L’originalité et le familier

L’originalité, c’est quoi ? Une sacrée préoccupation avant tout pour les jeunes peintres ou pas. Pour les amoureux éperdus dans la passion toute neuve. C’est très exagéré tout ça. Même si pendant un instant ça fait du bien, ça nous place sur des échasses à contempler le bas monde en dessous. Ça peut même souvent faire glisser vers le mépris, je l’ai constaté maintes fois.

A force de détester le familier il est possible qu’il revienne soudain au galop. Qu’il se revête de tout l’apparat de l’original à nos yeux aveuglés par l’absurdité de tous les renouveaux. Un soleil en chocolat qui fond dans l’œil et qui une fois qu’il l’aveugle enfin pour de bon, absolument nous fasse chialer.

L’originalité ce n’est peut-être rien d’autre que du familier retrouvé. Du familier avalé mal digéré qu’on régurgite. Un petit tas de vomis à trifouiller quand on n’a plus rien d’autre à bequeter, à bécoter.

Même les épluchures peuvent constituer d’excellent mets vous savez. Quand on n’a plus la force de ramer pour payer les légumes, de se baisser pour les attraper dans les cageots défoncés sur les fins de marchés. On récupère les épluchures, dans une anorexie qui tombe à pic, et on invente voilà tout. Les épluchures c’est moins lourd à trimballer. Personne n’en veut, personne ne viendra les jalouser, les dérober. On ne sera pas envié.

On cuisine et on goute.

Ce n’est pas mauvais mais on ne peut pas dire non plus que ce soit gouteux. Du moins à la première cuillérée. La palais est encore encombré de souvenirs insistants, occupé par la comparaison. C’est la faim qui commande cependant. Le biologique, la survie.

On rentre dans un habitude comme on pénètre dans les miracles, sans bien se rendre compte. La gratitude est de l’ordre du superflu.

C’est au hasard que l’on se rend compte. Par inadvertance. Une pure inadvertance par laquelle toute pensée et point de vue habituel s’échappent. On se retrouve la langue nue.

Rouge et vert huile sur toile format 150×60 cm Patrick Blanchon 2021

Et là le gout de la patate, de la courgette, du navet naissent enfin pour de bon. Tout comme soi même. Simultanéité et réciprocité.

L’épluchure nous rend à la fois au légume, au fruit et à la vie.

Alors c’est bien étrange à cet instant là de constater à quel point l’originalité et le familier se confondent dans l’être. Que tout cela dans le fond on le sait depuis toujours. On peut enfin se rendre compte de l’écart dans une solitude immense et apaisée par tous les autres encore en route pour venir s’assoir à notre table. Peu importe le temps que ça prendra, il y aura toujours de quoi.

La véritable abondance est là, depuis toujours on s’en souvient, comme c’est original !

7 réflexions sur “L’originalité et le familier

  1. Bon jour Patrick,
    J’aime bien cette « définition » : « … l’originalité et le familier se confondent dans l’être… ».
    En fait, pour moi, l’originalité, c’est le commun disposé différemment. 🙂
    Max-Louis

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  2. L’originalité devient familière à force de vouloir être original et si répandue…
    Belle toile d’où l’originalité semble, juchée sur son piédestal, regarder avec mépris le familier du bas…

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    1. Revendiquer sa propre originalité c’est déjà le signe qu’un truc pas clair est en chemin. Sauf si ça peut permettre d’affirmer un peu de confiance en soi. Par contre faut pas se leurrer bien sur, ni prendre les enfants du bon dieu ( a cause de l’assomption ) pour des canards sauvages 😉 D’autres l’emploieront en méthode Coué, mais du coup cette prétention d’originalité est plus un remède qu’autre chose dans le fond. Cela permet de pénétrer dans un peu plus de tolérance de s’apercevoir que l’autre est tout aussi con que soi, ou original, ou familier finalement. Mais il y a encore beaucoup à dire évidemment !

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