Exil des dieux

40 années d’errances dans le désert pour trouver la terre promise… belle métaphore pour une vie d’artiste qui vaut tout autant que celle d’un esclave cananéen. Avec un peu de chance on croise ça et là quelques buissons ardents qui, le temps nécessaire à mettre un peu d’ordre dans les esprits, les enflammer, procureront un brin d’espoir, un peu de patience supplémentaire.

Yavhé l’imprononçable tout comme David le rabâché, ne furent probablement que de petites divinités tutélaires avant de devenir ces fantasmes collectifs. Ces causes comme ces raisons d’ensanglanter la terre afin de prouver que tous les contes et les légendes d’autrefois n’étaient rien d’autre que des contes et des légendes.

Obstination de l’innocence cachée dans les pseudo lucidités.

On pourrait vite s’affubler du bâton de marche de prophète à partir du moment où l’on considère que l’errance est salvatrice.

A répudier les dieux, à les mépriser au profit d’un mieux ou d’un meilleur, d’un seul et unique, on se répudie soi-même tout simplement.

Le polythéisme correspondait à une mentalité collective dépourvue d’égoïsme. Le narcissisme n’avait pas de raison d’être.

On baisait à couilles rabattues en laissant pénétrer tous les panthéons en nous. Ils nous laissaient pantelants, mais apaisés au final.

Le monothéisme érige le reflet sublimé d’un égo magistral dans la plupart des crânes modernes. Erige comme un préliminaire qui n’en finit jamais de préliminer. Préliminer, éliminer, s’inventer de la délicatesse comme du papier cadeau.

Plus grand chose de véritablement pénétrant au bout du compte.

On suppute qu’on pénètre et c’est bien le pire des égarements.

Si ce n’est pas Dieu, la Science, le code, l’algorithme… l’égo a toujours besoin de péter plus haut que son cul de nos jours.

Je suis nostalgique de cette enfance du monde certains matins comme ce matin.

La neige n’a pas tenu. L’espoir n’a pas tenu.

Tout s’est dissipé médiocrement pour ne laisser que des flaques de flotte, de la bouillie, de la boue.

L’humanisme est comme cette neige qui fond d’heure en heure sur le toit des dépendances que j’aperçois depuis la fenêtre du bureau où j’écris.

Exil des dieux Huile sur toile 60x80cm Patrick Blanchon 2015

Paysages traversés par des zombies reluquant leurs reflets sur l’écran de leurs smartphones. Dans les glaces des boutiques, des restaurants fermés. Dans les yeux morts de leurs vis à vis.

Le premier sauvage venu verrait aussitôt ce truisme : Il n’y a plus grand chose d’humain voilà tout. Une sorte de compromis vaseux entre le primate et le robot.

Avec du Je comme préambule, comme déclaration au moindre programme.

Je vais faire les courses.

Je vais poster une connerie sur facebook.

Je vais me masturber 5 minutes pour passer le temps.

Je vais rêver d’ être autre chose que ce je suis surtout.

Je vais t’aimer

Je vais te tuer.

Je vais et je viens sans relâche, entre tout ça, j’essaie.

40 années d’errance dans le désert de l’égo et que des feux de paille, pas de buisson ardent.

Tout juste quelques petites salopes avec le feu au cul pour me réchauffer la peau et les os. Des bouillottes et pas grand chose de plus.

A percer leur enveloppe sentimentale pour découvrir tout ce qui se cache derrière de haine de rage et d’égoïsme.

A comprendre qu’au final je ne suis guère mieux. Je suis exactement pareil.

Pour devenir prêtre pas de meilleur école que la fréquentation des bordels.

Séminariste qui regarde sa foi dans le blanc des yeux fardés et les lèvres peintes et traversées d’anneaux.

Des déesses au long cou à l’anus éclaté par tous les pauvres glands sans queue ni tête

J’ai vu

j’ai écouté

Pourquoi donc ai je perdu tout ce temps ?

Sinon pour briguer une place de vizir , de dieu moi même bienveillant et condescendant ? Un intouchable dans le fond.

Ah mais maintenant vous ne pouvez plus me toucher. ( air faussement guilleret )

Quand je dis je, je sais de quoi je parle.

Aucun commandement ne m’est tombé sur la tête, aucun principe enfoncé dans le crâne.

Pas de clou dans les paumes non plus

Quelques épines dans le cul mais ça ne se voit pas trop, j’ai fini d’exhiber.

Putain , mais où sont partis les dieux ?

Je n’ai qu’à fermer les yeux et chasser de mon esprit tout ce que je sais, tout ce que j’ai cru savoir, et même l’idée saugrenue de savoir quoique ce soit un jour.

Devenir idiot totalement

M’exiler moi-même de toute velléité d’intelligence et de sagesse .

Etre enfin le singe que j’ai toujours été.

Celui qui sait se servir de toutes ses pattes et de sa queue pour s’accrocher aux branches et rester loin du sol.

Ce ne serait pas un gorille, surement pas. trop lourd et trop proche de ce que je suis à me frapper le poitrail pour un oui ou pour un non.

Macaque ça serait bien plus cool.

Qui donc se soucie des macaques, hein ?

Devenir macaque totalement oh oui !

pour suivre la piste laissée par les dieux dans leurs exil

suivre la bave luisante de l’escargot, de la limace comme celle des chiennes et des chattes en chaleur.

Ecouter encore une fois le chant des sirènes sans broncher jusqu’à ce moment

cette heure bleue

Tout en gardant bouche close.

Ne surtout pas tirer la langue.

Succomber dans le mutisme.

Ejaculer dans l’immanence.

Et enfin ne surtout pas retenir un merci beaucoup

seule vraie parole de ce film muet.

Le spectacle était tout à fait au poil.

Un peu long peut-être vers la fin …

ça devait sans doute être un réalisateur mongol non ?

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