Abject, pitoyable mais attirant

Du pain et des jeux. Rien n’a vraiment changé. Et ça ne changera probablement jamais non plus. Autant s’en faire une raison. Tout ce qu’il faut traverser pour s’extraire de la boue, de la fange un texte seul ne peut en rendre compte. Un tableau seul non plus. Il faut au moins une œuvre, une vie entière figée dans l’encre et la peinture, à l’instar de ces tablettes qui n’attendent qu’un Champollion. Et qui ne sera évidemment encore qu’une interprétation. Une trahison.

C’est la vie comme disent les vieux. Un petit coté totalement abject, pitoyable, mais tellement attirant tout de même comme disent les dames bien propres sur elles des voyous.

Chronos nous grignote d’un instant l’autre sans même que nous ne nous en rendions vraiment compte. La force de la croyance en notre intégrité perpétuelle, cette gageure, est proportionnelle à l’aveuglement dans lequel par reflexe nous nous réfugions.

Le je s’expanse à fortiori d’une absence, d’un vide de plus en plus vide contre lequel on lutte, en vain.

Une érosion, une entropie diront les savants faiseurs de mots et de charabia. Moi je dis que Chronos est loin d’être occis; Chronos n’est pas mort du tout, il continue à baffrer comme un cochon en se repaissant à chaque lambeaux de notre naïveté, de notre totale inconscience d’individus « modernes ».

Et tout cela baigne dans une jolie soupe où les légumes sont taillés en brunoise de façon cartésienne et mathématique. Pour que n’importe comment la raison continue d’avoir raison.

Expansion du je expansion de la raison jusqu’à l’ultime. L’incohérence magistrale, du salmigondis, du charabia.

Et tout le monde fait semblant de se comprendre. Mais oui, absolument, j’abonde dans votre sens, j’opine du chef, soutenons nous dans cette galère probablement temporaire.

On le sait tous au fond. On a obligatoirement tous la même intuition.

Mais on ne veut surtout pas l’entendre.

On continue à faire le pitre, le sérieux, le cosinus, la ménagère, l’homme qui assure qui rassure. La médiocrité finalement est devenue une religion moderne.

Nike, Google, Amazon sont les manifestations de notre paresse et de notre capitulation face au désir.

Les profiteurs pratiquent la sodomie à tout va, ils s’enfoncent comme dans du beurre. On gémit à peine et on ne sait même pas si c’est de plaisir ou de douleur, ou tout bonnement pour se sentir un peu exister.

Acheter a remplacer tant de choses. Une dérivation, un hack du désir et de la satisfaction.

Il faut traverser plusieurs fois le rien pour se rendre vraiment compte des dégâts Pour se sevrer, se désintoxiquer.

Une fois réveillé, on piaffe. On hallucine, on se pince. Non mais quoi je me réveille pour tomber sur ce cauchemar ?

Ayuto !

Le plus difficile commence alors. Regarder les choses en face.

Voir Chronos, comprendre sa fonction essentielle finalement de la même nature que celle des vents et des eaux. Attaquer l’illusion révéler le mouvement, la fluidité des formes et cette Energie intarissable qui ne cesse de les faire apparaitre et disparaitre.

Une éternité comme une béance inouïe s’ouvre alors dans l’instant et ça aussi parait de prime abord abject, pitoyable comme une resucée de nouvelles croyances, mais c’est tellement séduisant qu’on a envie de s’y perdre à chaque fois comme au printemps.

L’érotisme japonais estampe.

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