence par résister à ce qui vient de l’intérieur. On trace un trait parce qu’on a vu un autre trait quelque part et on voudrait que notre trait grosso modo ressemble à ce trait. L’intérieur n’est évidemment pas d’accord avec ce principe. C’est pourquoi on doit reprendre parfois plusieurs fois un trait, il existe ainsi des traits interrompus, des traits à poils ou barbe, des traits tremblants, des traits qui se cabrent, se révoltent. Tout ça vient du fait qu’on ne veut pas sentir ce que nous propose l’intérieur, ce que nous sommes vraiment. Cette résistance crée des forces opposées à cette volonté de copier quelque chose se trouvant au dehors et avec laquelle nous n’avons en fait la plupart du temps aucun point commun.

Voilà l’apprentissage de l’école, de tout ce qui propose un couple de maitre et d’apprenant. D’un enseignement vertical. Et ce n’est pas contestable ni critiquable. tout cela part même plutôt d’une bonne intention puisque cet apprentissage est destinée à penser qu’on peut ainsi « gagner du temps ». Ce qui se traduit souvent de façon erronée par gagner de l’argent. Si on applique toutes les consignes, si on fait un joli trait, on aura un beau diplôme et donc forcément une crédibilité qui inspirera confiance à n’importe quel employeur par la suite.

Ca peut même marcher. On peut tout à fait s’épanouir ainsi et dessiner durant des années en ne faisant pas trop attention à ce que l’intérieur, brimé par le manque d’attention du dessinateur et désormais son savoir faire, voulait dire au départ.

Parfois par malchance on peut même passer une vie entière ainsi. On sera un bon exécutant, finalement où est le mal ? Il n’y a pas de mal si il n’y a pas de frustration.

Mais si celle si soudain surgit alors il va falloir faire attention. Relever une fois de plus les manches, devenir médium en peu de temps et écouter enfin ce que l’Esprit veut.

Passer du temps ainsi avec le crayon en l’air pour sentir le moment où enfin en le posant sur le papier l’esprit s’empare du corps qui enfin lui donne de l’attention. L’influx nerveux alors s’écoule naturellement de l’épaule à la mine et le trait qui surgit n’a plus rien à voir avec l’ancien trait, le trait apprit par cœur.

Pour avoir exploré ces deux façons de tirer un trait, principalement. J’ai passé toute une vie, et j’ai souvent l’impression qu’il m’en faudrait encore beaucoup d’autres pour épuiser toutes les richesses de l’origine d’un simple trait au crayon.

Ce qu’on n’apprend pas dans les manuels, avec des professeurs, on l’apprend autrement, sur le tas, et pas forcément en dessinant d’ailleurs. Quant à l’idée de gagner du temps, de l’argent grâce à un trait une fois, que l’on a pénétré vraiment dans la dimension que propose le dessin et que l’attention s’y est enfin ajusté, je crois que ça n’a absolument aucune espèce d’importance.

Parce que tirer un trait au bout du compte c’est pénétrer dans l’éternité tout entier.

2 réflexions sur “Deux manières parmi d’autres

  1. Un titre à la Patrick Blanchon que j’adore. Un chat écrasé, mais non, écrabouillé !!
    Cette réflexion sur le trait et la résistance est vraiment un très bel héritage, un passage du témoin de l’expérience.
    Merci Patrick de ne pas me reprendre sur le mot Héritage :-)) Je le vis comme cela et je veux continuer à le recevoir comme cela 🙂

    Aimé par 1 personne

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