Ce que je trouve beau est toujours à mi chemin.

Ce que je trouve beau est toujours à mi-chemin entre le doute et la certitude. On ne peut m’imposer ni le doute ni la certitude, l’impersonnel d’une opinion générale logée en moi-même qui à premier vue se hâterait systématiquement. Je passe mon temps à détruire cette opinion et ce faisant cette idée arrêtée qui, dans la même hâte m’ouvre un horizon plus large de ce qu’est l’impersonnel, c’est à dire l’Etre.

Je ne peux me maintenir longtemps ni dans le doute pas plus que la certitude face à l’Etre.

De la même façon que je joue un jeu dangereux avec l’espoir de rédemption. Dangereux parce que je sens bien que je dois renoncer du fond de chacune de mes cellules à l’idée d’une rédemption. Une idée extraire encore une fois du collectif aux prises avec l’impersonnel qui se résout dans l’à peu près. Dans la légèreté de l’à peu près de peur toujours de sombrer dans la précision.

Entre légèreté et précision qui se rapproche de cette idée de doute et de certitude quelque chose m’attire que je nomme la beauté.

Je n’ai pas trouvé d’autre solution que de me trouver moi aussi perpétuellement à mi chemin pour parvenir à regarder en face cette beauté.

esquisses visages Patrick Blanchon 2020
esquisses visages Patrick Blanchon 2020

Entre quelque chose qui ne s’achève pas et qui s’achève , dans l’entre deux d’une respiration.

J’ai toujours eu cette intuition que rien ne pourra jamais me sauver, qu’il n’y aura pas de rédemption et pourtant je persiste.

C’est encore une fois de plus la phrase de Klee qui revient de ce fameux point gris qui doit « sauter » par dessus lui-même.

L’idée d’un dépassement ultime à découvrir après que tous les renoncements aient tout réduit en cendre.

Pour la beauté du geste si je peux dire, pour la beauté d’un trait qui parfois disparait pour ressurgir chargée d’une vigueur neuve, qui elle aussi se dirigera inéluctablement vers le fragile, le vulnérable.

Dans un seul trait c’est toute cette beauté que l’impersonnel collectif et ce que je nomme l’Etre dessinent , de façon à la fois floue et précise. Ainsi tout cela, la ligne, réunit en elle le doute et la certitude comme pour montrer leur importance, la sensibilité de l’Etre au monde comme ma propre absence, ma disparition dans un simple trait, un don.

Je ne serai pas sauvé parce que je ne peux pas être perdu c’est ce que me dit ce trait au moment même où j’ai l’impression qu’il disparait, qu’il s’efface pour mieux ressurgir à un autre endroit du tableau.