L’obsession d’exulter

C’est mauvais de passer son temps à vouloir exulter. Ça flanque les nerfs les vrille, on finit par s’habituer tellement au paroxysme qu’on finit par le vivre dans une banalité déconcertante. On se retrouve au bout du compte démembré absolument. Avec le temps on apprend. L’exultation mon petit bonhomme ça se gère comme les entrées et les sorties d’une petite affaire qui tourne rond.

Au début on fait un peu la gueule. Constater s’associe toujours un peu à l’accident. C’est chiant d’avoir à sortir du véhicule, d’en faire le tour pour voir les dégâts causés par l’inattention. Sans compter l’autre qui râle ou qui écume s’il n’est pas totalement mort, écrabouillé sous la ferraille.

Non, un peu de tenue Monsieur William. Laissez tomber la 5ème avenue un moment. Remisez la dans votre poche kangourou, ne la jouer plus boxer.

Laissez vous pénétrer proprement par le fil des jours et étudiez le rythme des silences surtout.

Peut-être alors à condition que vous soyez sport , un bon garçon, un good boy, aurez vous alors droit à votre petit quart d’heure d’exultation. Et vous verrez alors. Vous savourerez pleinement. Ne soyez plus idiot.

Parle à mon chien devant la chienne qui passe.

Il s’en fout.

Il n’y a qu’une chose susceptible d’interrompre l’obsession. Une autre et puis voilà tout.

Ou alors se trouver soudain vieux, fatigué, bon à rien totalement.

Si on se retourne et que l’on voit la trainée luisante laissée derrière soi, la trainée sanglante ou séminale, ou ce que vous voulez voir surtout, ça procure un petit coup de froid dans le dos. Un frisson. Et puis souvent de la culpabilité tout de suite après, avec de la honte, nécessairement.

Alors on court trouver un joli mur des lamentations, une épaule sur qui pleurer. De bassesse en bassesse on n’est plus trop à ça près.

L’exultation c’est comme l’inspiration en fin de compte.

ça ne sert à rien de la placer sur un piédestal, se cogner la tronche contre les murs en lisant Kierkegaard.

Il faut juste pénétrer proprement le fil des jours, devenir à la fois l’aiguille et l’étoffe. Le chas et la pelote, oublier la presbytie pour enfiler quelques perles d’ennui et de malheur agrémentées de petites joies, de petits chagrins. Jusqu’à oublier totalement ou presque que l’inspiration et l’exultation existent. Ne plus s’en faire la moindre idée.

C’est alors qu’elles reviennent à la charge soudain.

Ce sont de belles jeunes femmes qui éclatent d’une santé terrible. Qui se fichent totalement de tes vieux os, de ta peau ridée, de ton odeur de pipi et de caca que tu trimballes inlassablement désormais pour pouvoir un peu te sentir. Pour elles mon vieux tu seras toujours un gamin. Un sale petit gamin qu’elles applaudissent et cajolent en t’invitant à te repaitre, à te saouler d’elles. Pour que tu grandisses grandisses grandisses… que tu ne soies plus qu’une magistrale érection, un Everest, le minimum syndical.

Que tu ne sois plus que le membre extraordinaire, au beau fixe perpétuel de cet instant éphémère dont elle extrairont ce que tu voudras bien qu’elles extraient.

Ton jus de chaussette, ton génie, ta pisse ou ton sperme, peu importe dans le fond comment tu appelles ça.

C’est le sacrifice à consentir. Traverser régulièrement l’ennui et la vacuité pour de mieux en mieux, avec retenue et politesse les faire surgir de ta tronche et ainsi te remettre de temps à autre à exulter ou à baver si tu préfères.

ça vaut vraiment le coup de passer par la politesse pour devenir bête à manger du foin, c’est un petit secret, tu peux l’ébruiter si tu veux car le dire n’est vraiment rien. Il faut juste le vivre.

2 réflexions sur “L’obsession d’exulter

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