Les sept mondes

Mille fois je t’ai cherchée dans les sept mondes

Mon âme est vieille et fatiguée dans l’illusion

De tant et tant de recommencements.

Mille fois et une où le sort fut jeté

par une sorcière qui jouait au dés

Dans un recoin de Ménilmuche, de Tataouine

à Dieu seul sait où et à pas de chance.

Ce fut un simple rire édenté

qui arrêta ma course folle.

Dans une ruelle de Cipango de zanzibar

Au diable Vauvert.

Arrête toi là petit bonhomme

Chanta le salpêtre du mur aveugle

que je voyais depuis la fenetre

de ma taule improbable.

Les mouches et les cloportes

me livrèrent tous les secret du premier monde

encore et encore

les démultipliant sur le papier peint moucheté de pois verts

l’alcool aidant

Je restais là obsédé par l’expire

allongé sur lit de camp

à claquer des dents du matin au soir

d’être devenu soudain tellement vivant

que la seule pensée qui m’obsédait fut la mort

C’est au printemps que l’alouette se mit à batifoler

Dans l’air bleu du matin

au dessus des toits et que cahin caha

je répondis à son invite

Je retrouvais ma flute de pan depuis longtemps perdue

et entonnais un chant andin post cataleptique

une flute constituée d’os de poulets et de renards

sertie de jade et d’obsidienne

L’alouette devint un aigle forcément

et m’emporta en longues spirales exactes au dessus du périphe du Popocatépetl

et du Machupitchu

Et là j’en vis de belles, Inana dansait avec Astarté Hécate et quelques feu follets

les nymphes de barrière échangèrent leurs oripeaux contre ceux

des nymphes des forets et des ruisseaux

Quoique je su presque aussitôt que la douceur fut fragile

J’y puisais à l’envie comme un beau forcené.

On me sacrifia plusieurs fois pour ma vigueur

ce qui étrangement la renforça.

A l’autel du Cthhulu chez les effroyables titans qui n’ont qu’un seul oeil

Je commençais à trouver le temps long et leurs pratiques louches.

Je n’eus que peu d’effort à faire pour m’enfuir alors

que de cligner des deux yeux pour les ouvrir pour de bon.

Je me retrouvais au havre sur le quai sous la pluie de mars

ou à Rouen, ou ailleurs

bref on m’avait placé sur l’estrade d’un marché aux esclaves

De grosses et opulentes bourgeoises me tâtèrent le mollet le lobe et les bourses

reluquèrent mes dents et pincèrent mes muscles abdominaux

Il a l’air d’en avoir dans le ventre murmuraient elles en rigolant

j’allais partir enchainé à l’une d’elles fouétté mollement

par un croquemort anglais chevauchant un baudet

et qui fermait la marche

lorsque le parfum des pralines que l’on faisait griller

près d’un bordel, excita les narines et les pupilles de mon ex future maitresse.

J’en profitais pour implorer un peu de mou dans l’étreinte des liens trop sérrés

et me carapatait sitôt que l’occasion se présenta

Ou donc en étais je ? j’étais un peu perdu

C’est un polichinelle sortit tout droit du placard qui me répondit

Ici

Et je n’eus pas même le temps d’apercevoir ce nouveau piège

que j’étais à nouveau pied et poings liés pour des années  

Sur l’ile Saint Louis dans un joli appartement avec poutres apparentes

cuisine équipée et vue sur un joli jardinet.

Je tins quelques temps car la geôlière était de la même famille que la reine de Sabbat

avec un petit je ne sais quoi de Shérazade.

Chaque nuit pour pas que je m’évade elle se donnait toute entière

avec mille et une façons enjôleuses inédites

Par la fenêtre je voyais la rue peuplée de chiens de lions et d’ânes

je m’appuyais à la rembarde du balcon en fumant des havanes

j’étais de cette race nouvelle d’esclave croisée avec celle d’Artaban.

Il y eut des hauts et il y eut des bas

comme si j’ajustais mon nouvel élan.

Et enfin hop un jour à 4h30 du matin j’y parvins

je sautais au bon moment pile poil sur un tapis volant qui m’emporta vers de nouveaux horizons.

J’avais pris soin d’emporter un sandwich aux cornichons heureusement

car le voyage cette fois fut encore plus long.

J’arrivais en chine par des cheminements tortueux, et un grand nombre de loopings

et à la fin des fins un atterrissage en catastrophe.

C’était sur la terrasse d’un marchand de Samarkande qui préférait la chine à Samarkande

Et qui ne voulait d’ailleurs plus être marchand non plus.

Il s’était décrété sage et en même temps mendiant

Pour se divertir il  y trouvait un formidable contentement.

Son plaisir était si visible qu’il provoqua l’envie en moi de me l’accaparer aussi

Si tu t’engages à rester un an je t’enseignerai me proposa t’il

Je n’étais évidemment plus à un an près

J’opinais du chef et me voilà donc parti pour un apprentissage

de sage mendiant.

