L’enthousiasme

Je peux relever une anomalie aussitôt que je suis confronté à l’enthousiasme. Cela remonte à la pension où l’on m’avait flanqué tout jeune très certainement. L’enthousiasme et le mysticisme avec une bonne dose de masturbation. Les nonnes n’étaient jamais bien loin, elles vivaient dans un bâtiment côtoyant ceux où l’école et l’apprentissage des bonnes manières s’exerçaient. On les voyait passer encapuchonnées dans leurs aubes et leurs voiles, sans presque jamais rien voir d’autre que leurs regards et évidemment à chaque fois on se faisait de fausses joies, on espérait un clin d’œil, ou bien apercevoir un morceau de leur anatomie. Mais même leur pied était prisonnier de grosses chaussettes et leurs sandales n’inspiraient guère autre chose qu’un peu de compassion.

Ces fausses joies, se répétaient régulièrement tant à l’adolescence une volonté têtue d’aventure se mélangeait avec les montées de sève intempestives. Elles m’emportaient souvent aux frontières d’une émotion que j’ai finie par considérer risquée puis dangereuse, l’enthousiasme.

Si vous voulez être soudain totalement dépossédé de vous-mêmes, soyez enthousiastes.

Pour me raccrocher à la réalité brute du monde j’ai fini par inventer une relation entre le sexe et l’enthousiasme et ce de très bonne heure. Une sorte de réflexe pavlovien si on veut.

Jeune homme en orage 100×80 2018 huile sur toile Patrick Blanchon

Par déduction les nonnes devaient forcément l’être, enthousiastes, même si elles faisaient absolument tout pour nous le dissimuler.

Cette façon de traverser la route devant nous, en maintenant un tel contrôle sur l’éclat de leur regard, afin de prétendre le rendre à nos yeux, terne et sans attrait particulier, sans la moindre aspérité provoquait aussitôt chez moi de magnifiques érections. Plus c’est défendu et impossible plus ça devient dur n’est ce pas…

Et au bout du compte je me demande si elles n’avait pas un don particulier pour propager l’enthousiasme, ces nonnes à l’air timide et rivées à l’entêtement de se montrer banales.

L’adolescence est la période par excellence des transferts de tout poil. Aussi mon désir fabuleux de nonnes, la violence de l’enthousiasme que celui ci déclenchait physiquement se reporta vite sur la femme de ménage, une maîtresse femme à la poitrine et au cul protubérants qui lessivaient les sols du dortoir avec une énergie farouche. On aurait dit que pour elle c’était une question de vie ou de mort de ne laisser aucune tache aucune poussière partout où elle passait. Elle en était physiquement marquée par un teint de pommettes rubicond et le front en sueur, tout en laissant dans son sillage une fragrance lourde de fer et d’épices affolante.

Je ne compte plus le nombre de fois où je me suis fait porter pâle afin de me retrouver en pleine journée au lit guettant son arrivée dans la chambre. Je m’en faisais des films en technicolor avec toutes les possibilités modernes de zoomern de ralentir à l’envie certaines scènes particulièrement croustillantes.

Ces jours là , pour être honnête, il faut dire que je décidais toujours d’être enthousiaste, travailleur et obéissant, une sorte de bourrage de crâne personnel pour m’extraire de ma culpabilité de cancre ordinaire. Il y a aussi une émotion particulièrement agréable, quelque chose de lascif et d’entêtant, après avoir commis énormément de bêtises à vouloir s’amender. C’est une sorte de tout , un peu confus, que ces prémisses, ce préambule à l’enthousiasme. Et dans lequel on se sent peu à peu glisser vers quelques chose d’imprécis mais que l’on sent proche d’être définitif. Comme lorsqu’on va éjaculer, on se retient à répétition, pour mieux profiter du moment clef, ultime, celui pour lequel on a traversé toute une vie, et où on va enfin céder, lâcher totalement la purée et s’envoler pour se retrouver collé au plafond. Baudruche crevée.

Mourir enfin de plaisir entre les jambes de la femme de ménage alias la nonne tellement briguée. Tout cela inventé dans un recoin de la tête : un germe qui pousse et qui s’étend, traversant l’enthousiasme et les fausses joies pour parvenir au méat, au bout du gland.

ça m’a duré longtemps cette confusion entre enthousiasme et copulation. Jusqu’à ce que j’en ai eu fait le tour en long en large et en travers. Peut-être jusqu’à ce que j’en finisse avec pas mal d’idées du Père, de la mère et du saint Esprit. Que je sorte aussi de la confusion provoquée par la magie visuelle des vénus paléolithiques mélangées avec celle, merveilleuse des figures de harpies et d’amazones, de toutes les sorcières lubriques peuplant mon imaginaire de gosse maltraité.

Tout se sera curieusement réglé grâce à une autre partie de mon anatomie. L’oreille.

Avant les voix étaient les premiers vecteurs de mon entrée en enthousiasme qu’elles entonnent un chant à la chapelle ou fredonnent un air populaire en passant la serpillière, aussitôt, comme une formule magique, un abracadabra, la flute d’un hindou, le serpent relevait la tête.

L’enthousiasme que je croyais « voir » seulement pénétrer en moi par le regard me trompait, ou bien je me trompais moi-même.

C’est en apprenant à mieux écouter que je suis parvenu peu à peu à faire le distinguo. Car la joie, la fausse surtout, se trouve la plupart du temps, sur une certaine fréquence sonore, dissimulée dans le timbre des promesses et des chuchotements prononcés à la légère.

C’est la porte ouverte à toutes les interprétations, une confusion telle qu’elle provoque cet enthousiasme dont il faudra se dépêcher de s’extraire sous peine de se retrouver à léviter comme un con en plein milieu de la rue.

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