L’injustice est une valeur

D’après Sandro Botticelli format 18×25 cm huile sur papier Patrick Blanchon 2021

Il faut être con comme un balai pour penser que la justice est une valeur universelle. Ou totalement sourd, absolument aveugle. La vie est injuste, totalement injuste c’est une évidence et nous ne voulons que rarement la regarder en face. Tout se qui domine, sort du lot, s’émancipe, s’extrait du magma gluant des bons sentiments s’appuie en premier lieu sur une relecture de la justice et de l’injustice. Un tri s’opère, un os se brise, une quintessence en surgit.

Les gens ne voient ou n’entendent que ce qu’ils ont envie de voir et entendre. Ils n’ont pas envie de surprise, d’accident, de perdre l’équilibre, tellement difficile déjà à atteindre puis à maintenir. S’ils acceptent la surprise, l’étonnement, le ravissement, c’est toujours dans un cadre prévu à cet effet. Au cinéma, au théâtre, à la télévision, sur les réseaux sociaux.

Au fond de tout cela ils pensent que les choses doivent être justes. Elles le doivent car c’est insoutenable de voir tout cela autrement.

Insoutenable ce que nous nommons l’injustice en raison de nos croyances en la justice.

Pourtant la terre a déjà basculé. Les pôles sont de nos jours presque inversés avant même que nous n’ en ayons accepté l’idée. Les valeurs ont suivi le même chemin. L’injustice est une valeur que l’on ne veut toujours pas regarder en face tant nous sommes toujours attachés à une notion de justice inventée de toutes pièces par des petits malins.

C’est l’éternelle histoire du bien et du mal qui sans cesse s’affrontent parce qu’une seule intention conduit ce conflit. Doit le conduire. On peut résumer cela dans le mot de profit mais ce serait réduire l’intention. La rendre trop terre à terre. Je crois qu’elle est plus vaste, plus simple aussi. C’est la notion de durer.

Pour durer la vie se doit d’être injuste. Peu importe que nous pauvres humains jugions cela bien ou mal, juste ou pas, c’est un fait.

Entre cette notion de bien et mal se dissimule un mécanisme vital qui se charge d’établir une synergie entre l’abondance, le dispendieux, et l’économie, l’austérité, le resserrement. Une sorte de respiration entre l’ouverture et la fermeture.

L’univers tout entier semble produire une abondance puis effectuer des tris. Comme s’il y avait un discernement, une conscience globale qui se chercherait dans ce mouvement.

Nous ne sommes pas en dehors de la nature. Nous sommes la nature et nos relations avec le bien et le mal si intellectuelles soient-t ‘elles, si religieuses soient t’elles ne sont que la manifestation naturelle de cette respiration.

Si on ne s’appuie que sur la notion de bien en voulant ignorer le mal, si on ne s’appuie que sur l’idée d’une perpétuelle abondance sans tenir compte de la raison d’être de l’austérité, on s’égare. C’est sans doute là l’origine du péché, ou le péché originel. Gouter au fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal sans y être préparé. Sans avoir fait le tour des mots et des idées concernant le juste et l’injuste.

Avec cette crise une profusion de jeunes entrepreneurs apparait comme autant de bébés tortues cherchant à rejoindre l’océan. C’est instinctif. Une course à l’autonomie. Il faut saluer ce mécanisme d’abondance déclencher par la crise mais ne pas se leurrer sur sa finalité. Très peu atteindront le but.

Ceux qui l’atteindront ce ne sera pas par chance tout à fait comme les tortues. Parce que nous sommes seulement humains. Parce qu’en tant qu’humains nous sommes handicapés par notre raisonnement. Par notre notion de justice.

Ceux qui tireront leur épingles du jeu ce sont ceux qui prendront le temps de se poser les bonnes questions. Parmi toutes les questions seules quelques unes, une poignée servent vraiment à atteindre le but. Les autres doivent être mises de côté, si belles, si intéressantes soient t’elles. C’est cela la nature même de tout ce que nous considérons injuste. C’est le choix.

Pour un artiste c’est exactement la même chose. On peut s’égarer si facilement dans l’abondance que propose l’exploration d’une démarche plastique. Peindre à tout va des centaines, des milliers d’œuvres, poussé par la jouissance que procure l’abondance de moyens. Si le discernement n’est pas à l’origine d’une telle production, si la notion de tri n’est pas intégrée à l’élaboration d’une œuvre poussée par une intention, alors tout cela ne sert pas à grand chose. Je veux dire qu’une telle œuvre n’est pas utile au monde.

Elle est utile pour celle ou celui qui la produit, elle lui permet de s’engouffrer dans l’illusion, le rêve. Comme on fuirait, comme on se réfugierait dans une grotte, une ile seulement. Ce ne serait qu’une sorte de miroir pour ne pas se perdre de vue si l’on veut.

En même temps que cette obsession de s’accrocher à soi serait elle aussi dés l’origine vouée à l’échec. On n’échappe pas à la mort ainsi, on n’échappe pas à l’injustice du monde telle qu’on nous l’enseigne depuis des millénaires.

Au contraire je crois qu’il faut à un moment ouvrir les yeux et considérer toutes les vertus qu’apporte dans son apparente furie l’injustice. On croit à première vue avoir affaire à une mégère- l’habitude d’employer le féminin est tenace face à l’évènement.

Pourtant on sait depuis longtemps que les mégères si elles sont des femmes s’apprivoisent tout autant que les hommes peuvent se soumettre. Depuis le premier poète qui ne sert strictement à rien, on sait ces choses n’est ce pas.

L’injustice comme valeur alors pourquoi pas ? De toutes façons nous n’avons sans doute plus guère le choix. A moins de se conforter encore quelques milliers d’années dans le rôle de victimes, d’individus séparés du soleil et de l’océan de singleton renvoyant notre mépris et notre hargne sur l’aspect féminin de cette injustice chronique.

Que les femmes soient injustes en amour c’est souvent ce que racontent les hommes épris de justice, pas les voyous dans mon genre. Pas les artistes non plus, du moins je l’espère bien.

A l’occasion d’une démonstration en cours j’ai effectué cette pale copie de Sandro Botticelli. En même temps que j’étudie le code java script, que je plonge dans les arcanes du marketing, il me semble important de revenir vers la Renaissance en ce moment, sans que je ne sache vraiment pourquoi et peu importe.

Don juan Georges Brassens 1977

5 réflexions sur “L’injustice est une valeur

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