Ne pas laisser s’échapper les idées

J’ai des kilomètres à avaler, 400 bornes en moyenne chaque semaine pour aller dispenser mes cours aux enfants. Je ne me plains pas j’adore ce boulot. De temps en temps quand je n’ai pas d’idée pour me divertir sur la route, je choisis un livre audio, je pousse le volume de l’Ipad à fond pour couvrir le bruit de la pluie sur les vitres, le ronronnement du moteur de la Twingo associé à celui du ventilo lorsqu’il fait froid comme ces derniers jours où la température avoisine le zéro.

L’application Audible me propose des bouquins audio sur l’art d’écrire régulièrement. L’algorithme se base sur les mots clefs et les recherches que j’effectue sur Google, et sur les autres plateformes. Chaque mois j’ai le droit d’acquérir un nouveau livre grâce à un système de crédit associé à mon abonnement. Pour 9.90 euros mensuels je peux ainsi piocher dans ma bibliothèque virtuelle et lancer un titre qui m’accompagnera sur la route.

En ce moment j’écoute « Comment écrire des romans à succès » de Fred Godefroy.

Ce n’est pas que je veuille écrire des romans à succès vraiment mais disons que je suis curieux, que presque tout provoque mon imagination , m’inspire et surtout j’adore que l’on me raconte des histoires. Ajouté à ce constat un petit coté masochiste probablement qui m’entraine à vouloir perdre mon temps comme on dilapide un capital.

Ce n’est pas non plus que j’imagine apprendre vraiment de nouvelles choses. A mon âge on a eut le temps de se faire une raison sur cette propension à l’avidité que l’on nomme « soif d’apprendre ». Je dirais plus que c’est une succession de bilans, de vérifications. Je ne cherche pas non plus à être surpris ou déçu, en fait je n’attends rien d’autre je crois que de faire fonctionner mon cerveau durant le trajet pour tout bonnement ne pas m’endormir au volant.

Je connais Fred Godefroy pour avoir suivi sa formation à l’écriture de romans. Une excellente formation si vous voulez vraiment obtenir mon avis. Ce que j’ai beaucoup aimé c’est qu’il permet d’aider les auteurs débutants à prendre du recul tout d’abord vis à vis d’une suffisance naturelle si j’ose dire. Il en faut probablement pour aligner quelques mots sur une feuille blanche, mais malheureusement elle ne permet pas à elle seul d’écrire tout un roman.

Parmi les innombrables conseils et méthodes que dispense généreusement Fred, l’un des premiers est de noter les idées qui nous traversent. En les classant si possible en trois catégories, les idées instinctives qui proviennent de la soupe dans laquelle nous ne cessons jamais de baigner, les idées neuves qui se construisent grâce à plusieurs idées instinctives qui s’entrechoquent mutuellement, et enfin, l’Idée, ce qu’il nomme le High concept, et qui permettra à tout auteur de s’appuyer en toute confiance sur cette dernière pour parvenir jusqu’au mot « fin ».

« Rien n’est plus volatile qu’une idée » c’est pourquoi il est impératif pour tout écrivain de ne cesser de les noter. Ne jamais oublier son carnet quelque soit le lieu, les circonstances , les personnes que l’on côtoiera.

C’est quelque chose que je ne fais plus depuis longtemps je vous l’avoue. De même que je ne lisais plus beaucoup de romans non plus en raison d’un problème oculaire qui me faisait pleurer au bout de trois pages. Et aussi parce que j’ai énormément lu jusqu’à l’âge de 40 ans ,sans doute beaucoup trop, avec avidité justement.

A l’époque je ne me séparais jamais de mes carnets Clairefontaine, de couleur verte invariablement avec une reliure en tissus noire. Je ne pouvais écrire que dans ce genre de carnet, j’ai essayé d’autres marques, d’autres couleurs de couverture, d’autre type de reliures et bien ça ne marchait jamais. J’avais cette sensation désagréable de n’écrire jamais autre chose que de la merde, et à la fin les pages étaient remplies de listes de courses, de prénoms de femmes associées à des numéros de téléphone, et quelques taches de café en guise de déco.

