La vieillesse d’esprit

Vous savez Tom, tout le monde parle de l’importance de la jeunesse et de son état d’esprit depuis que Churchill l’increvable à mis ça au gout du jour, mais les gens n’ont pas forcément bien compris ce dont il parlait. D’ailleurs la phrase exacte c’est « la vieillesse est un état d’esprit » est elle est probablement extraite d’un poème de Ullmann.

Pour ne pas regarder le naufrage en face on s’invente des chaloupes de sauvetage et voilà tout. Tout ça n’est rien du moins pas grand chose au fait que tout de cet état se situe au niveau des genoux.Quand vous commencez à ressentir la douleur, c’est que vous êtes vieux voilà tout.

Il avait vidé son verre de Sauvignon d’une traite après sa tirade, puis il avait redressé le col de son imperméable, toujours le même depuis les quelques mois où nous nous étions rencontrés, dans ce petit boui boui de Saint Germain des près. Je ne savais pas grand chose de lui, sauf qu’il était vaguement un acteur sur le déclin. On échangeait des saillies philosophiques ensemble, rivalisant comme il se doit de références culturelles en levant le coude. Un vieil homme qui regrettait sa jeunesse et qui, en me voyant essayait de m’avertir d’un danger imminent.

C’est quelques jours après que j’ai pu établir un rapprochement seulement. Après avoir rencontré Betty qui venait tout juste d’avoir 18 ans alors que j’avais largement dépassé la trentaine. Sur un de ces réseaux téléphoniques comme il y en avait tant dans les années 80-90. J’avais aimé sa présentation et elle avait du apprécier la mienne, on s’était mis à discuter de tout et de rien et au bout du compte on s’était donné rendez vous à la Fnac des Champs Elysées. C’est elle qui avait insisté, pour ne pas avoir une de ces monstrueuses factures de téléphone avait elle ajouté.

Elle adorait les films d’horreur m’avait t’elle confié, un long week-end s’étendait devant nous et elle devait refaire le plein.

Aussitôt qu’elle comprit que le type qui faisait du surplace devant l’entrée du magasin, c’était moi elle se précipita et m’embrassa sur la bouche goulument. J’étais à la fois sur un petit nuage et pétri de trouille. J e me souviens très bien de l’ambiguïté de la situation. Une bourrasque de fraicheur accompagné de l’étonnement qu’on puisse s’intéresser à moi comme ça. On avait seulement échangé quelques mots au bout du fil et hop on se voyait pour la toute première fois et il fallait se rouler une pelle. Je mettais ça sur le compte du fossé des générations pour me rassurer, mais ça ne me rassurait en rien. Il fallu au bout du compte que je ne sois rassuré de rien devrais je ajouter

Elle habitait à Enghien les bains pas loin du casino, et s’appelait Myriam. Elle était jolie comme un cœur, d’une spontanéité de gardon luisant dans la lumière, et surtout d’une effronterie qui me laissa comme deux ronds de flan. Je dis effronterie parce que j’avais dépassé la trentaine et que je m’attendais à autre chose, peut-être un peu de distance, de la réserve, voire même de la timidité de sa part. Je fus tellement mal à l’aise de découvrir que le timide c’était moi au bout du compte.

Elle habitait un studio propret quoique bordelique. Un bordel de fille avec des fringues posées un peu partout, des produits de maquillage, des brosses, des peignes et un bidule à faire des mèches je supputais.

C’était vraiment une superbe fille, d’une joie de vivre étonnante, d’une fraicheur dont j’étais en train de me demander en aparté si j’y avais droit. Parce que franchement ces derniers temps j’avais vraiment un mal de chien à me voir moi en peinture. Lorsque je croisais ma gueule dans les miroirs, je voyais un pauvre type, un raté qui flirtait de plus en plus avec le vice et la méchanceté.

On s’en regarde un tout de suite ? me proposa t’elle en sortant les dvd du sac de plastique qu’elle balança sur une table basse.

Sans attendre ma réponse elle se déshabilla complètement pour enfiler juste un tee shirt, puis elle inséra le disque de Scream dans le lecteur.

Personnellement j’avais abandonné l’idée de me faire peur avec des films, la vie de tous les jours me suffisait déjà amplement. Et lorsqu’elle me poussa sur le grand lit en se collant tout contre moi pour m’embrasser à nouveau j’éprouvais un mince espoir.

Puis le générique s’arrêta et la première scène du film la happa. Ca l’excitait c’était visible car aussitôt elle commença à me déboutonner d’une main négligente. Enfin elle s’empara de ma verge qu’elle tint ainsi comme une sorte de petit animal entre ses doigts durant une bonne partie du film.

J’essayais de faire le point pendant ce temps là en laissant mon regard dériver vers la fenêtre. C’était un samedi après midi et je me disais que j’étais plutôt pas mal ici, à Enghien les bains même si la situation était baroque ça m’allait bien plutôt que de retourner me terrer dans ma barre d’immeubles de Nanterre. Je ne faisais pas de plans sur la comète non plus, j’hésitais juste à décider ce que pouvait bien chercher Myriam, et je réduisais évidemment toutes les possibilités pour n’en retenir qu’une ou deux. Se taper un vieux comme on se tape un film d’horreur pouvait être la principale, la seconde était qu’elle était belle, pas bête du tout et qu’elle se sentait seule à crever. Elle avait tablé sur le hasard de ces conversations téléphoniques, finalement ce n’était pas pire que de se taper un collègue de bureau, l’ami de l’ami d’une amie. C’était une expérience comme une autre et c’était tombé sur moi voilà tout.

Il y avait quelque chose de cocasse. Je n’aurais jamais du aborder les choses ainsi, par la cocasserie d’ailleurs. Je m’en suis mordu presque aussitôt les doigts très vite

Lorsqu’elle se pencha vers ma verge qui, je ne sais comment s’était tendue presque par automatisme entre ses doigts et qu’elle commença à l’embrasser je ne pus m’empêcher de rire.

Elle se releva alors comme une tigresse et me toisa: Pourquoi tu ris ?

Je balbutiais deux ou trois trucs improvisés maladroitement ce qui me valu d’être éjecté séance tenante du lit tout d’abord, puis le temps de renouer mes lacets du studio.

Comme je ne connaissais pas Enghien les bains, je fis un tour rapide dans les rues de la ville, j’ai même regardé un long moment les gens entrer et sortir de ce putain de casino. Et puis ce fut l’heure de prendre mon train pour revenir vers Nanterre, pour revenir à moi et au constat de mon imbécilité comme de ma vieillesse d’esprit.

2 réflexions sur “La vieillesse d’esprit

  1. Bon jour Patrick,
    Alors, dans cette situation, cela s’appelle être en « dehors de la plaque » …quand l’un est dans son trip et l’autre dans le réel … effectivement, il y a comme un choc … et l’expression : « la vieillesse est un état d’esprit » est-elle vraiment adaptée à cet événement ? Il y a surtout un effet de négation de soi aux exemples : « … j’avais vraiment un mal de chien à me voir moi en peinture » et « …j’étais en train de me demander en aparté si j’y avais droit » …
    Max-Louis

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