L’art et le marketing

Avec Willem. Huile sur toile format 60×80 cm 2021 Patrick Blanchon

Plusieurs jours que je n’écris pas. Se laisser aller à la résistance. La résistance contre toute forme d’habitude, ou d’addiction, pour changer. Pour voir. En attendant je ne fais pas rien. Je me forme, aux différents codes informatiques qui pour moi furent longtemps du chinois. Une autre façon de secouer les neurones, de les réorganiser en les agitant dans différents sens. On se débat dans la panade comme on peut.

Et puis soudain un retour à l’âpreté, à la logique presque mathématique du monde. Géométrique après tant de rêveries. Je me forme, je m’informe, me déforme. Des points d’intérêt interlopes surgissent. Le marketing notamment.

Et à nouveau je retombe sur la fameuse loi de Pareto. Seulement 20% de tout ce que l’on fait produit vraiment du résultat, et ici le mot résultat est synonyme de bénéfice, de rentabilité, de profit, de gain. L’utile vu sous l’angle de la modernité.

Ma réticence à l’intérêt, au profit comme à toute notion d’usure me barre la route de la fortune c’est évident. Quelque chose de congénital, comme une maladie auto-immune. Une forme d’orgueil ou de vanité puérile. Mon « précieux » comme dirait le personnage visqueux du seigneur des anneaux déformé par l’avidité du pouvoir représenté par l’anneau. Au final c’est un pouvoir à l’envers cette résistance. Une vigueur à rebours pour s’annihiler,  se détruire.

Ce que je découvre dans l’art d’analyser une étude de marché, dans la stratégie d’entreprise, ou de communication c’est l’art tout court. L’art d’extraire l’essentiel surtout et dont je manque absolument. Dont je me serais privé depuis toujours tant je suis inséré dans cette mentalité d’abondance perpétuelle. Fruit des trente glorieuses. Boomer. Jouisseur.

Mais l’essentiel est aussi un mot d’ordre moderne. Ce qui est essentiel c’est juste de  rester en vie pour l’instant. C’est à dire de suivre le mouvement. De se confondre avec lui à un tel point que l’on ne se voit plus, que l’on s’abandonne à cette notion encore très intellectuelle. Il en découle une attirance pour le minimalisme. Un art du minimalisme issu du marketing comme de la loi de Pareto.

Travailler moins pour gagner plus.

La tentation d’être subversif ne m’a jamais vraiment quitté surtout par temps de chien. Je fonce toujours, j’y plonge car c’est amusant tout simplement. Une lutte de chaque instant contre l’ennui. L’art et le marketing aujourd’hui se confondent. La loi de Pareto rafle la mise, coiffe toutes les inventions au poteau. Pareto versus Einstein, Pim Pam Poum !, Ko , à plates coutures.

J’ai hésité un peu tout de même. J’allais me lancer tête baissée dans l’étude du sanskrit à nouveau. Une fouille archéologique du langage. L’espoir naïf de retrouver la langue mère. Et puis je tombe sur une vidéo qui me parle de marketing et m’y engouffre.

Voilà l’animal.

Une résistance de grille pain.

D’allume cigare.

Une résistance tout court.

Sur la façon de ne pas du tout faire ce qu’il faut pour conduire ce blog vers le pinacle on peut aussi parler d’une résistance. Assumée dès l’origine.

Communiquer pour communiquer c’est aujourd’hui surtout parler pour ne rien dire. Ne rien dire d’essentiel. Tailler des bavettes à l’anglaise, acculturation anglosaxonne. Poliment ou froidement.

 Que tous les philosophes antiques ou modernes me pardonnent mais ils ne sont absolument plus essentiels par les temps qui courent. Vers quoi ?  inutile de se le demander. Vers l’essentiel. Vers un cliché de l’essentiel. Tout le monde sait ce que c’est, bien rares sont ceux qui peuvent le définir.

Sauf les marketeurs et les artistes peut-être. Ceux là tournent autour comme des indiens autour d’un feu, d’un totem.

Et les femmes qui portent un enfant sont absolument indiennes, dans cette définition que j’ai moi des indiens. Des gens qui ont absolument les pieds sur terre.

20% de tout ce que j’ai déjà pu peindre est utile. c’est à dire qu’il faudrait se concentrer uniquement sur cela. Oublier tout le reste.

