Sevrage et renoncement.

A toute chose malheur est bon. On se plaint énormément avant d’accepter ça. Et c’est au bout du ridicule qu’entraine le rôle de victime perpétuelle que l’on s’en aperçoit. Le retour de Martin Guerre à l’envers en ne cessant de chialer et de vociférer mène au mieux à la paranoïa. On peut énormément endurer et rester con. ça s’est tellement vu. A un moment Géo Trouvetou tombe sur filament et tout s’éclaire. Quand un con gueule Euréka une nouvelle ère commence généralement disent les bouddhistes en aparté.

Le monde est sauvé.

D’ailleurs faut croire qu’il ne cesse de se perdre que dans ce but précisément.

Cependant sur le plan éducatif nous sommes toujours à l’âge de pierre. Si nous savons catapulter un tas de trucs en l’air, jusqu’à Mars et même bien au delà désormais, nous sommes des bugnes en matière de sevrage, de renoncement. C’est du travail bâclé, ni fait ni à faire et ce des les petites classes, la maternelle ou la primaire.

Nous n’avons pas encore compris que l’interdit ou le silence créent du mystère et du désir. Que ce ne sont pas les meilleurs moyens, avec le martinet, le bonnet d’âne et le coin qui l’accompagnent. On ne sait pas renoncer voilà la vérité. Renoncer élégamment s’entend.

Si on avait toutes les bonnes cartes en main dés notre plus jeune âge, j’imagine que ce serait un tout autre monde.

Le capitalisme ferait chou blanc. On n’y songerait même pas. Il n’y aurait pas autant de conneries qui ne servent à rien à vendre.

Illico presto on renoncerait poliment, calmement, à toute débauche monétaire intempestive. Sans pour cela être radin.

Le handicap de beaucoup de babyboomers, est sans doute d’avoir eu des parents ignorants en matière de sevrage, des paresseux dans le domaine du renoncement. Traverser les périodes de vaches maigres ne leur ont rien appris. La guerre non plus au final.

Tout s’est passé au forceps. A se briser les os et les rêves ce qui forcément aura conduit à un printemps pétaradant de bourgeons et de lacrymos en 68. Des jeunes pas sevrés correctement pour deux ronds, qui ne savent pas du tout renoncer voilà tout ce que 2000 ans d’histoire judéo chrétienne aura donné.

Le voyage des loups Huile sur toile 100×80 cm 2018 Patrick Blanchon

On peut évidemment se réfugier derrière l’idée du carcan comme du corset, de la gaine lotus qui doit écraser le plexus. Derrière tous les mots d’ordre du savoir vivre et des convenances. A la mesure répond la démesure pour y revenir ensuite par la bande et souvent avec le précepte d’intégrisme. Du jusqu’au boutisme en aller retour et du boomerang.

Chaque époque invente sa retenue comme son éparpillement, son idée d’austérité et d’abondance. Mais ça ne se passe jamais sans heurt, jamais en douceur. toujours dans le sang le sexe et les larmes. Dans l’humeur. C’est lassant.

Il faudrait à la fois inventer des valeurs nobles et compréhensibles par le plus grand nombre à la débauche, au lâcher prise, comme au sevrage, au renoncement. Faire des dessins explicatifs, des pdf, des manuels, des BD. Diffuser en masse. Changer les mentalités, stopper la brutalité pour la dériver en énergie durable. Toute une écologie de la pensée et de l’émoi est à revoir de toute urgence si ce n’est pas déjà trop tard.

Il est peut-être déjà trop tard. Parfois je me sens vieux. Je sens aussi ce monde vieux, fatigué d’être toujours ce qu’il est invariablement. Dégrisé par toute idée de progrès fallacieux j’en ai entrevu dans ma vie tant de possibilités autres mais qui semblent n’intéresser personne. Qui n’ont jamais intéressé personne. Je n’ai jamais su si j’étais un ringard ou un avant gardiste et finalement ce doute aura toujours été une sorte de garde fou. Incapable de choix, de renoncer à une voie au profit de telle autre, c’est le mot profit qui toujours m’aura arrêté.

Je déteste profondément cette notion de profit et en tellement de domaines que désormais je ne cesse plus de me considérer en suspect dans ce monde décomplexé en apparence.

La vérité est toujours simple. tout se passe dans les premiers mois, les toutes premières années. On a la confiance ou pas c’est comme ça. Si on ne l’a pas tout de suite on pourra tout faire ou à peu près on ne l’aura profondément jamais. Juste un ersatz de confiance. Une confiance passe partout.

Eduquer les gens à la confiance n’est pas une mince affaire. On n’en prend pas le chemin en tous les cas. C’est même tout le contraire.

On ne peut bien renoncer qu’en étant confiant voilà le secret. Confiance en qui en quoi ? ça n’a pas vraiment d’importance. C’est juste l’impulsion, le mouvement qu’elle entraine qui compte.