Refuges

Le froid est revenu. Une pellicule d’eau fine et glissante sur le carrelage extérieur rend difficile la progression jusqu’à l’atelier. Première cigarette de la journée dernière goutte de café bue , en allumant le chauffage. La chatte est recroquevillée dans son carton et lève la tête mollement lorsque les néons chassent l’obscurité. Un faible miaulement de salutation puis elle se rendort renonçant à effectuer plus d’effort.

De nouveau la maison n’est plus qu’un vaste chantier. Nous refaisons la cuisine du sol au plafond, tous les meubles ont été remisés dans les pièces attenantes. Trois semaines de camping à traverser pour atteindre la fin des différentes interventions artisanales.

Neige sur le Pilat

Ma première idée une fois le café versé et de venir ici me refugier. Trouver un asile contre ce changement qui n’est pas bien loin du désordre dans mon esprit. Sécurité et protection, c’est toujours la même histoire, celle de l’asile comme du refuge.

Mon épouse est contente, cela fait sept ans que nous attendions cette nouvelle cuisine. Elle plus que moi, parce que de mon coté je m’habitue assez facilement à l’existant, je ne cherche que rarement à le modifier, ce n’est pas une priorité.

Je suis capable de vivre avec un minimum de confort tant que mon esprit est occupé par la peinture, par l’écriture, par la lecture. Ce sont bien sur d’autres refuges. Des refuges que je me suis construits peu à peu, des refuges qui ressemblent à ces tentes de nomades, que l’on peut démonter facilement lorsqu’on traverse les déserts.

Il est presque effrayant de constater comme tout ou presque peut-être nommé ainsi. Nous passons d’un refuge à l’autre à chaque battement de cœur, à chacune de nos respirations. Une quête perpétuelle de sécurité et de protection contre le danger qui potentiellement semble pouvoir sortir de partout et de nulle part. Aussi bien de l’extérieur que de l’intérieur de nous.

Au bout du compte il est fort possible que ce ne soit plus qu’une priorité absolue, quelque chose de tellement habituel qu’elle en sera devenue inconsciente.

Se refugier dans la raison, dans l’imaginaire, dans le travail, dans l’inaction, le point commun est toujours de vouloir fuir quelque chose qui nous semble hostile.

Et une fois la porte bien refermée, une fois bien calfeutrés au chaud seront nous vraiment tranquilles ? Pourrons nous alors nous concentrer en toute quiétude sur les préoccupations du moment ? J’ai toujours été étonné de constater à quel point certains le peuvent. Moi même parfois j’y suis parvenu et j’en conserve des souvenirs mi figue mi raisin.

Cette inquiétude que j’éprouve , cette agitation est une réaction je crois à toutes les formes de refuge que l’on m’aura présentées depuis l’enfance. Des refuges qui n’en furent jamais réellement. Comme des dominos qui tombent les uns après les autres pour soudain ne plus laisser la place qu’au froid, au vide, à l’angoisse et à la terreur animale qui spontanément les accompagne.

Cette terreur pourtant a ceci de bon qu’elle agite chacune des molécules de notre corps, nous pousse à agir d’une façon ou d’une autre et souvent de façon efficace si on n’y oppose pas trop de pensée de raisonnement.

Cette terreur est indissociable de la vie tout simplement, c’est même la vie dans ce qu’elle nous offre de plus simple de plus direct avant que tout discours, toute pensée ne viennent planter son campement, sa forteresse, son asile ou son refuge.

Parfois on tente encore de se rassurer en se disant je vais domestiquer cette terreur, ou moi l’animal effrayé. On se raconte de belles histoires, on bâtit de jolis plans sur la comète. Et puis il suffit d’un changement de temps, un coup de froid soudain pour que tout revienne aussitôt et nous surprenne. Encore faut il l’admettre évidemment. Se l’admettre à soi-même surtout.

Une réflexion sur “Refuges

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