J’ai déjà battu Van Gogh qui n’a, d’après la légende , vendu qu’une seule toile de son vivant. Sans compter toutes les autres qu’il a certainement refilées pour avoir du matériel, du pain, du vin, pour vivre. Se baser sur ceux qui ont raté pour s’inventer soi même une réussite n’est pas bien noble. Mais comme on ne sait plus bien non plus ce qu’est la noblesse de nos jours ce n’est pas bien grave non plus.

S’encourager, se motiver, se bourrer le mou, s’autoproclamer. Voilà aussi l’essentiel non ?

Pour vivre et voilà tout.

La vie devait peut-être être plus simple au temps de Van Gogh et de Gauguin, je veux dire les relations entre les gens, entre artistes, entre le client et le marchand. Sans doute toute aussi cruelle, mais plus simple. C’est toujours mieux avant. Vivre en obsolescence. Les choses ne s’arrangent pas, elles se désordonnent toujours bien plus surtout si on veut de l’ordre.

Mais dans le fond la nature ne produit-t ‘elle pas aussi un tel gâchis ? Quid de toutes ces petites tortues qui, la nuit, n’atteignent jamais la mer ? Quid de tous ces bourgeons broutés par les chèvres ? de tous ces filons d’or et de diamants qui ne seront jamais transformés en bagues et en colliers ?

C’est la vie, c’est la nature des choses, c’est cela aussi l’art,  c’est cela aussi le marketing. Rien de linéaire, seulement du cycle, de la répétition, du recommencement. La notion de résultat, comme l’intention ne sont que des quintessences extraites d’un fatras.

La vraie raison s’il faut en trouver une c’est que nous ne savons que très superficiellement ce que nous voulons vraiment. C’est qu’il faut produire un effort incessant pour l’étudier pleinement. La plupart du temps on ne désire que du cliché, de la rumeur, du « on dit ». A un tel point qu’il faut énormément de temps selon la loi de l’inertie pour en prendre effectivement conscience. Comprendre le leurre demande un temps infini. Parfois une vie toute entière.

La question devrait être apprise dès la maternelle.

Qu’est ce que je veux vraiment ?

Comme un entrepreneur qui conduit son entreprise, comme un artiste qui fouille et creuse son essentiel et finit par s’enfouir au plus profond de la terre dans la même solitude que le premier.

Il y a quelque chose d’injuste dans ce que je perçois de familier entre le marketing et l’art. Injuste tant que ce que nous nommons justice est associé à l’apparence, au mot d’ordre, à un essentiel constitué de clichés. Et de cette injustice fabriquer une valeur.

Ce qui reste immuable ce sont le travail et le discernement. L’intelligence se mesure à cette aulne. Beaucoup travailler sans intention, sans avoir détecté l’intérêt, le bénéfice probable, la rentabilité est une bêtise. Ou de la poésie. De nos jours quelque chose qui ne sert pas à grand chose pour la plupart des gens qui restent désespérément attachés à une notion superficielle, ésotérique d’essentiel.

Je sais sans doute tout ça depuis le début. Intuitivement je le sais. Ce refus perpétuel de l’essentiel est tellement récurrent, obsessionnel. C’est évidemment une résistance. Une résistance à l’habitude, à la convenance. C’est de ce lieu pourtant me semble t’il que tous les marketeurs vont chercher leurs trésors, leurs stratégies tout comme n’importe quel artiste qui se respecte un peu.

La toile que j’ai mise pour illustrer ce texte est inspirée par le travail de Willem de Kooning. On n’imagine pas le nombre de couches, de tentatives, d’essais, de ratages qui s’accumulent de façon symboliques autant que réelle à la surface de la toile, parfois pour ne pas dire grand chose, pour parvenir à l’échec. En peinture ce n’est peut être pas si différent que dans les affaires, dans le marketing, la politique. L’échec est souvent cette possibilité, inédite, de rencontrer quelque chose de neuf, je veux dire quelque chose qui existe depuis toujours mais que l’on n’avait pas encore su vraiment voir.

Une réflexion sur “L’art et le marketing

  1. Bonjour et merci pour ce merveilleux texte ! J’ai une allergie au marketing qui me semble une deformation a des fins discutable d’experience de psychologie, car j’ai vu l’arriere boutique par le prisme de la psychologie (sociale). Il est vrai qu’y resister c’est agir contre son but si l’on souhaite vendre une oeuvre comme un service voire meme son propre cv. La modernité communique ainsi, il est plus supportable de le voir comme une poesie qu’une finitude. L’energie que mettent les marketeux au service de l’essentiel me semblent celle des croyants les plus convaincu de leurs saluts.

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