Pour être sage m’apprit mon maitre il faut d’abord devenir fou

Je passais donc les 6 premiers mois à dompter la folie

Ce qui n’est pas du tout si facile qu’on le croit.

Une fois cette formalité réglée mon maitre me demanda

Es-tu vraiment fou ?

Je lui répondis « normalement »

Ce qui nous fit exploser de rire tous les deux en même temps.

Passons à la sagesse désormais me jeta t’il sitôt qu’il reprit son souffle.

Il me tendit alors un flacon d’un breuvage fort ainsi qu’une plume d’oie

Et de l’encre

Pour être sage il faut que tu t’enivres parfaitement et que tu t’entraines en même temps à dessiner droit.

Ça me prit les 6 autres mois évidemment

Sans forcer.

 Un peu tous les jours c’était là le secret.

À la fin mon maitre me déclara que j’étais apte

J’allais avoir ma récompense

Il afficha sur mon revers une jolie médaille en chocolat

Puis il me botta le cul en m’éjectant de chez lui tout en ajoutant

Comme nul n’est prophète en son pays vaut mieux que tu ailles voir ailleurs si j’y suis.

Du coup j’étais donc devenu prophète ce fut son dernier mot

Jamais je le ne revis.

La vie de prophète est bien plus facile qu’on pourrait le penser à première vue

Il suffit d’abord d’être un peu clairvoyant puis

en grande partie de prophétiser ce que tout le monde attend

et l’on peut ainsi s’assurer quasiment chaque jour que dieu fait du gite et du couvert

Je prophétisais un tas de choses diverses et variées en me fiant au climat

Au vol des mouettes, au sens du vent, et aussi de temps en temps à l’avidité que je décelais chez mes clients.

Je ne me trompais jamais. Ce qui me valut un franc succès, une bonne réputation.

Hélas les bonnes choses n’allant jamais seules éternellement

ma bonne réputation

devint la cible des délinquants du quartiers qui comme passe-temps s’acharnèrent à la ternir.

C’était tout à fait prévisible et je mentirais si je disais que je ne l’avais pas prévu.

J’avais eu le temps de me confectionner une petite poire pour la soif

Et donc le jour où je jetais mes osselets sur la terre battue et qu’ils m’envoyèrent un message m’indiquant

Le bon moment

Je partis à califourchon sur un cochon que je dérobais chez mon plus riche et dernier client.

La route était longue je l’avais présagée également

Pour rejoindre la civilisation.

Je décidais donc, de faire un crochet vers l’Italie tout simplement parce que je ne connaissais pas l’Italie.

Mon cochon et moi nous franchîmes des monts et quelques merveilles plus tard nous arrivâmes à Brindisi

Ma connaissance des ports était bonne,  acquise de haute lutte elle aussi.

Je vendais le cochon assez facilement à un Portugais installé là-bas et dont la spécialité était le ragout.

Puis  muni d’un petit pécule je décidais de faire du stop de me rendre en Calabre et de là-bas rejoindre la Sicile

Quelques jours plus tard j’arrivais à ce petit port de pécheurs qui se nomme Sféracavallo et en me piquant correctement les doigts , la faim aidant

J’appris à éplucher ce fruit étonnant plein d’épines, la figue de barbarie.

Et j’allais aussi chaparder quelques grenades bien mures dont je savais les graines bénéfiques contre l’idiotie générale.

C’est dans un jardin au crépuscule que je fis la connaissance du petit groupe de voyageurs échoués là, se nourrissant du fruit de leurs larcins tout comme moi

Il y avait Ulysse Sinbad, Hérodote, Marco Polo et bien d’autres encore dont le point commun était l’engouement pour les graines de grenade.

Ils me reconnurent presque aussitôt à ma façon de grapiller.

Viens donc te joindre à nous et nous nous raconterons nos voyages.

Comme je n’avais pas grand-chose d’autre à faire j’opinais à nouveau du chef et je restais avec cette petite bande quelques années

Sans voir le temps passer.

Ils en connaissaient un sacré rayon en géographie mais aussi en matière de femmes, notamment les magiciennes, les sorcières et les déesses.

Sais tu qu’ici en Sicile les sorcières ont une étrange particularité ?

Elles sont belles comme le jour sitôt qu’elle jettent leur dévolu sur un homme puis une fois que celui ci sera pris dans leurs filet

Elles se métamorphosent en ogresses qui leur dévorent les testicules. Regarde autour de toi tous ces pauvres types devenus eunuques.

Tous mais pas moi interrompit soudain Don Corléone qui arrivait juste de Brooklin. Nous, ma famille on a trouvé la parade on se moque bien des sorcières. Une begne ou deux et hop elles nous lâchent.

 À côté de ça on les vénère, on leur fait des cadeaux somptueux et de beaux enfants pour qu’elles laissent nos couilles intactes.

Je me rapprochais aussitôt de Corléone car j’étais quasi ignorant en matière de femme. Quelques mois plus tard il m’offrit la main de sa fille, un cadeau de grec si j’ose dire.

