Tendresse et bazooka

Bob Burns, acteur et musicien américain avait coutume depuis son enfance de fabriquer lui même ses instruments de musique. En 1918 il en inventa un fameux , sorte de trombone à coulisse rudimentaire pour jouer dans son big band. Composé de deux tubes imbriqués et d’un entonnoir pour propager le son, l’outil fut baptisé par son auteur « Bazooka » . On suppose que l’étymologie du mot provient de « bazoo » qui signifie en argot américain « bouche » ou « bavard ».

Personnellement je ne saurais dire comment le lance roquette belliqueux est parvenu a emprunter le nom d’un trombone à coulisse, c’est probablement un des mystères qui m’échapperont tant que je resterai vivant. Je ne les compte d’ailleurs plus depuis belle lurette, et chaque année qui s’ajoute , j’ai l’impression que ça empire.

En vrai je crois que je me suis mis à songer au bazooka et à la guerre de façon tout à fait fortuite en apercevant un cul magnifique, sur l’écran de mon ordinateur. Que les lecteurs m’excusent par avance si j’utilise ce petit vocable trivial mais j’ai tenté plusieurs autres mots et ça ne répondait pas du tout à l’émoi ressenti.

Je suis tombé sur un postérieur, une paire de fesses, un fondement, imaginez le flop. Cela aurait été une truanderie ni plus ni moins, une belle hypocrisie en sus.

J’ai pourtant hésité ensuite avec « croupe », mais là il m’apparut que j’allais rater ma cible, on pénétrait un peu beaucoup dans l’animalité. Et puis rares furent les femmes que j’ai connues qui s’ébaudirent lorsque j’évoquais leur « croupes » , alors qu’il aura toujours suffit de ces trois petites lettres pour tomber d’accord. Comme d’habitude tout est dans le ton, l’intonation évidemment.

Et, justement cela me fait rebondir sur les relations entre la spontanéité un peu brutale parfois des relations hommes femmes et la tendresse qui au bout d’un laps de temps plus ou moins long en découle.

Entre le fameux usage du bazooka qui veut tout défoncer de l’ennemi autant désiré que redouté à coups de roquettes, d’obus et qui soudain constate que tout ce tralala ne sert strictement à rien sinon à tenter d’affirmer un truc dont on n’est plus du tout certain de nos jours, la fameuse virilité, le pouvoir masculin.

Désormais fini les piles, les colonnes, les obélisques et les bazooka et c’est tout à fait désœuvrés visiblement que bon nombre de mes congénères se rabattent sur ce sentiment rassurant, confortable, et surtout sans danger que représente la tendresse.

La tendresse, si ça se trouve, n’est rien d’autre que le pansement que l’on pose sur la plaie laissée par une libido saccagée en attendant une cicatrisation éventuelle. Une sorte de retraite ventre à terre vers une origine maternelle, une sureté, comme on baptise d’ailleurs certaines maisons qui sont là pour enfermer les délinquants, les assassins.

Le refuge vers la tendresse c’est une sorte d’exode massif que l’on pourrait apercevoir, si on ouvrait tant soit peu les yeux à tout ce qui se passe aux abords de la soixantaine, puis qu’on l’accepte ou l’assume. C’est une réaction à la peur de ne plus pouvoir, pire, ne plus en éprouver la nécessité, l’envie d’ oser être sauvage, ou cruel, ou naturel. C’est une transmutation comme en parle les hindous de la fameuse Kundalini qui parait-il prend naissance en dessous de la ceinture pour peu à peu remonter vers le ciboulot en passant par le muscle cardiaque.

C’est un moment périlleux il ne faut pas en douter. Un moment où le renoncement s’affiche à la façon d’un game over sur le fronton vitré d’un flipper. Ce qui ne veut pas dire du tout, pense t’on naïvement, qu’on n’y retournera pas à nos antiques vaillances. Malheureusement c’est là justement que l’imagination s’emballe, comme un hamster électrisé sur sa petite roue. On se dit qu’on peut encore y aller, qu’on va pas tarder à y aller, au sabre, à main nues, au bazooka et dans la boue s’il vous plait de préférence tout au fond de cette putain de tranchée, vers ce cul somptueux qui soudain parait nous narguer.

Mais c’est en vain le plus souvent. Car on reste comme un con à fouiller et à fuir dans son oubli , à vivre dans un passé qui n’a probablement jamais eut lieu et un avenir qui n’existera jamais.

C’est sans doute au bout d’un long entrainement que, de cette propension hâtive à s’épancher en petits mots doux, en gestes d’attention un peu tremblants , on pénétrera alors dans quelque chose de plus vaste, de plus grand que notre petitesse première, que la grâce enfin nous tombera sur le paletot, qu’on sera vraiment tendre à souhait prêt à se décarcasser pour de bon et pour autrui.

Peut-être. Mais je n’en suis pas là et vous m’en trouverez fort marri, affligé, déçu absolument quand viendra à nouveau le printemps avec son petit je ne sais quoi dans l’air et que soudain je tomberai sur un beau cul qui passera à ma portée.

La lettre Q

3 réflexions sur “Tendresse et bazooka

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