Le recours à la médiocrité

Rien n’est jamais blanc ni noir ce serait trop beau, trop facile et pourtant ce constat semble renforcer le fantasme d’autant plus. La naissance des gris, et de ce que l’on pourrait aussi nommer la médiocrité provient sans doute pour une bonne part de la déception.

Et cette déception est comme une course à l’envers qui entrainera celle ou celui qui lui cède à briguer l’insignifiance comme un anti trophée.

Il y a quelque chose de totalitaire dans la médiocrité quand elle est sciemment bâtée, lorsque que le mal s’empare d’une volonté pour lui enseigner la vertu du banal, lorsqu’elle l’érige en sacerdoce. La seule idée résiduelle de l’excellence alors est la notion d’ennemi. Cette excellence déviante obsédée de trouver de l’ennemi du saboteur partout et surtout en soi.

Recourir à la médiocrité est contre toute attente une quête, mais c’est une quête d’autodestruction, un sacrifice étroitement lié à une métaphysique étrange et troublante. Cette quête invente pour produire son mouvement à la fois une réduction et une emphase et c’est du frottement de ces deux forces que l’étincelle grise de la banalité, de la médiocrité, d’un oubli de soi très peu catholiques surgissent.

Il se pourrait même que la médiocrité comme la notion de banalité du mal ainsi que l’exprime Arendt soit directement issue d’une méconnaissance volontaire, d’un déni farouche de l’empreinte judéo chrétienne laissée par 2000 ans d’histoire. On pourrait même désormais ajouté arabo judéo chrétienne que ça ne modifierait peu cette hypothèse, bien au contraire.

Car la médiocrité, le banal vers lesquels tout vaincu de l’excellence institutionnelle– c’est à dire morale et religieuse – se tourne a besoin de se relier à un faisceau de raisons et de preuves en creux, en négatif pour extirper une sorte d’épreuve en noir et blanc qu’il nommera vite positif, une sorte d’anti raison, qui doit son existence à une abdication totale, à la volonté farouche de ne pas faire d’effort vers la Raison une fois décidé que cette dernière est décidemment trop louche, qu’elle suinte l’appât du gain et le commerce accompagnée de la cohorte de négociations, de mensonges obligés, de tergiversations et de palabres vécues désormais comme inutiles voire toxiques.

La médiocrité s’empare alors du Trône et jette « banalement » la Raison aux chiens, aux juifs et aux arabes, matérialisation enfantine d’un extérieur de soi et en soi qui nous accablerait d’autant qu’on cherche justement à s’élancer vers une ligne d’horizon totalement farfelue. Quelque chose qu’on aurait pu en d’autre temps nommer le romantisme.

Car dans le fond des choses quelle différence cela fait-il d’obéir à un peintre raté qui devient Führer ou à une garce que l’on se choisit comme divinité tutélaire, vers lesquels on ne cesse de tendre, d’ériger les vestiges de tout ce que nous avons été avant de le jeter au feu. Assuré par je ne sais quel postulat zoroastrique que bruler libère de quoi que ce soit…

Le recours à la médiocrité est donc une sorte de victoire sur une idée de bien qui ne tient plus, que l’on n’a pas la force de tenir encore car des paroles, des pensées, des idées accablantes concernant son bien fondé l’ont faite vaciller puis s’écraser sur un sol imaginaire en nous.

Tout est parfaitement imaginaire d’ailleurs dans ce combat vers l’annulation de soi au profit d’un ordre métaphysique fantasmé, d’une entité pure, que ce soit une race ou une toute une hiérarchie angélique peu importe- dont on sait pertinemment qu’on ne fait pas partie. Que cette race pure est l’idéal qui nous brulera les yeux tel un soleil noir qui nous aveuglera de plus en plus. Mais que l’on continue néanmoins à fixer obstinément.

Notre monde est directement issu de l’organisation d’un peuple dont la médiocrité fut le seul but à un moment donné de son histoire. Une médiocrité élevée à la taille d’une idole banale. Mais dont on aura été fasciné par l’efficacité, dont on est encore fasciné au moment où j’écris ces lignes en 2021. Nous sommes à la fois désormais nos bourreaux comme nos victimes dans cette nouvelle organisation mondiale qui aura placé la banalité du mal à la tête de presque tous les pays désormais.

Point n’est besoin à cette banalité de vociférer comme autrefois pour se faire entendre. Sa voix est au fond de chacun d’entre nous et nous commande peu ou prou, qu’on le veuille ou pas, nous n’y échappons pas. Même la révolte est contenue en option, en bonus, en jouet pour gamin sur ce paquet cadeau que l’on remet à chaque humain désormais à sa naissance.

La peinture alors et surtout permet de revenir par la bande tôt ou tard à cette notion de gris. L’art en général. Faire quelque chose de tout ce gris voilà un but qui en vaut bien un autre. Enfin c’est celui que j’ai décidé de suivre délaissant tous les autres au fur et à mesure que j’explorais ma propre médiocrité, ma propre banalité.

Gris colorés Ocre jaune et rouge. Format 40×40 huile sur toile Patrick Blanchon 2021.

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