Ame

L’aide médicale de l’État (AME) est destinée à permettre l’accès aux soins des personnes en situation irrégulière au regard de la réglementation française sur le séjour en France. Elle est attribuée sous conditions de résidence et de ressources. À noter que l’AME n’est pas applicable à Mayotte.

En effectuant une recherche sur un célèbre moteur de recherche voici la première chose sur laquelle je tombe.

L’âme sans accent circonflexe. Sans tambour ni trompette.

Etre en situation irrégulière suffirait pour bénéficier du dispositif.

Sauf à Mayotte.

Bon.

Ca ne résout pas la question du jour, la première de la journée, ai je une âme ?

Mon opinion sur le sujet est climatique. Parfois oui parfois non. Encore une fois de plus je ne parviens pas à trancher. Je reste dubitatif.

D’un coté ce serait chouette d’imaginer, de l’autre ce serait terrifiant d’être certain.

La position du milieu, la tiédeur, le « p’tête ben que oui p’tête ben que non » normand, ni oui ni non, quoique inconfortable est malgré tout ce que je considère le plus juste me concernant.

Si j’avais cru vraiment avoir une âme je ne me serais jamais conduit comme je l’ai fait

si j’avais été certain de ne pas en avoir je serais surement désormais en prison pour perpète.

Je ne sais pas du tout si cela me conduira à être plus ou moins heureux à la fin.

Une vague autorité divine incarnée par le père la mère dans mon enfance, puis un peu moins à l’adolescence , mais plus du tout acceptable à l’âge adulte.

Le refus catégorique de cette autorité la plupart du temps. De quelque autorité que ce soit d’ailleurs. Surtout du patron qui prend la place du père, après avoir déboulonné les professeurs des écoles, de fac, puis à la fin tout ceux qui semblaient esquisser le moindre signe de maîtrise ou de contrôle.

Aujourd’hui je suis le cul entre deux chaises à chaque fois que je tombe sur le moindre tuto sur internet.

D’un coté la soif de savoir, de l’autre le rejet de toute divinité qui s’incarnerait dans un maitre ou un prof.

Cela va jusqu’au rejet de ma propre autorité en tant que prof car malgré les apparences il semble tout de même qu’une certaine cohérence existe.

Comme tout serait plus simple si j’étais certain d’avoir ou de ne pas avoir d’âme.

Il en va de même pour ce que tout le monde nomme le cœur.

J’ai passé un temps fou à essayer de savoir si j’en avais vraiment.

Ou des tripes.

Ou de la tête.

Je ne parle même pas du cul.

Bref il faut bien traverser tout cela, cette rumeur, afin de se faire sa propre opinion sur chacune de ces choses.

Lorsque je suis ému par quoique ce soit est-ce que cette émotion m’appartient vraiment ou bien n’est ce somme toute qu’une sorte de réflexe conditionné à un certain type de stimuli externe, un conditionnement ?

J’en suis toujours à douter de ça à plus de 60 ans.

Du coup c’est un tel sac de noeuds à dénouer que les bras généralement m’en tombent.

Je deviens un manchot tout à fait acceptable.

Avec une certaine opiniâtreté car mon plus grand défaut comme sans doute ma meilleure qualité est d’être obstiné.

Je rejette tout en bloc. Du moins je m’y efforce un peu tous les jours.

Juste pour voir ce qui reste, ce résidu. Dans l’espoir sans doute d’atteindre à ce pressentiment de n’être vraiment pas grand chose enfin. Une périphérie excitante de la certitude comme du doute.

ça m’occupe.

Evidemment je pourrais faire autre chose.

Je pourrais décider.

Je pourrais faire un choix.

J’ai bien peur que plus j’avance en âge plus cela ne devienne difficile.

Une sorte de condamnation à douter jusqu’au bout comme Cézanne.

Le talent en moins pour l’instant, la naïveté sans doute en moins désormais aussi.

Avoir une âme garantirait la cohérence alors de tous les fragments. Cela ne me servirait qu’à cela en fin de compte je crois. Avoir une âme de peintre, pour le reste, les anges, les louanges, le paradis je crois que je m’en tape totalement.

Et puis tout à coup la Callas chante et je perds pied. Je ne sais plus rien.

Une voix qui traverse les couches épaisses de ma brutalité. Qui me renvoie au fond des âges et dans l’avenir tout en même temps.

Dans un instant suspendu en tous cas.

Si l’âme existe c’est dans la voix qui chante qu’elle se repère sans doute le plus. Un souvenir, une prémonition mêlés.

Ce que je ne vois jamais à la surface de la toile toujours trouble, sauf en de trop rares occasions.

Cette rareté désespérante voilà. Tout ce travail à produire pour obtenir si peu me dégoutte.

L’humilité alors une fois de plus s’impose. Se taire et écouter, se taire et regarder. Voilà ! et patienter en attendant que le miracle nous extirpe du doute comme de la certitude.