Détail et fragment dans la peinture

Partie 1

Le détail contrairement au fragment est dépendant du tableau dans son ensemble, il sert à renseigner le spectateur sur la signification de la toile. Par exemple le tableau des ambassadeurs d’Holbein. A l’opposé du détail, le fragment est une focalisation sur une partie d’un tout, il est autonome. Le fragment ne propose pas d’élément narratif. Il laisse le spectateur seul face à une représentation. A l’ambiguïté. Par exemple l’œil d’Odilon Redon. La question du fragment est liée à la question de la non signification.

Oeil Odilon Redon
Les ambassadeurs de Hans Holbein Le Jeune. A remarquer l’anamorphose au premier plan qui représente un crâne lorsqu’on regarde le tableau de biais. A noter aussi la foule de détails signifiants sur la position, les intérêt et les intentions des personnages.

Le fragment intervient tardivement dans l’histoire de l’art, seulement au XIX ème. L’art occidental jusqu’à cette époque impose l’idée de la signification. Jusque là une œuvre devrait signifier un message si possible édifiant.

Si on regarde les vitraux notamment, les vitraux des cathédrales, à Chartres notamment, ce sont des histoires, on pourrait les assimiler aux premières bandes dessinées. On les lisait de bas en haut pour élever l’âme.

Vitraux église Saint Pierre Chartres

En 1668 André Félibien établit une hiérarchie des genres. Il définit ainsi ce que doit être l’art dans les écoles pour artistes. Il classe ainsi par importance les œuvres en raison de leur sujet. La dimension de l’œuvre dépendait également du genre auquel elle appartenait; Le grand genre était la peinture d’histoire, la peinture religieuse et mythologique. Exemple le Sacre de Napoléon de David au Louvres fait 9 mètres de long.

Sacre de Napoléon par David.

Ensuite vient le portrait, à l’image de Dieu il doit être de taille importante mais moindre que le premier genre.

Viennent ensuite les scènes de genre qui sont des représentations de la vie quotidienne ( marché, fêtes, exemple le verre de vin de Wermer )

Le verre de vin Vermeer

Viennent ensuite les paysages qui n’ont pas d’autre signification que leur beauté.

Et enfin vient la nature morte ( Chardin ) de format encore plus petit et avec encore moins de signification. Il ne reste qu’un aspect purement esthétique.

Nature morte à la théière de Chardin, le bas de l’échelle de la hiérarchie de Félibien, on a peu d’information c’est probablement l’été ou l’automne, nous sommes chez une personne de qualité et pas grand chose d’autre.

Les enfreintes à cette hiérarchie imposée déclenchent aussitôt un scandale ( Un enterrement de Courbet musée d’Orsay 6 mètres de long ) exposée la première fois en 1850 crée un scandale auprès de la critique et du public. Tout d’abord les personnages sont représentés de façon réaliste dans parfois une laideur crue, mais ce qui choquait le plus c’est d’avoir représenté une scène quotidienne de la bourgeoisie de province dans un format destiné aux rois et à l’histoire.

Un enterrement à Ornans De Courbet.

Courbet est d’ailleurs le peintre qui, au XIX ème siècle a le plus fait exploser la hiérarchie des genres. Il récidivera en 1955 avec « l’atelier » 1863 le retour de la conférence représentant de curés ivres (3,80m de long )

C’est cette même année que Napoléon III crée le salon des refusés où Manet exposera le déjeuner sur l’herbe. Courbet avec sa « conférence » sera refusé au salon et aussi au salon des refusés. Finalement c’est en Belgique qu’elle sera enfin exposée en 1868.

La Transverbération de Sainte Thérèse d’Avila du Bernin est une sorte d’installation qui n’est que rarement montrée dans sa totalité. On n’en montre que des fragments, notamment le visage de sainte Thérèse. Le fait de ne présenter ainsi que ce fragment provoque un doute sur la signification de l’expression de celui ci. Est t’elle à l’agonie, dans une extase mystique ou tout bonnement en pleine orgasme ?

Détail de la transverbération de sainte Thérèse d’Avila Le Bernin

Le fragment ainsi prélevé provoque l’ambiguïté. On pensera à l’illustration de « l’érotisme » de Georges Bataille qui reprendra d’ailleurs ce même fragment.

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