Le pour, le contre, et puis tout le reste.

A l’ère des sondages, des questions ouvertes et fermées, l’option « ne sait pas » est une bénédiction. Sauf évidemment pour tout ceux qui veulent, sous peine de l’ effroi abominable provoqué par le silence en eux, absolument toujours prendre partie pour un oui pour un non. Bientôt vous verrez on ne saura plus du tout discuter. On sondera tout azimut au sein même des chaumières. On le fait déjà, l’anticipation n’est plus ce qu’elle était, comme tout le reste désormais.

C’est que sonder, pénétrer, dominer, posséder appartiennent à la direction qu’emprunte la même intention. Imposer une idée fomentée en amont, par des gens de peu, qui ne cherchent qu’à profiter, coloniser, gouverner, envahir, maîtriser ou gérer par la combine, l’entourloupe, le commerce, nos émotions comme nos deniers, l’air de rien.

Ces gens là se fichent bien d’échanger, de converser, de s’amuser. Ce qu’ils veulent c’est rien de moins que de s’accaparer votre attention, vos pensées, votre intimité, et ce si possible dans leur entièreté. Tout siphonner.

Ils ne vous laisseront en paix que lorsque vous atteindrez enfin à la stérile et inutile nature de l’ectoplasme, de la charogne, du petit paquet de cendres à disperser. Sinon, à moins d’un cataclysme, il faut s’attendre à être globalement sondés jusqu’à la Saint Glinglin.

Tout est tellement bien prévu, saucissonné, pesé et sous pesé, dépecé, prémâché, visualisé et ce déjà même dans le calendrier des calendes grecques comme dans celui-là, le liturgique catholique, et surement tant d’autres encore, qu’à y songer on commence à craindre de se réveiller.

Un jour pour rien comme un os aux chiens, un faux saint, nécessaire pour créer une illusion de pause de liberté , puis, par derrière nous enfiler, nous sucer, nous dévorer, nous ratiboiser.

Malheur désormais à celle ou celui qui aura compris dans le « je ne sais pas » , cette fausse perche tendue pour calculer l’indécision par des ronds de cuir encravatés désabusés, qu’il pouvait exister une échappatoire, une issue, une aubaine.

Ça ne fonctionne pas comme ça mon petit bonhomme.

Ce paradigme est tout entier repris dans les chaumières par le père par la mère et toute la sainte famille.

Le « je ne sais pas » mauvaise réponse déclenche des réactions violentes à proportion que leurs auteurs se seront sentis violentés par les sondeurs, par les directeurs, par les ingénieurs, par les censeurs, les as des as les chiropracteurs, les empailleurs, sans omettre les chipoteurs et les branleurs. Bref tous ces gens très bien, propres sur eux qui s’attendent évidemment à un oui ou à un non.

Pourtant c’est là dans l’étude assidue des armes de l’ennemi, de ses stratégies, de ses intentions que l’on trouvera l’espoir de pouvoir à un moment ou l’autre, s’en tirer, se faufiler, se carapater -incognito.

En produisant spontanément des trucs, des bidules, des bazars fruits de toutes ces longues journées vautré dans l’herbe à ruminer en regardant passer les trains, les voitures, les motocyclettes et les poussettes, sans oublier les bicyclettes et les patinettes, sans rien faire. Sans oser lâcher ni oui ni non mais toujours peu ou prou un farouche « je ne sais pas ».

Voilà comment l’époque des sondages mes chers amis aura produit l’art contemporains. l’art qui à cette ère, au poil convient Ce sont des héros mal compris que ces artistes là je vous le dis, ces chevaliers du « je ne sais pas ».

Il est possible qu’un jour prochain on leur reconnaisse le statut de résistant, qu’on leur érige des bronzes, des marbres et qu’on en fasse ( paix à son âme ) des Jean Moulin.

A moins que d’ici là par la force centrifuge ou centripète des choses on nous ait tous décérébrés totalement, qu’on ait dévasté toutes les langues absolument pour nous forcer à ne plus employer qu’un mot, le oui.

En réglant le problème du choix c’est sur qu’on aura fait un grand pas. Mais pourra t’on nommer ça le paradis ?

Bêtement je me cantonne au je ne sais pas

Carré 50/50 cm huile sur toile Patrick Blanchon 2021

Une réflexion sur “Le pour, le contre, et puis tout le reste.

  1. Je ne sais pas, c’est plus prudent. A l’ère du politiquement correct, on ne sait jamais si c’est le « oui » ou le « non » qui vous condamnera… Et, en matière d’art, le « je ne sais pas » est encore plus recommandé qu’en politique !

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