La confiote

Plus ça va moins je fais de chichi. Plus je tente de m’exprimer simplement, naturellement. J’ai renoncé à la confiture et je coupe mon sucre en deux ce qui me rend à la fois plus léger, souple, énergique. Et en même temps je rigole doucement en me revoyant jeunot pérorant, à grands renforts de moulinets, sémaphore détournant l’objectif de garantir les marins des naufrages tout en y plongeant moi-même à tout bout de chant, d’une voix aphone. J’aurais voulu être en même temps Ulysse et toute la collection des sirènes que je ne m’y serais pas pris autrement.

La référence aura été un de mes « dadas » favoris, sa fulgurance déstabilisante me garantissait qu’on se mêle de vouloir renifler de trop près le trou du cul que j’étais. Comme aujourd’hui et ce de façon précoce, prémonitoire j’avais le sens des distances et des gestes barrières. Grace à la confiture dont je tartinais allègrement tous mes propos.

Le problème avec la littérature c’est lorsqu’on imagine ce à quoi elle doit ressembler.

C’est la même chose avec la peinture

avec l’amour

avec le sexe

avec tout au final

Dès qu’on se fait une idée on est perdu pour de bon et on passe un sale quart d’heure.

Je n’ai absolument rien contre les choses sales, elles m’ont beaucoup appris.

Mais à trop jouir du même on a parfois envie d’être autre.

La vie monastique, l’étude, la masturbation, on croit toujours que nous sommes irrémédiablement en manque alors que c’est tout bonnement le contraire.

Samsara acrylique et feutre format 30x30 cm Patrick Blanchon 2020
Samsara acrylique et feutre format 30×30 cm Patrick Blanchon 2020

C’est ce trop plein dont on ne sait quoi faire.

Il faut à un moment respirer tranquillement et faire le point.

Sortir son sextant et le diriger vers les étoiles pour ce coup là.

C’est mieux les étoiles.

Et puis bon dieu respirer pleinement, calmement rien que pour voir ce que ça fait.

C’est à partir de là seulement que l’on peut voir toute l’étendue de la confusion

Ce paquet de tensions, de stress directement issu de ce trop plein ingérable qui nous entraine à suivre ses quatre volontés.

On peut alors se dire que c’est un jeu sans gravité particulière que d’ordonner un peu les choses.

leur donner un sens

Rien que pour voir

où l’intelligence peut mener, lorsqu’on a vu où la bêtise sans relâche nous conduisait toujours.

L’ennui est salvateur !

On devrait l’inscrire sur le fronton des portails d’école, comme sur celui des entreprises

des camps de concentration de tout acabit.

l’Arbeit c’est juste bon pour les loufiats.

« Langeweile macht frei » c’est vachement mieux.

La confiote aussi dans le fond. Surtout si on est gourmand à toujours aller y foutre son nez ou son doigt ou quelque chose d’autre encore.

La confiote comme l’ennui, plonger dedans sans la moindre hésitation et s’en mettre plein la lampe. Jusqu’à plus soif.

Si on ne devient pas diabétique ou totalement con, alors une petite porte s’entrouvre au fond du tunnel.

Tu peux même presque entendre le jingle de la victoire comme dans question pour un champion

On découvre que tout ça n’est du qu’au trop plein désordonné, bordelique de notre manière de vivre que l’on confondait avec du pas assez, du encore, du défonce moi je t’en supplie

et du coup on sait que l’on peut gouter à la confiote pour ce qu’elle est

ou s’en passer totalement

ce n’est plus une histoire de compétition avec quiconque.

L’électrocardiogramme est régulier, sans différence notable de relief.

Quel dommage d’avoir à attendre 60 balais pour comprendre une chose si essentielle.

9 réflexions sur “La confiote

  1. Bon jour Patrick,
    Il faudrait avoir plusieurs vies pour comprendre bien des choses … comme par ailleurs certains mots qui n’ont pas la même résonance d’un âge à un autre… les priorités aussi ne sont pas les mêmes … etc … donc pas de flagellation (quoique … ) , si ce n’est de la bonne confiture ébullitionnée au feu de bois … 🙂
    Max-Louis

    Aimé par 1 personne

Les commentaires sont fermés.