Mais lorsque j’avais LE bon carnet alors là je m’en donnais vraiment à cœur joie, j’étais rassuré de le sentir dans ma poche, c’était aussi rassurant que d’avoir une arme j’imagine bien que je n’en ai que très rarement portée.

Je pouvais passer des heures à observer et à noter tout ce que je voyais entendais imaginais, des pages entières noircies comme par magie. J’avoue éprouver un peu de nostalgie de cette époque où je possédais encore une bonne part de ma naïveté et de mon orgueil pour ne pas dire ma prétention.

Pour l’amour d’une femme j’ai tout brûlé un jour sur un coup de tête. J’en ai énormément souffert jusqu’à ce que je comprenne que ce n’était pas de l’amour et que ces carnets n’étaient probablement pas non plus de la littérature.

Du moins j’ai fini par me résoudre à ces deux idées afin d’atténuer mon chagrin. Pour une fois le cordonnier devait être assez bien chaussé.

Ecrire sur ce blog participe probablement de cette nostalgie de l’écriture plus qu’à n’importe quelle volonté d’exposer un talent.

Disons que ça me fait autant de bien que de mal si l’on veut, que les deux s’annulent comme deux boxeurs qui enchaineraient les rounds pour constater en final qu’ils sont de force égale, et que si l’un des deux gagne, le facteur chance seul peut les départir.

Ainsi chaque jour je commets un texte ou deux pour me mettre en train, c’est un peu une façon comme une autre de noter des idées. Au début on se dit probablement qu’on ne va ainsi pas les perdre.

Et puis après plus de 1000 textes rédigés en deux ans on se rend compte qu’on a perdu le fil. Surtout si comme moi on ne se relit pas, ni ne se corrige, ni ne cherche à coudre tous ces morceaux éparses pour en faire « une bonne histoire ».

A la vérité c’est surtout de la paresse. C’est en tous les cas ce que je me dis pour ne pas aller chercher plus loin. Parce que si je soulevais ce que recouvre ce mot nulle doute que je découvrirais encore tout un tas de raisons plus ou moins valables pour ne pas accepter de me rendre à l’évidence : je veux parler de cette propension à vouloir à tout prix rester dans l’atmosphère romantique de ce personnage d’écrivain.

Pourtant ces derniers jours cette obsession aura lâché un peu de mou. Je la vois d’autant mieux que je peux sortir la tête et constater toute l’étendue des dégâts. Evidemment je pourrais revenir en toute hâte dans ma coquille en me voilant la face à nouveau.

Je pourrais aussi me dire que ça suffit, que cette coquille me coute trop cher à trimballer, plus cher que si je n’en possédais pas et être cohérent avec mes valeurs de dénuement, de liberté et aussi de partage.

Ce que j’ai bien aimé dans le livre de Fred Godefroy c’est qu’il provient d’une expérience riche, très humaine qui produit de la simplicité ce qui est probablement le plus difficile pour chacun de nous à atteindre que l’on soit écrivain, peintre ou tout simplement terrien.

La simplicité voudrait que je sois simple. Voilà une grande trouvaille, une idée neuve que j’ai découverte il y a peu simplement en me rendant à mon boulot au volant de ma Twingo cabossée.

Il en faudrait quelques unes comme celle ci cependant pour parvenir à cette troisième catégorie de l’idée, le nec plus ultra, le super concept.

Je ne suis pas encore à la retraite j’ai encore pas mal de kilomètres à faire auparavant et certainement un tas d’astuces aussi pour passer tout ce temps et ne pas complètement laisser s’échapper toutes ces idées.

Si cela vous intéresse je vous laisse un lien pour découvrir les formations et le personnage de Fred Godefroy, des fois que cela vous donne des idées 😉

https://ecrireunroman.fr/formation-la-methode-godefroy/

2 réflexions sur “Ne pas laisser s’échapper les idées

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