Refuge de l’ignorance

Quand les choses vont mal et on peut sans trop de risque déclarer que c’est le cas en ce moment, nous avons cette manie, ce reflexe d’aller chercher des raisons à l’extérieur de nous ce qui renforce notre position de victime tout en créant par la bande ce dont tout héros a besoin pour exister, un antagoniste. Car nul doute que nous sommes tous , chacun d’entre nous sans exception, des héros à la poursuite de buts, même si ces derniers sont le plus souvent purement illusoires.

Ce qui compte ce n’est pas tant d’atteindre à ces buts que de rendre compte d’une modification profonde qui nous transforme durant chacune de ces milliards d’histoires que nous nous inventons.

Pour conforter cette tradition qui remonte à l’origine de l’humain, les exemples ne manquent pas, même si les lieux, le cadre, les protagonistes ont l’air d’être différents. Si autrefois le héros était assez clairement identifié c’est parce que les antagonistes l’étaient aussi.

Quand Zeus menace Ulysse de ses foudres on ne peut pas vraiment pénétrer dans la confusion.

Vue de notre 21 ème déshumanisé la tentation de la nostalgie nous guette forcément, nostalgie d’une époque que l’on a tendance à imaginer lumineuse, solaire, grecque. C’est assez mal connaître à la fois le génie et la complexité que tente de résoudre le polythéisme, complexité qui sera crucifiée par 2000 ans de christianisme. Du moins le pense t’on.

Que fichons nous ici ? Pourquoi ? et est ce que tout ceci a un sens ? Voilà en gros l’épineuse question que les religions tentent de résoudre avec plus ou moins d’arbitraire, plutôt plus que moins d’ailleurs. Disons que ce serait le désir avéré, le désir conscient que l’on expose aux regard des foules.

Le désir inconscient de toute religion est de mettre le monde au pas, que chacun soit à la botte d’un curé d’un mollah ou d’un rabbin ça ne changera pas grand chose finalement, toute religion est une volonté de domination.

Une fois que l’on a bien ressenti le joug, que l’on ne cesse de s’empêtrer dans les méandres du bien et du mal institutionnalisés par la bulle ou le verset, il ne reste plus qu’à choisir entre une certaine forme d’ignorance et des lendemains qui ne chantent pas beaucoup.

S’opposer c’est pénétrer dans la solitude du singleton, de l’excentrique tournant comme un derviche autour d’un axe personnel taré.

Cependant même un axe taré reste un axe. Et c’est en cela qu’on ne peut jamais savoir où l’ignorance que l’on fuit va aller se loger tout au fond de nous.

En lisant un article de Charlie Hebdo sur Solveig Minéo ce matin, j’ai eu froid dans le dos. Partir du féminisme pour arriver au néopaganisme et dépasser l’horizon de toutes les droites y compris leurs extrêmes, et se retrouver avec un discours qui rappelle une pensée nazie, j’avoue que ça peut faire réfléchir. Enfin ça me fait réfléchir moi.

Dans le fond c’est toujours un peu la même histoire, celle d’une dissidence pour parvenir au pouvoir. Cela peut être visible lorsque c’est grossièrement effectué comme c’est d’usage dans la sphère politique, cependant que cela peut tout à fait passer inaperçu chez un individu. De plus la sincérité aura bon dos tant la finesse, la subtilité des ondulations de ce serpent invisible pour atteindre au but, n’a guère de limites. On peut devenir complètement con, avec la plus grande des sincérités voilà ce que je veux dire.

Ainsi on avait déjà subit la vague new age dans les années 70 qui me laisse encore dans le nez des odeurs de patchouli accompagnés de robes à fleurs pénibles à retrousser, voilà que désormais on assiste à une resucée pas piquée des hannetons où se mélangent le féminisme, l’idolâtrie de la Terre mère, les écolos, les adorateurs du phallus en plâtre ou en argile, le retour aux grimoires magiques, le détournement des balais pour se les mettre dans le cul, sans oublier les godemichés de tout acabit qui accompagnent la moindre petite ablution.

Trop c’est trop.

Le pire est que moi-aussi je me suis laissé prendre au jeu, et pas qu’un peu. Moi aussi j’ai rêvé avec nostalgie d’Héra devenant sagouine, d’Athéna vêtue de cuir, et des elfes, et des nains et tout un tas d’autres refuges dans lesquels mon imaginaire tout comme ma vanité alias mon désespoir, se ruaient pour fuir ce monde totalement incompréhensible dans lequel des prêtres pédophiles côtoient des politicards queutards sans vergogne.

Excès de sensibilité certainement, ou n’est ce pas plutôt de la sensiblerie ?

Voir les choses telles qu’elles sont demande d’avoir des nerfs. C’est ce que beaucoup d’entre nous font chaque jour envers et contre tout pour subvenir à leurs besoins, pour nourrir leurs familles, pour vivre dans ce monde totalement gouverné par l’imbécilité des pouvoirs.

Nous le savons tous plus ou moins, la tentation est grande de se rendre dans une église, une mosquée, une synagogue, un groupe de dolmens , une foret magique, ou simplement dans sa salle de bains avec un canard en plastique.

Ce qui compte quand on est au plus bas c’est cette fameuse rétribution. Ce dû qui, si personne ne nous le rend, nous nous chargerons par nous mêmes de récupérer peu ou prou.

Nous savons pertinemment que rien ne peut être totalement gratuit comme on nous l’a si souvent fait croire via les religions, et les ex machina qui les accompagnent fidèlement.

Alors on s’en remet de tant en tant à un bon bouquin de Lovecraft, de Stephen King, à un film d’horreur ou de boules pour faire passer la pilule. Pour se rétribuer du manque, par un manque encore plus vaste mais personnel.

Tant qu’on ne le comprend pas tout peut encore aller bien.

C’est le jour où l’on se rend compte que derrière ces plaisirs qu’on pensait innocents se cache une croix gammée et des camps à perte de vue que l’on éprouve un frisson, qu’un vent glacé se met à souffler sur la sueur brûlante qui glisse abondamment sur notre échine.

Y t’il une putain d’issue à toutes ces conneries hurle t’on ?

Femme en uniforme

Voilà ce qu’il ne faut surtout pas faire : chercher une issue ! Car sinon vous n’allez pas tarder à entendre des clochettes tintinnabuler, des mecs habillés avec des rideaux arriver, et vous serez encore tentés, oh oui tentés de trouver encore un refuge, peu importe lequel, où la séduisante ignorance ira se vautrer, jouissant par tous les trous d’avoir été reconnue et exaucée.

PS: Ce texte a été déclenché par cet article de Charlie Hebdo que vous pourrez lire chez Michel ( Merci à lui pour la qualité de son blog )

https://librejugement.org/2021/03/29/solveig-mineo/

4 réflexions sur “Refuge de l’ignorance

  1.  » Y t’il une putain d’issue à toutes ces conneries hurle t’on  » ?

    Cette phrase résume bien mon humeur quand je vais mettre le nez dehors ou dans les magasins … violence ou pacifisme, j’ai parfois du mal à choisir entre les deux ! La télé, je n’en parle même pas, j’en ai plus !

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