Tu cherches quoi ?

Tu cherches quoi elle m’a dit et c’était bien mieux qu’une baffe, un coup de pompe, un crachat en pleine gueule. Tu veux mon cul a t’elle repris c’est ça que tu veux. J’avais cette impression d’une clef de cuisses autour du cou impossible de se dégager. J’essayais tant bien que mal de déclarer « pouce » A terre piteux. Première impression immédiate.

Bah oui elle avait un beau cul, mais pas que. Ses yeux étaient un ciel dans lequel se perdre à l’infini surtout dans la débine temporaire où je stagnais depuis des jours sans avoir vu âme qui vive. Ces retrouvailles avec l’humanité n’auguraient rien de bon comme d’habitude. Rien d’autre qu’un malentendu perpétuel que j’avais tenté d’oublier durant des mois en m’exilant dans les collines, là bas au Nord du Portugal.

Elle était surtout complètement bourrée déjà et titubais entre les bagnoles en plein XV ème. J’avais osé mettre le nez dehors ce soir là, une promenade bucolique pour me souvenir de cette putain d’enfance passée là près des abattoirs devenus désormais un vaste parc. A part ça rien n’avait vraiment changé dans le quartier, j’avais poussé jusqu’à la Convention mais c’était déjà trop, je sentais que j’avais abusé largement de la nostalgie et je revenais vers le squat vide, la maison de Lara quand je suis tombé sur cette femme ivre dont le regard si lumineux m’avait totalement aspiré.

Immédiatement un conflit interne.

Bien sur que je n’étais absolument pas contre d’éprouver un peu de chaleur humaine. Pas forcément à se frotter le ventre. Mais si l’occasion s’était présentée je n’aurais pas dit non d’emblée. Je me connais. Je ne suis pas opportuniste totalement mais je sais flairer tout de même les bonnes occasions. Cependant c’était accompagné d’une telle tristesse, d’une telle déception encore que j’ai esquivé presque immédiatement. En fait je me disais elle est comme moi, quand je suis bourré je suis capable de tout et de me foutre totalement en l’air au besoin.

C’était en gros de l’assistance à personne en danger. C’est là dessus que je m’agrippais farouchement. Sans doute trop . Elle avait du nez et du chien, mais pas de la chienne n’exagérons pas. Elle ne pouvait pas se permettre en plus ça plutôt. Est ce que l’on pense à ça au trente sixieme dessous ? Et bien oui bien sur on pense à ça, copieusement, jusqu’à l’indigestion même. S’oublier dans une chatte un cul ou bien s’accrocher à une bite c’est à peu près du même tonneau. Un sursaut vital sans doute. De là à en extirper je ne sais quelle fadaise sentimentale, de la romance, ça pouvait aussi bien déclencher une clef de cuisse qu’un glapissement de douleur forcément.

On s’est bien reconnu dans le fond, on a vite compris qu’il fallait s’écarter l’un de l’autre à pleine vitesse, ne pas se heurter dans cette nuit d’été où la canicule ne redescendait pas, pas un brin d’air, pas la moindre petite brise.

Au bout du compte j’ai juste dit va te faire foutre connasse, c’était ce que j’éprouvais de plus juste à cet instant. Elle me répondit gros con de queutard et on est resté là immobiles un tout petit instant , à peine 5 secondes.

Enfin on n’a pas pu s’empêcher de rire, on a sourit et on a tourné les talons, chacun de nous pour nous enfoncer dans la chaleur la ville endormie.

Possible que ce ne fut finalement que ça que je cherchais ce soir là, un koan zen qui me déglinguerait encore un peu plus la cervelle, qui me défoncerait le fion, qui m’apprendrait encore un peu plus qui j’étais vraiment.

Paris by night Photographie Brassaï

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