L’autre est une défaite

L’opération de la cataracte est une plaisanterie. A moitié Odin me voici affublé d’un handicap temporaire qui me rend presque borgne. Je m’en étais fait un vrai cirque, catalyseur de peurs enfantines. Fort heureusement le chirurgien était un homme entouré de femmes. J’ai été rassuré presque aussitôt. Aucune vulve dentée ne viendrait me dévorer l’organe de la vision impunément. Où du moins la présence masculine temporiserait assurément cette propension naturelle chez ses acolytes- c’est ce que je me disais pour me rassurer encore avant de plonger dans l’extase colorée provoquée par la machine qu’il manipula avec brio.

Je n’ai à peine eut le temps de déclamer quelques inepties, shooté par l’anesthésie locale. Un oh la belle rouge, oh la belle jaune que c’était fini. J’ai même éprouvé un peu de honte, comme on s’empiffre d’une religieuse en plein régime, d’avoir pu entretenir une telle appréhension. Je suis trouillard, un peu couard, comme la plupart des hommes sitôt qu’une main étrangère menace leur intégrité inventée de toutes pièces.

On projette tellement de choses à la fois effroyables qu’admirables sur l’autre , Infirmière et chirurgien, à certain moment crucial de l’existence, que tout semble osciller machinalement entre victoire et défaite.

L’autre est toujours une défaite. Une défaite éminemment personnelle parce que toute victoire l’est aussi. Tout n’est que fantasme et nuage d’encre pour préparer l’exode, le reflux, la fuite dans un sens ou dans l’autre.

Encore une fois la présence trouble d’une chose qu’on ne dit pas derrière tout ce que l’on dit.

Le désir. La belle illusion de s’extraire des strates de solitude qu’il provoque en soi.

Regarder ça droit dans l’œil sans ciller. Juste un oh la belle verte, la belle mauve et puis s’en vont.

On se regarde dans la glace quelque chose a changé. A moitié Odin et la prosodie d’un never more en tache de fond.

L’autre est une défaite, parce que seul l’instant gagne systématiquement tous les combats que l’on rêve voilà tout.

Huile sur papier format 24×30 cm Patrick Blanchon 2021

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