Une mise à l’écart

L’habitude nous joue des tours dit Maxime Le Forestier dans une de ces chansons que l’on écoute sans peser chaque mot, et qui nous servent parfois de bruit de fond. Un bruit pour tromper l’ennui ou le silence qui se tiennent au delà de notre brouhaha intérieur. L’habitude d’écrire chaque jour un petit texte ne déroge pas à cette règle, il suffit d’environ 30 jours pour créer une habitude et la transformer en addiction. Si l’on n’y pense pas, cela peut durer des mois, puis des années.

C’est à partir de cette réflexion que je me suis interrompu quelques jours d’écrire sur ce blog. Pour voir évidemment. Pour tenter une expérience. Une de plus.

Toutes les addictions ne sont pas nocives. Il y en a même de bonnes, à condition qu’elles aient une utilité. Et pour qu’une chose soit utile, cette utilité doit être reliée à un objectif, à une volonté. La racine latine de vouloir en dit long  » voleo » comme voler haut

Alors je me suis demandé qu’elle était cette volonté, pourquoi écrire ? dans quel but ? pour flatter quel égoïsme ?

Et puis une fois sûr que c’était bien cela, que pouvais je donc faire vraiment ?

vouloir et pouvoir se croisent et nous crucifient sans relâche. Tant que nous n’y pensons pas vraiment. Au centre de la croix il est un devoir d’accepter l’égoïsme comme un Christ salvateur.

Je n’ai absolument aucun grief contre l’égoïsme, ce serait sot d’en avoir étant donné qu’il est le moteur principal de la plupart de nos actions. De là à la louer à tort et à travers, je me méfierais cependant. Encore une fois ici, sur la croix, l’utilité se heurte à une notion de générosité tournant à vide puisqu’elle ne serait qu’un accord pris avec une croyance en la générosité elle-même.

L’altruisme est un égoïsme, tout comme l’amour. Ce sont des croyances, des accords pris depuis longtemps avec ces croyances sans même que nous ne prenions le temps nécessaire pour y réfléchir. Tous ces accords forment les murs de nos prisons de paresseux, dans lesquelles nous nous enfermons et que nous ne remettons que rarement en question.

Nos émotions nous gouvernent et il faut une bonne dose de recul et de patience avant que nous ne puissions prendre le dessus sur elles. La réaction à chaud si elle ne reste qu’à l’état de réaction ne vaut pas grand chose ni dans la peinture ni dans la peinture et sans doute dans tous les domaines de l’art. Les réactions sont multiples, incessantes et elles ne sont pas liées ni aux objectifs ni à la volonté. Pour la plupart elles sont issues de notre cerveau reptilien, profondément enfouies en lui d’autant qu’on les laisse s’exprimer librement sans jamais les transmuter en autre chose que ce qu’elles sont.

L’intelligence est liée au recul, au temps, nécessaires pour transformer une réaction en émotion et en sentiment. On ne peut agir que sur les composantes d’un sentiment, jamais sur le sentiment lui-même.

Quelle surprise de soudain constater la vanité d’une habitude, par cette sensation d’ennui ou de malaise qui surgit avec le temps avec la distance que l’on prend soudain avec elle!

Il n’y a pas d’entrée plus élégante que cette surprise et il faudrait toujours commencer par elle pour analyser nos malaises, plutôt que la peur.

Surprise de voir que l’on peut lâcher les béquilles et marcher soudain sans aide.

Surprise de constater à quel point on s’est égaré du point le plus central de notre volonté.

Surprise de constater également qu’on peut pénétrer au cœur des choses, au cœur de cette colère, de cette difficulté en considérant la surprise comme une porte et non comme un mur sur lequel on s’écrase régulièrement.

Pour cela il semble qu’une mise à l’écart s’imposerait. Une mise à l’écart de tous les accords passés avec l’ensemble des croyances et qui nous installe soudain dans un espace temps singulier et familier en même temps.

Prendre rendez-vous avec soi c’est cela cette mise à l’écart, dans un but purement égoïste, qui n’est que de se mieux comprendre.

Sans ce rendez-vous, on ne peut pas revenir au monde correctement, c’est à dire avec cet altruisme ou cette générosité débarrassés de leurs gangues de stupidité, de naïveté, en un mot de narcissisme inconscient.

Une mise à l’écart cela fait du bien d’autant qu’on pénètre en elle par surprise.

Un matin on se réveille et on se demande ce que l’on veut vraiment, ensuite on regarde autour de soi et on ne voit rien de ce que l’on veut vraiment depuis toujours. Quelle surprise !

On peut encore perdre du temps à mesurer l’égarement, le pourquoi du comment, mais c’est encore une façon de la prolonger, de prolonger cette habitude, cette addiction qu’est l’égarement, une fois la peur vaincue, celle de s’égarer justement ou pour rien.

On se rend alors compte d’une chose que l’on sait depuis toujours et que nous avons oubliée. La joie est toujours là.

Il n’y a pas à disserter sur la joie, mais plus sur ce qui la dissimule à nos propres yeux, ce qui l’a dissimulée, ces gènes qui ne cessent de nous priver du plaisir naturel d’être ici ou là tout simplement et que l’on ne cesse jamais de s’inventer en créant des accords dissonants avec nous-mêmes.

D’un autre coté et pour ne rien laisser au bord de la route sans remercier : sans ces gènes, sans cette cacophonie, comment pourrions nous vraiment écouter la note la plus juste, celle qui provient de nous si ne nous les inventions pas ?

Comment pourrions nous pénétrer en toute quiétude dans cette mise à l’écart afin de nous ressourcer au silence de la joie ?

Ces deniers jours je me suis mis à peindre sur des feuilles de papier avec de la peinture acrylique sans chercher à obtenir quoique ce soit vraiment, en renonçant à des accords pris avec tout ce que je crois savoir sur la peinture. Pour me désaccorder gentiment de ces croyances.

Il y a bien quelque chose de l’ordre du rituel à installer pour revenir à la joie de peindre, pour en étudier la gène qui ,sans effort, est toujours présente comme une compagne indéfectible.

C’est une exploration de ce qui peut encore gêner la joie et le plaisir de peindre pour peindre .C’est tout à fait égoïste évidemment. Un égoïsme qui je l’espère me permettra de passer du statut de héros à celui de fin stratège pour conserver le plus longtemps possible les yeux ouvert sur ce rêve joyeux d’être soi.

6 réflexions sur “Une mise à l’écart

  1. Bon jour Patrick,
    Je retiens :  » …en renonçant à des accords pris avec tout ce que je crois savoir sur la peinture…. » et je reste fasciné par ce visage peint à l’acrylique… en fait, j’ai l’impression que les quatre peintures sont des masques … ceux de l’Égoïsme ?
    En tout état de cause, il faut s’effacer devant la technique et laisser place au naturel … car qu’est-ce que la technique qu’un naturel contrarié ?
    Pour ma part, j’écris et aucune technique d’écriture. C’est le style. Et puis, j’écris par ennui même si je travaille dix heures par jour et comme je considère que la vie est une farce … la boucle est bouclée … 🙂
    Max-Louis

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.