Je vais compter jusqu’à 10 et tu vas mourir

Dormir. Mais j’ai compris mourir. Comme un souhait qui remontait des limbes. L’ogre constitué de paille sèche et d’herbe folle, toute ma bêtise Gargantuesque, s’est éveillée au moment où l’anesthésiste m’a prévenu. Je vais compter jusqu’à dix et vous allez dormir comme un bébé, vous ne vous rendrez compte de rien vous verrez. Mais l’ogre au fond a entendu tu vas mourir et s’est mis à bouger. Parce que tout cela il l’avait déjà vécu, il reconnaissait la mélodie.

J’ai revu Pauline, l’anesthésiste et Pauline n’était qu’une seule et même personne, et j’ai eu peur et j’ai éprouvé ce désir qu’elle me caresse encore une fois les cheveux doucement comme elle savait si bien le faire. Quand j’étais si anxieux, si énervé par la vie et mes misères et que Pauline de tout son corps de géante s’allongeait doucement près de moi et me caressait les cheveux doucement.

La consolation Huile sur toile 2017 120×80 cm 2017 Patrick Blanchon

Le désir n’est pas encore totalement anesthésié, il suffit de la texture d’une blouse de nylon à cet instant pour s’en apercevoir. La texture du nylon comme une ancre plongée quelque part qui retient un vaisseau quand arrive le soir.

La douceur de l’instant se confond avec le désir fou un faible instant. La répétition douce de la caresse l’abîme joyeusement et on s’en retrouve soulagé et un peu triste aussi.

Je vais compter jusqu’à dix et tu vas mourir encore une fois mon beau désir. Sans t’y opposer. Sans résister. Parce que c’est pour ton bien, tu seras tellement mieux ensuite, tu seras reposé, neuf, prêt à un nouvel emploi.

Il n’y a pas que la guerre dans la vie me dit encore à l’oreille, Pauline de sa voix suave Je peux sentir la chaleur de son haleine de son souffle comme un baume sur le lobe de mon oreille, dans le creux aussi et qui pénètre comme un charme de magicienne jusqu’à se mêler au sang.

Je n’ai pas la force d’écarter la main ni la voix. Je n’ai pas la force de résister à l’envie de dormir, de mourir de disparaitre du monde agité des vivants. Je n’en ai plus envie maintenant.

La voix de Pauline et l’aiguille me traversent, et j’entends le décompte qui peu à peu s’évanouit en même temps que ce rêve de résistance à je ne sais quoi.