De toutes les ogresses elle était sans hésitation la pire. Mais sa beauté excusait tout et d’ailleurs je n’écoutais que mon cœur à cet instant où je la vis, je tombais éperdument amoureux.

Ce fut comme dans un rêve durant quelques mois et puis sa nature d’ogresse évidemment fit surface, en tant que prophète j’aurais tout de même du le prévoir. Ce qui me fait penser que parfois il vaut mieux faire attention à ce qui est aussi trop prévisible et qu’on ne veut pas voir arriver.

Bref je faillis

y laisser mes bourses complètes et ce fut vraiment un hasard ou un coup de chance, à moins que ce ne fut mon destin de ne pas glisser du statut de prophète clairvoyant à eunuque cette année-là.

Pour finir à la nuit tombée je m’embarquais sur une chaloupe pour rejoindre l’Afrique parce que je ne la connaissais pas.

Il peut arriver que je sois tellement pris dans mon récit que j’oublie de préciser à chaque fois à quel monde parmi les sept traversés je me situe à tel ou tel instant de mon parcours.

Moi même parfois je ne le sais plus.

C’est parce que parmi ces sept il y en a un qui m’a toujours étonné ou effrayé, et aussi fasciné je ne sais plus , c’est le monde du chaos et de la confusion.

Parfois je ne me souviens plus où situer ses frontières.

Donc peut-être en Afrique, ou après moult péripéties je parvenais à Casablanca.

Ici les démons ont d’autres noms mais globalement ils proposent les mêmes tentations les mêmes pièges que partout ailleurs sur la terre.

Bref c’est à Casablanca que je tombais littéralement en arrêt dans une ruelle sur une femme qui jouait de la flute devant un panier à serpents.

Je restais de longues heures à contempler sa maitrise à la fois de la musique et son sang-froid lorsque les serpents soulevaient le mince et léger couvercle pour se dresser et se balancer au rythme des accents de la flute

J’adorerais apprendre à jouer de la flute comme toi je lui dis

J’adorerais être aussi sage clairvoyant et prophète que toi me répondit-elle

Nous passâmes 10 années à nous enseigner mutuellement nos connaissances et puis à la fin nous nous entendions si bien que nous dumes inventer une dispute pour nous écarter l’un de l’autre et reprendre nos vies.

Je pris encore des bateaux car j’avais entendu parler de sages encore plus fous que moi du coté de Téhéran, de Tabriz en Iran.

Après de longues semaines d’errances, dans un dénuement presque total je parvenais enfin à ma destination. La devanture ne paye pas de mine, leur couverture est d’être boucher m’avait on appris un soir dans le quartier Bagadgit d’Istambul d’où j’étais parti quelques jours avant.

C’était des soufis et encore une fois il fallu que je fasse mes preuves.

Voici nos couteaux me dirent ils quand tu les auras affutés de la bonne façon nous t’enseignerons notre art de la danse

Durant 10 ans

pas moins j’appris en tâtonnant à aiguiser les lames ce qui est loin d’être aussi simple qu’on pourrait de prime abord le penser.

Car il y a entre la meule et celui qui s’en sert comme prétexte pour aiguiser de nombreuses interactions invisibles à l’œil nu.

Pour parvenir à rendre vraiment tranchant une lame il faut avoir énormément tranché de choses en soi. C’est ainsi.

Le 365 -ème jour de la  9 -ème année tombait sur Em Ruz le nouvel an

On vérifia une dernière fois le tranchant des lames puis tous me prirent dans leurs bras et m’embrassèrent. Tu as compris comment bien aiguiser un couteau quelle joie formidable ! quel honneur !

Veux tu rester encore un peu pour que nous te montrions comment découper les animaux ?

Mais j’étais fatigué et à la vérité j’en avais assez de croire que que pouvais encore apprendre des choses à l’extérieur de moi-même

Je m’en ouvris sincèrement au vieux maitre boucher qui disait -on possédait la même lame depuis presque 40 ans et qui sans avoir besoin d’être aiguisée conservait le même tranchant que si elle eut été neuve.

Formidable me jeta t’il tu apprends encore plus vite qu’on peut l’imaginer

Du coup ils se levèrent tous et se mirent à danser et leur danse était si hypnotique que je me levais à mon tour et sans aucune connaissance sans rien savoir de la manière je me mis aussitôt à danser avec eux.

Nous bûmes du vin frais de grenade

Ils me donnèrent un couteau pour me récompenser de ma peine puis leur porte se referma à tout jamais, je me retrouvais à nouveau seul à te chercher

Car si je n’ai pas oublié une chose durant tout mon récit c’est toi, tu es ma quête éternelle qui me remet toujours sur le chemin

Si parfois j’ai l’impression de t’oublier, de m’égarer, d’être fatigué, sache bien qu’il me faut bien plus que mille et une fois recommencer  et bien plus que la traversée des  sept mondes pour seulement pénétrer dans le risque d’y penser.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.